J’ai essayé un Googlebook : Google peut-il vaincre Windows et Apple ?

 
Google a présenté plus en détail les Googlebook, sa nouvelle génération de PC qui tourne sous un tout nouveau système hérité d’Android. J’ai pu l’essayer en avant-première.

« Un nouveau système d’exploitation pour PC, en big 2026 et dans cette économie ? » : c’est un peu dans cet état d’esprit sceptique que j’ai abordé mon essai des Googlebook.

J’ai eu la chance d’être invité dans les bureaux de Google à Londres pour essayer en avant-première les premiers Googlebook et Googlebook OS. Je dois avouer que j’en suis ressorti plutôt convaincu, même si j’ai tout de même quelques réserves.

C’est quoi Googlebook OS ?

Revenons d’abord sur l’annonce et la promesse de Google. La firme lance en cette fin d’année une nouvelle génération de PC qu’elle nomme les Googlebook.

L’interface est familière // Source : capture Frandroid

Plus rien à voir avec ChromeOS, cette fois, on parle en fait d’un système Android, celui que l’on connaît sur les smartphones, largement modifié et adapté à une interface de PC.

On retrouve donc une interface très familière si l’on connaît les Google Pixel. Cela permet aussi l’intégration du Google Play Store avec de « vraies » applications, loin de la promesse d’origine très web de ChromeOS.

Le Google Play Store // Source : capture Frandroid

À cela, Google ajoute des fonctions pour mieux proposer un écosystème puissant si l’on utilise un smartphone Android, mais aussi des fonctions IA poussées par Google Gemini.

De très bonnes idées

Dès son lancement Googlebook OS intègre plusieurs innovations, des fonctions inédites sur Windows et macOS. Par exemple, Google ajoute une nouvelle fonction à la touche VERMAJ (Caps Lock en anglais) du clavier.

Un appui sur cette touche permet de faire apparaître un « menu d’insertion rapide » qui offre un accès rapide à l’historique du presse-papier (copier-coller), aux émojis et au mode « rambler ».

Le mode « rambler » (qui se traduirait en « divagation » ou « radotage » en français), c’est une nouvelle façon de faire de la dictée vocale grâce à l’IA. Vous pouvez faire des erreurs de prononciations, des approximations, des « heuu » et autre « ha non en fait », et l’IA va intelligemment corriger le texte ou en faire abstraction.

L’autre bonne idée, c’est le Magic Pointer. Il permet d’appeler Gemini en secouant rapidement le pointeur de la souris. Vous pouvez ensuite dessiner une zone à l’écran pour capturer une zone sur laquelle vous souhaitez interroger Gemini.

Par exemple, entourer les paramètres réseaux, et Gemini va vous proposer des informations sur le mode VPN, le réglage du DNS ou l’utilisation de la fonction partage de connexion.

Google a donné un autre exemple qui me semble particulièrement convaincant en France. Imaginez si vous recevez un e-mail que vous trouvez suspect, vous pouvez utiliser Magic Pointer pour capturer cet email et demander à Gemini s’il estime que c’est un courrier légitime ou non.

Dernière fonction dopée à l’IA : le moteur de recherche du système de fichier. Plutôt que simplement utiliser le nom du fichier ou sa date de création, Googlebook OS va indexer le contenu des fichiers eux-mêmes. Résultat, vous pouvez chercher « plan d’appartement » et le système vous proposera le fichier « IMG_3569.JPG » qui contient bien une image d’un plan.

Je reste tout de même sur ma faim en matière d’intégration en profondeur de l’IA. Google ne propose pas d’IA agentique intégrée à son système. Par exemple, Gemini peut vous expliquer des fonctions du système, mais pas les activer pour vous.

Cela pourrait arriver à l’avenir, la firme promet des mises à jour avec de nouvelles fonctions tous les trois mois, pendant 10 ans.

Un écosystème familier

Avec les Googlebook, Google propose une vraie alternative à Windows et macOS. C’est surtout très convaincant si vous êtes dans la grande majorité de la population qui possède un smartphone sous Android, un Google Pixel, un Samsung Galaxy, un Xiaomi, etc.

La firme propose enfin une réponse à la puissance de l’écosystème Apple pour qui a déjà essayé de travailler avec un MacBook et un iPhone.

Concrètement, vous allez pouvoir accéder aux applications de votre smartphone Android directement depuis le Googlebook. Votre mobile apparaitra directement dans le dock du système.

Dans le même ordre d’idée, vous aurez accès aux fichiers de votre smartphone depuis le PC, sans avoir besoin de connecter les deux appareils par un câble.

À cela, Google ajoute « Continue on », l’équivalent du mode continuité d’Apple. Il permet de reprendre le travail d’une application ouverte sur votre smartphone directement sur l’ordinateur. Par exemple, un onglet ouvert sur Chrome sur le mobile, peut s’ouvrir sur le Chrome du PC. Même chose pour les applications : vous êtes au milieu d’une commande, vous pouvez reprendre sur le PC pour mieux naviguer dans les rayons et corriger votre panier.

Mais à quel prix ?

Google s’est entouré de cinq partenaires pour ce lancement : Asus, Acer, HP, Dell et Lenovo. Ils proposeront chacun un PC portable dès le 5 octobre. Ils tourneront sur une base Intel Core Ultra de 3e génération ou une puce Qualcomm Snapdragon.

À l’avenir Mediatek devrait également s’ajouter à la liste. Pour le moment, ni AMD ni Nvidia ne sont annoncés comme des partenaires.

Google annonce un prix de départ de 999 livres, soit probablement plus de 1200 euros en France. Autrement dit, les Googlebook sont des rivaux du MacBook Air d’Apple.

Et c’est là que mon avis jusque-là positif commence à s’effriter. Je ne suis pas sûr de comprendre la stratégie de Google avec ce lancement.

Apple est de très loin dominant sur le marché des PC ultraportables à plus de 1200 euros avec ses gammes MacBook Air et MacBook Pro. Par définition, ce sera d’autant plus difficile pour un nouvel entrant comme Google ici. Il faudra être particulièrement convaincu pour investir ce prix dans un Googlebook, quand, pour le même prix, on pourrait avoir le meilleur du marché.

Sur cette première génération de Googlebook, l’usage visé me semble être la bureautique, le travail sur le web, et un peu de création très légère. Je ne comprends pas pourquoi Google ne propose pas une réponse au MacBook Neo. Un tarif à 800 euros me semblerait bien plus accessible pour qui veut tenter une aventure dans un nouvel écosystème.

Le matériel reste le frein des PC

En discutant avec d’autres journalistes sur place, les avis semblaient unanimes : les PC qu’ils tournent sous Windows ou GoogleBook OS, souffrent d’un retard sur la proposition Apple Silicon.

Ni Intel, ni Qualcomm ne permettent de proposer des PC avec un rapport performance/simplicité/autonomie/prix aussi intéressant qu’Apple. C’est un problème depuis 2020 et l’arrivée des puces Apple Mx, mais il s’est aggravé en 2026 avec la crise de la RAM et l’arrivée du MacBook Neo.

J’ai pu essayer chacune des machines au lancement : le Dell XPS, le grand Lenovo de 15 pouces, l’Acer, l’Asus ou encore le petit HP. Ils proposent tous de très bonnes finitions, comparables avec leur équivalent sous Windows.

Je ressors de ces premières prises en main plutôt convaincu par le logiciel proposé par Google, mais sans vraiment savoir quelle machine je pourrais bien conseiller pour aller avec.

En 2026, alors que tout semble hors de prix, je ne sais pas si le public sera au rendez-vous pour tenter de nouvelles machines à plus de 1000 euros.

Pour autant, si vous êtes à la recherche d’un PC portable simple d’utilisation dans ces budgets et que vous avez un smartphone Android, il me semble pertinent de considérer l’hypothèse Googlebook, ou d’en attendre les tests.

L’opportunité de Google

Comme je l’ai expliqué, je suis plutôt pessimiste, mais j’observe aussi que Google a une vraie opportunité de réussir. Le monde du PC, plus que jamais, se trouve à la croisée des chemins.

C’est la première fois en plus de 30 ans que la domination de Windows peut être remise en cause. Aujourd’hui, de plus en plus de nos applications tournent sur le web ou sont multiplateformes, Windows n’a jamais été aussi peu attrayant et l’on voit des alternatives comme Linux gagner en crédibilité.

À cela s’ajoute la révolution de l’IA qui permet d’imaginer de nouvelles fonctions innovantes sur PC, et la puissance de l’écosystème Android et Google, et je pense alors que Google a une vraie opportunité de réussir.

Mais voilà, je sais aussi que Google est le pire ennemi de Google. Le monde du PC demande des efforts et de l’engagement sur le long terme. Google promet 10 ans de mises à jour, mais on sait la propension de la firme à abandonner ses projets et ses produits au fil des modes. Est-ce que Google fera l’effort de persister et de traverser la crise de l’informatique pour s’imposer face à Windows ?

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