Googlebook et Linux : après Windows, Qualcomm étend son influence dans le monde du PC

 
Après de dures années de lutte dans le PC, Qualcomm monte en puissance. Sa présence majoritaire dans les Googlebook et l’annonce de la prise en charge de Linux font de l’Américain le premier acteur à pouvoir bousculer le duopole Intel/AMD.
Après des années en mode rattrapage dans l'univers des PC Windows s'offre coup sur coup sa présence dès le début de l'histoire des Googlebook et le support de Linux.
Après des années en mode rattrapage dans l’univers des PC Windows s’offre coup sur coup sa présence dès le début de l’histoire des Googlebook et le support de Linux. // Source : Adrian BRANCO pour Frandroid

Le terrain avait été préparé en 2025 et c’est bien pendant ce Snapdragon Summit de Qualcomm que les nouveaux PC de Google ont été annoncés. Se positionnant en vrais concurrents de Windows, les Googlebook fonctionnent sous Googlebook OS dont le nom de code était Aluminium OS.

Bien plus polyvalent et puissant que ChromeOS, ce système d’exploitation basé sur Android (et donc à noyau Linux) n’est pour l’heure disponible que sur deux types de puces : les Core d’Intel et les Snapdragon de Qualcomm. Un Qualcomm qui a profité de sa grande conférence pour ajouter la compatibilité avec un troisième système d’exploitation, le très célèbre Linux. Après avoir dominé le monde du smartphone et bataillé pendant des années pour assurer la compatibilité (presque) complète sous Windows, Qualcomm accélère encore sur le marché des PC portables.

Et il devient ainsi le premier acteur à pouvoir chambouler le duopole historique Intel/AMD.

Windows, une décennie de lutte formatrice

Sur les cinq modèles de la première vague de Googlebook annoncés par Google, seuls deux fonctionnent avec des puces Intel : les appareils des Taïwanais Acer et Asus. Les trois autres modèles de Dell, HP et Lenovo sont pilotés par la première génération de Snapdragon X Elite de Qualcomm. On peut y voir un beau succès.

Depuis le lancement du premier Snapdragon X Elite, pas moins de 1800 références ont été validées, preuve que la marque est désormais bien installée dans un marché cependant toujours dominé par Intel et AMD.
Depuis le lancement du premier Snapdragon X Elite, pas moins de 1800 références ont été validées, preuve que la marque est désormais bien installée dans un marché cependant toujours dominé par Intel et AMD. // Source : Adrian BRANCO pour Frandroid

Car il a fallu des années à Qualcomm pour représenter une alternative crédible à Intel/AMD dans le monde des PC Windows. Annoncé en 2017, le partenariat entre Microsoft et Qualcomm a d’abord abouti à une simple puce de smartphone placée dans un PC. Le premier rejeton de cette alliance, l’Asus NovaGo TP370QL, lancé en 2018, était lent à mourir et les incompatibilités logicielles souvent insupportables.

En 2019, Microsoft va plus loin en intégrant une version légèrement améliorée du Snapdragon 8cx (appelée SQ1) pour la première fois dans un produit Surface (la Surface Pro X). Là encore, les performances sont médiocres, de nombreux logiciels sont émulés (et donc lents) et les incompatibilités légion. Les deux partenaires vont serrer les dents jusqu’au lancement des Surface Laptop 7 et Surface Pro 11 à l’été 2024.

Depuis 2019, Microsoft dispose de plusieurs références de PC Surface (dont on voit ici une vue éclatée) équipés de puces Snapdragon.
Depuis 2019, Microsoft dispose de plusieurs références de PC Surface (dont on voit ici une vue éclatée) équipés de puces Snapdragon. // Source : Adrian BRANCO pour Frandroid

Comme toutes les machines de Lenovo, Asus et les autres équipées du très puissant Snapdragon X Elite, ces Surface sont les premières à vraiment convaincre avant que la seconde génération, les Snapdragon X2 Elite lancés au printemps dernier, finisse par (enfin !) positionner Qualcomm comme une alternative solide à Intel et AMD.

Kedar Kondap, vice-président senior et directeur général de la division Compute et Gaming de Qualcomm.
Kedar Kondap, vice-président senior et directeur général de la division Compute et Gaming de Qualcomm. // Source : Adrian BRANCO pour Frandroid

« Les résultats de notre gamme informatique sont excellents. Les PC Windows sous Snapdragon, c’est plus de 7 300 applications natives, plus de 1 800 appareils validés, 120 enseignes de revente combinant 12 300 magasins qui nous distribuent et plus de 155 000 vendeurs formés à nos solutions », s’est félicité Kedar Kondap, vice-président senior et directeur général de la division Compute et Gaming de Qualcomm.

Si Qualcomm a lutté presque une décennie pour exister sous Windows, cette longue traversée du désert n’a pas été vaine : l’entreprise part sur les chapeaux de roues dans la nouvelle gamme des Googlebook.

Googlebook, une base Android qui favorise ARM

Destiné à réellement bousculer Windows et macOS, Googlebook OS est un système d’exploitation « qui dépasse les limitations techniques de ChromeOS », nous a-t-on expliqué pendant les démonstrations de l’OS lors du Snapdragon Summit. Très tourné vers l’IA et l’agentique, l’OS dispose d’un système de fichiers, d’une puce de sécurité Titan soudée à la carte mère et d’équipements PC haut de gamme. Mais l’atout d’importance pour Qualcomm est que Googlebook OS est conçu autour d’un socle Android.

L'histoire retiendra que si Qualcomm a été intégré dès le début dans l'histoire des Googlebook.
L’histoire retiendra que si Qualcomm a été intégré dès le début dans l’histoire des Googlebook. // Source : Adrian BRANCO pour Frandroid

Une fondation qui permet à tous les Googlebook de faire fonctionner la totalité des applications de l’univers mobile, ce qui leur confère dès leur lancement une logithèque énorme, un fait unique pour un écosystème naissant. Cette compatibilité Android fait du système d’exploitation de Google une plateforme ARM first, qui prend un peu le contrepied de ce qu’a vécu Qualcomm sous Windows.

Comme il est basé sur Android, Googlebook OS favorise naturellement les processeurs ARM de Qualcomm, le leader mondial des SoC pour smartphones du système mobile de Google.
Comme il est basé sur Android, Googlebook OS favorise naturellement les processeurs ARM de Qualcomm, le leader mondial des SoC pour smartphones du système mobile de Google. // Source : Adrian BRANCO pour Frandroid

De manière un peu cocasse, c’est Intel (et s’il arrive un jour, son comparse AMD) qui est un challenger sur le segment. Bien qu’Android et ChromeOS existent bien en version x86 – Google a toujours veillé à disposer de deux ISA différentes pour ses systèmes d’exploitation – dans les faits la galaxie Android est à quasiment 100 % sur ARM. Les applications sont massivement optimisées pour ce jeu d’instructions, ce qui donne à Qualcomm un avantage de compatibilité.

Comme pour Microsoft qui a développé une version Windows ARM après des décennies d'exclusivité sous x86, Google a tenu a lancer ses Googlebook sous deux jeux d'instruction différents en conviant à la fois Intel (x86) et Qualcomm (ARM).
Comme pour Microsoft qui a développé une version Windows ARM après des décennies d’exclusivité sous x86, Google a tenu a lancer ses Googlebook sous deux jeux d’instruction différents en conviant à la fois Intel (x86) et Qualcomm (ARM). // Source : Adrian BRANCO pour Frandroid

Compatibilité Linux : un chemin plus difficile qui n’y paraît

Annoncés en novembre 2022, les puissants cœurs ARM maison appelés Oryon ont été intégrés pour la première fois dans la puce Snapdragon X Elite présentée en octobre 2023. À l’époque, Qualcomm présentait des machines fonctionnant non seulement sous des préversions de Windows, mais aussi quelques PC sous Linux.

Kedar Kondap a enfin pu répondre aux récriminations de la presse en annonçant sur scène la compatibilité prochaine des puces Snapdragon X2 sous Linux Debian et Ubuntu.
Kedar Kondap a enfin pu répondre aux récriminations de la presse en annonçant sur scène la compatibilité prochaine des puces Snapdragon X2 sous Linux Debian et Ubuntu. // Source : Adrian BRANCO pour Frandroid

Pourtant, quand les premiers PC officiels arrivent sur le marché en 2024, les machines commerciales sont toutes lancées sous Windows. Et mis à part le ThinkPad T14s Gen 6 de Lenovo dont des bidouilleurs arrivent à faire fonctionner l’essentiel des périphériques, la plupart des machines sont difficiles, voire impossibles, à basculer sous Linux.

La compatibilité d'Ubuntu sous puces Snapdragon X2 est prévue pour la première moitié de l'année 2027.
La compatibilité d’Ubuntu sous puces Snapdragon X2 est prévue pour la première moitié de l’année 2027. // Source : Adrian BRANCO pour Frandroid

À l’époque, Qualcomm nous parle de la compatibilité Linux comme « une demande entendue, mais non prioritaire », nous a-t-on répondu pendant quasiment deux ans. Tous les efforts de l’entreprise étaient concentrés sur le travail du succès sous Windows, autant en termes de relations avec les partenaires que de vente ou de compatibilité logicielle.

Outre la question légitime des priorités qui mènent à des ventes en magasin, il faut aussi savoir que Qualcomm doit faire face à des défis techniques. Les ordinateurs portables équipés de puces Snapdragon de Qualcomm ont d’abord été conçus pour Windows. Pour démarrer, un système d’exploitation a besoin d’une sorte de plan qui lui décrit le matériel : processeur, écran, clavier, batterie, etc. Or, sur les machines Snapdragon, ce plan est fourni dans un format appelé ACPI, que Qualcomm a implémenté en s’appuyant sur des mécanismes propres à Windows et que Linux ne sait pas encore bien exploiter sur ces machines.

Pour contourner le problème, les versions de Linux qui tournent sur ces PC utilisent leur propre plan, un Device Tree, qui est rédigé à part pour chaque modèle. Cela fonctionne, mais demande un travail au cas par cas, souvent assuré par des bénévoles. Tant qu’il n’y aura pas de mécanismes plus automatisables, la compatibilité Linux devra donc être faite à la main, ce qui est bien moins pratique et universel que pour le monde x86.

L’art de choisir ses priorités

Ce Snapdragon Summit 2026 a donc été une avancée majeure avec l’annonce de la compatibilité avec Debian d’ici à la fin de l’année, et de la compatibilité avec Ubuntu, l’une des distributions les plus populaires, dans le courant du premier semestre 2027. Mais sur scène, une précision nous a fait tiquer : la seule compatibilité promise concernait uniquement les puces Snapdragon X2.

Asus est le premier partenaire à annoncer préparer des machines sous Ubuntu dans la première moitié de l'année prochaine.
Asus est le premier partenaire à annoncer préparer des machines sous Ubuntu dans la première moitié de l’année prochaine. // Source : Adrian BRANCO pour Frandrdoi

Face à l’absence de mention de la première génération de X Elite, nous avons donc questionné Qualcomm. La réponse de Kedar Kondap fut sans détour : « Nous sommes passés de la prise en charge d’un seul à trois systèmes d’exploitation, ce qui demande un travail considérable ! Pour réussir, nous devons rester concentrés sur des objectifs clairs. Si je ne peux pas faire de commentaires pour la future prise en charge de Linux sur des générations précédentes de puces, je peux juste ajouter que la demande de compatibilité sur la plateforme X2 Elite était très forte et que nous avons voulu répondre aux besoins de nos utilisateurs et de nos partenaires. Pour le reste, nous verrons plus tard », a conclu le chef des PC de chez Qualcomm.

Rappelant ainsi que si le parcours a été long, le chemin qui mène à une compatibilité Linux équivalente aux plateformes x86 est encore long. Mais Qualcomm ne cesse de marquer des points.


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