
La France a à peine voté l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans que la mesure est déjà jugée inefficace. Et pour cause, d’autres pays qui ont adopté une loi similaire comme l’Australie et le Royaume-Uni peinent à l’appliquer, tant les solutions de contournement existent.
Les VPN sont souvent présentés comme un outil de contournement, alors que ce n’est pas leur fonction première. Anne Le Hénanff, ministre déléguée à l’IA et au Numérique, les a même qualifiés de « faille » lors d’une interview accordée à Sud Radio.
D’après la ministre, deux tiers des jeunes utiliseraient un VPN, qui dans ce contexte est considéré davantage comme un outil de contournement que de cybersécurité. Une statistique fausse, ou au moins mal comprise, puisque la part de jeunes utilisant un VPN pour contourner une restriction d’âge est en réalité bien plus faible, selon une étude du British Medical Journal menée en Australie.
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Une confusion entre solution de contournement et VPN
En juin dernier, le British Medical Journal a publié une étude sur les premiers effets du Social Media Minimum Age Act en Australie qui interdit aux jeunes de moins de 16 ans de détenir un compte sur un réseau social. Un des volets de cette étude se concentre notamment sur les stratégies de contournement. D’après les résultats, 85 % des adolescents de moins de 16 ans continuent d’utiliser les réseaux sociaux malgré l’interdiction, et 66 % d’entre eux ont été confrontés à une vérification d’âge. C’est le seul passage de cette étude où apparaît la statistique des deux tiers qui a par la suite été savamment montée en épingle.
Fait ironique, cette mauvaise interprétation de l’étude vient autant des partisans que des détracteurs de la réforme en France. Louis Boyard, député (LFI) du Val-de-Marne, a ainsi tancé la mesure nouvellement adoptée : « Ce texte n’est pas applicable. Ils l’ont essayé en Australie. Les deux tiers des jeunes ont trouvé une solution de contournement ». Or, l’étude n’indique nulle part que les 66 % des jeunes confrontés à la vérification d’âge l’aient tous contournée. Mais il y a bien un contournement massif de la loi australienne si l’on en croit la statistique des 85 %.

Qu’en est-il de ces stratégies de contournement ? Selon l’étude du BMJ, plus de la moitié des jeunes de 12-13 ans parviennent à mettre en échec la vérification d’âge avec leur propre compte. jusqu’à 29 % utilisent le compte de quelqu’un d’autre, 15 à 19 % un faux compte et 6 à 11 % un mode incognito ou un navigateur privé. Enfin, parmi les jeunes de 12 à 15 ans, seulement entre 2 et 3 % utilisent un VPN ou un serveur proxy pour contourner la vérification d’âge. Bien loin des « deux tiers des jeunes » avancés par la ministre déléguée à l’IA et au Numérique.
L’étude du British Medical Journal prouve, certes, que les solutions de contournement sont massivement adoptées par les jeunes, mais surtout que les mesures de vérification d’âge sont totalement inefficaces. Dans la majorité des cas, les jeunes se sont vus demander s’ils avaient 16 ans ou plus, sans vérifications ultérieures. Nous sommes donc en droit de nous demander si la loi votée en France sera réellement efficace, elle est en tout cas loin de faire l’unanimité. Xavier Niel, le patron d’Iliad, l’a qualifiée de « totalement débile ».
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