Pourquoi « zapper » sur son téléphone est bien pire que d’y passer des heures

 
L’utilisation fragmentée et répétitive de nos smartphones serait le principal facteur de surcharge informationnelle. Une étude de l’université Aalto en Finlande remet en question l’importance du temps d’écran total.
Source : Matti Ahlgren, Aalto University

On nous a longtemps dit que le problème, c’était la durée. Pourtant, une étude de l’université Aalto démontre que la sensation de saturation des écrans vient d’un comportement bien précis : la fragmentation de nos sessions.

Durant sept mois, des chercheurs de l’Université finlandaise Aalto ont suivi près de 300 participants en combinant leurs données d’utilisation et leurs auto-évaluations sur leur fatigue mentale. Et ils ont réussi à isolé un comportement prédictif de la surcharge.

Qu’est-ce que la fragmentation des sessions, ce mal qui nous ronge ?

Vous connaissez cette sensation d’avoir le cerveau « plein » après une journée à consulter vos notifications ? Pour les chercheurs finlandais d’Aalto, le coupable porte un nom : la fragmentation des sessions. Et c’est le coupable : l’utilisation répétitive et de très courte durée de nos smartphones.

Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas la quantité totale d’informations qui sature notre processeur biologique, mais la manière hachée dont nous les recevons.

L’étude affirme ainsi que « l’utilisation répétitive et de courte durée des appareils (c’est-à-dire une forte fragmentation) dans les sessions en ligne différencie les individus fortement surchargés des autres avec un effet important ».

En clair, déverrouiller son téléphone 50 fois pour des sessions de 30 secondes est bien plus épuisant pour le cerveau que de rester une heure sur un long article de fond.

Smartphone vs. ordinateur : deux poids, deux mesures

L’étude explique également qu’il y a une différence importante entre les supports utilisés. Si vous passez trois heures sur votre ordinateur pour travailler ou regarder un film, cela ne semble avoir aucun impact sur votre sentiment de surcharge. En revanche, sur mobile, chaque minute compte différemment.

Pourquoi ? Parce que le mobile est l’outil roi de la distraction fragmentée. Une notification, un message, un short sur YouTube, un post sur Insta, on ne fait que picorer. Même lorsque l’on est focalisé sur une tâche, on n’est jamais à l’abri d’une notification à moins d’avoir activé le mode « Ne pas déranger ».

Ce n’est donc pas l’écran en soi qui est toxique, mais la nature des interactions que le smartphone encourage : des sollicitations permanentes et brèves qui ne laissent aucun répit à notre attention.

Pourquoi nos outils de « Bien-être numérique » se trompent

Si vous utilisez les outils de contrôle de temps d’écran sur Android ou iOS, vous avez sans doute remarqué qu’ils se focalisent presque exclusivement sur la limitation du temps total ou le blocage d’applications spécifiques. Or, l’étude d’Aalto indique que « l’association entre la durée en ligne et la surcharge informationnelle est plutôt faible sur mobile et inexistante sur ordinateur ».

Pour les chercheurs, cette approche est dépassée. Ils suggèrent de repenser ces interfaces pour qu’elles puissent « atténuer l’utilisation de courte durée en surveillant et en bloquant la fragmentation des sessions ».

L’enjeu est de protéger notre capacité de traitement, qui est structurellement limitée. L’étude rappelle d’ailleurs que la capacité de traitement de l’information humaine est estimée à environ « dix bits par seconde ». En multipliant les micro-sessions, nous saturons instantanément ce canal.

Le conseil des scientifiques est simpliste : « Arrêtez de jouer avec votre téléphone et déconnectez-vous ».


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