
L’alerte a été lancée ce lundi 21 septembre 2026. Radio France, l’Alliance de la Radio (qui fédère les radios privées comme RTL ou Europe 1) et Les Locales (radios associatives) ont publié un communiqué commun demandant à la France et à Bruxelles de rendre obligatoire un récepteur FM et DAB+ dans les voitures neuves. L’enjeu n’a rien d’anecdotique, puisque environ un tiers de l’écoute de la radio se fait au volant, selon Médiamétrie.
Sur le papier, intégrer un récepteur FM/DAB+ n’a rien d’extraordinaire, la technologie existant depuis des décennies et son coût unitaire restant modeste.
Le problème vient d’ailleurs, dans la logique même des systèmes d’info-divertissement modernes. Un autoradio hertzien nécessite une antenne dédiée, un module RF, et surtout une certification spécifique par marché, puisque les bandes FM et DAB+ ne sont pas harmonisées de la même façon partout en Europe ni dans le reste du monde.
Pour un constructeur qui vise une plateforme électronique unique, déployée à l’identique de la France à la Pologne en passant par la Chine, chaque composant qui varie selon la géographie est un point de friction. Le streaming audio, lui, ne connaît pas cette contrainte : une brique logicielle, la même partout, mise à jour à distance.
Vue sous cet angle, la disparition de l’autoradio ne vient pas d’un désintérêt pour la radio. Elle découle assez logiquement de la course à la simplification matérielle des fameux SDV (pour « software-defined vehicles », les véhicules définis par le logiciel).
Ce sont surtout des marques américaines et chinoises qui commercialisent déjà des voitures sans récepteur FM ou DAB+, ou qui réservent la radio hertzienne à une option payante. L’appel des diffuseurs vise donc autant ces modèles déjà en vente qu’un cadre légal qui les laisserait se multiplier.
Le streaming, colonne vertébrale du système d’info-divertissement moderne
Cette bascule s’inscrit dans un mouvement plus large : celui des habitacles pensés d’abord comme des interfaces logicielles, où l’écran central fait office de hub pour la navigation, les applications et l’audio.
Dans cette logique, brancher Spotify, Deezer ou Apple Music en natif coûte peu et rapporte davantage, puisque ces partenariats s’accompagnent souvent d’accords commerciaux ou de données d’usage valorisables. La radio hertzienne, à l’inverse, ne génère ni abonnement ni remontée d’informations sur les habitudes d’écoute. Elle devient, dans une vision purement produit, une ligne de coût sans contrepartie business évidente.

On peut trouver ce raisonnement cohérent du point de vue d’un constructeur, tout en notant qu’il déplace silencieusement un service public et gratuit vers un modèle où l’accès dépend d’un abonnement ou, a minima, d’une connexion data fonctionnelle.
Ce que l’argument de la résilience dit, et ne dit pas, du sujet
Sibyle Veil, présidente de Radio France, a invoqué à l’AFP la panne électrique géante qui a plongé l’Espagne dans le noir en avril 2025, période durant laquelle la FM était restée l’un des rares canaux d’information disponibles.
L’argument technique tient la route car un récepteur FM ne dépend ni d’un réseau mobile ni d’une connexion internet, ce qui n’est pas le cas du streaming, prisonnier de la couverture 4G/5G et de la disponibilité des serveurs.
Mais il est un peu exagéré d’en faire l’argument central du débat : ce scénario de coupure généralisée reste rare, et l’essentiel des arguments des diffuseurs concerne surtout l’usage quotidien, où la question posée est moins celle de la sécurité civile que celle du modèle économique.
Un dernier point est à surveiller côté technique. Le règlement européen, actuellement en discussion, pourrait imposer une base matérielle commune, ce qui obligerait les constructeurs à revoir une architecture pensée, ces dernières années, précisément pour s’en affranchir. C’est exactement ce que demande l’ensemble du secteur de la radio, qui appelle le gouvernement « à garantir l’accès direct et gratuit à la radio hertzienne (FM et DAB+) dans les véhicules », écrivent les radios dans un communiqué commun.
Il est signé par le groupe public Radio France, l’Alliance de la Radio (qui regroupe les radios privées, dont RTL ou Europe 1) et Les Locales (radios associatives). Le sort de cette demande à l’échelle européenne dépendra du règlement sur les réseaux numériques (DNA), en discussion à Bruxelles, qui doit déterminer si l’équipement des véhicules neufs en récepteurs FM et DAB+ devient obligatoire.
La bataille se joue aussi à Paris. L’article 2 de la proposition de loi sur la modernisation de la radio, portée par le sénateur Laurent Lafon (Union centriste), reprend cette exigence d’un récepteur hertzien à bord des véhicules. Le texte doit être examiné au Sénat le 13 octobre, premier rendez-vous concret sur lequel comptent les diffuseurs pour faire bouger les lignes.
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