Il y a une semaine, les Américains terminaient leurs élections présidentielles et choisissaient, dans la surprise générale, Donald Trump. L’homme d’affaires, prochain président des États-Unis, avait promis beaucoup de changements dans le fonctionnement de l’économie. Quels changements peut-on attendre dans l’industrie mobile et notamment pour Apple et Xiaomi ?

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Lors de sa campagne présidentielle, Donald Trump, maintenant élu président aux États-Unis, avait promis d’augmenter les taxes jusqu’à 45 % pour les produits fabriqués à l’étranger pour forcer la réindustrialisation du pays. Toute l’industrie serait bien sûr touchée par une telle réforme, mais le candidat américain avait en ligne de mire Apple, connu pour faire fabriquer son iPhone par Foxconn en Chine.

Suite à son élection, le gouvernement chinois a d’ailleurs rapidement réagi en menaçant de bannir l’iPhone de son marché alors que le pays est justement l’un des marchés les plus juteux d’Apple depuis plusieurs années. La marque à la pomme ne serait pas la seule entreprise menacée, la Chine pouvant décider d’interdire l’importation de n’importe quel produit américain.

 

Peut-on fabriquer à nouveau aux États-Unis ?

L’ambition de Donald Trump avec cette promesse est de réindustrialiser les États-Unis, mais est-ce bien réaliste ?

En 2011, avant les précédentes élections américaines, il y a justement eu un grand débat sur la fabrication des smartphones sur le sol américain. Après une rencontre entre Barrack Obama et plusieurs dirigeants de la Silicon Valley, les entreprises ont fait comprendre que les emplois ne reviendront pas aux États-Unis.

D’après Apple, les États-Unis n’ont tout simplement plus le savoir-faire, la flexibilité et la capacité de suivre la demande si la firme devait un jour faire produire ses appareils dans son pays d’origine. Un ancien cadre d’Apple avait donné l’exemple suivant à Courrier international en 2012 : la firme a dû revoir au dernier moment un composant, l’écran, de son iPhone et il a fallu réveiller 8 000 ouvriers à minuit pour procéder aux modifications. 96 heures plus tard, l’usine était capable de produire 10 000 iPhone par jour.

Cette semaine, un article du Nikkei indiquait qu’Apple cherchait à faire produire l’iPhone aux États-Unis, mais était dans l’impossibilité de trouver un sous-traitant capable d’assurer la production. Foxconn, l’assembleur actuel de l’iPhone, et Pegatron, l’assembleur de la Microsoft Surface, ont tous les deux indiqué qu’une production aux États-Unis ferait plus que doubler le coût de l’iPhone.

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Une autre problématique à résoudre pour la production de l’iPhone est l’approvisionnement en composants. La plupart des composants de l’iPhone sont produits en Asie, à côté du lieu d’assemblage. : le processeur A10 par TSMC, l’écran par Sharp puis SK Hynix et Toshiba pour le stockage. Pour produire l’iPhone aux États-Unis, il faudrait aussi que la production de ces composants se fasse en Amérique du Nord, mais aucune de ces sociétés n’est américaine.

Forcer une réindustrialisation immédiate pourrait donc conduire à une chute de la productivité d’Apple tout en réduisant les marges de l’entreprise. Pour contrebalancer la situation, et si la firme veut conserver ses marges, Apple devrait alors augmenter le prix de ses produits. Une situation défavorable pour le géant américain au moment où la popularité des marques chinoises bon marché grimpe en flèche.

Depuis la polémique de 2011, Apple a compris qu’un assemblage aux États-Unis de ses produits pouvait également être un argument de vente. Le dernier Mac Pro et une partie des iMac sont désormais assemblés sur le sol américain.

 

Huawei et Xiaomi sortiraient-ils gagnants ?

Avec la menace de bannissement des produits américains sur le sol chinois, on a du mal à imaginer que cette promesse sera portée par le président Trump, mais si la situation venait à s’envenimer, il pourrait s’agir d’une occasion à doubles tranchants pour les jeunes marques chinoises comme Huawei ou Xiaomi.

D’un côté, ces marques auront la liberté de continuer à fabriquer en Chine et de vendre à l’internationale leurs smartphones, exceptés aux États-Unis. De l’autre, si les produits américains étaient interdits en Chine, ce serait l’occasion pour ces marques de peser encore plus lourd sur leurs marché national qui est l’un des plus gros marché mondiaux.

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À l’inverse, le protectionnisme défendu par Trump pourrait entraver les plans des marques chinoises de venir s’installer sur le marché américain. On sait que Huawei essaie depuis plus d’un an de se faire une place dans le pays, et avait par exemple misé sur le Nexus 6P et le Mate 8 pour y arriver, mais les premiers résultats sont pour le moment décevants. Lenovo a fait le choix de racheter Motorola à Google et de lancer la marque Moto à grande échelle pour ses produits. Enfin, le trublion Xiaomi vient de lancer son premier produit outre-Atlantique et prépare le lancement d’une gamme de smartphones.

Les choix des États-Unis et de la Chine en matière de protectionnisme pourraient donc conforter les fabricants chinois en Asie et en Europe, mais devraient les pénaliser pour leur expansion en Amérique du Nord, dont les parts de marché sont loin d’être négligeables.

 

Apple, Google et Microsoft pourraient toucher le pactole grâce à Trump

Si la promesse d’une taxe à 45 % fait couler des sueurs froides à beaucoup d’entreprises américaines, ces dernières doivent en revanche attendre de pied ferme le passage à l’acte concernant une autre promesse.

Depuis plusieurs années, l’un des problèmes récurant des entreprises à succès américaines comme Apple, Google et Microsoft est l’argent que ces sociétés gagnent et accumulent à l’étranger, en dehors des États-Unis. Le célèbre trésor de guerre accumulé par Apple (on parle de 215 milliards de dollars) est par exemple bloqué en Europe et en Asie pour l’essentiel, si le géant américain décide de récupérer son argent, il devra faire face à de lourdes taxes du fisc américain.

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Lors de la campagne, Donald Trump avait promis une réduction de cette taxe en une seule occasion qui permettrait à ces entreprises de récupérer un pactole estimé à plus de 1 000 milliards de dollars accumulés.

 

Une conséquence sur les rachats étrangers ?

Jusqu’à présent, pour ne pas laisser dormir cet argent, les entreprises procédaient au rachat de start-ups étrangères, en Europe notamment, ce qui permet d’investir sans rapatrier les fonds. Mojang, l’éditeur suédois de Minecraft, Skype et Nokia Mobile ont par exemple été rachetés par Microsoft avec de l’argent accumulé en dehors des États-Unis.

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Le rapatriement de ces sommes par les entreprises américaines sous la présidence de Donald Trump pourrait donc diminuer les investissements en Europe au profit des États-Unis.

 

Et dans les faits ?

Doit-on vraiment croire aux promesses de Donald Trump concernant le protectionnisme économique des États-Unis ? Si l’homme d’affaires devenu président élu semble s’entourer des compétences nécessaires pour mener à bien ses promesses concernant l’écologie, l’immigration et le rapport du pays aux religions, on ne peut pas en dire autant concernant l’économie.

Depuis l’élection, il n’est plus revenu sur son programme économique ni sur les promesses faites durant sa campagne. Devant les problèmes que la mise en place de sa politique pourrait causer aux entreprises américaines qui fabriquent leurs biens à l’étranger, c’est-à-dire l’énorme majorité, on doute de la mise en pratique de ces idées.

La nouvelle politique économique des États-Unis sous Donald Trump devrait se dessiner tout au long de l’année 2017. Les Américains jugeront des progrès réalisés ou non par leur nouveau président en 2018 lors des élections législatives de mi-mandat.