475 milliards d’euros sur la 5G : c’est la somme que doit investir l’Europe pour ne pas perdre sa souveraineté numérique

 
Quasiment 500 milliards d’euros, une somme titanesque que l’Europe doit investir dans le réseau mobile 5G dans les dix prochaines années selon un rapport de la GSMA. Sans ces investissements, le Vieux Continent court au décrochage technologique, et même de perdre sa souveraineté numérique.
Image d’illustration 5G. // Source : Pexels / Z z

« L’Europe perd du terrain sur la 5G« . C’est ce que constate un rapport accablant de la GSMA, le lobby regroupant les opérateurs mobiles et constructeurs de téléphonie mobile du monde entier. L’année dernière, le cabinet Ookla pointait déjà du doigt une fracture numérique intra-européenne sur le déploiement de la 5G. Cette nouvelle étude confirme cette situation délétère pouvant mener à un décrochage technologique du continent sur la 5G, et à terme, une perte de sa souveraineté numérique sur les télécommunications. Et ce alors que la 6G arrive dans quelques années

À lire aussi :
« Une compétitivité à deux vitesses » : les ratés du déploiement de la 5G en Europe mis en lumière dans une nouvelle étude

L’Europe, à la traîne sur la 5G face au reste du monde

Sur des forums, réseaux sociaux et autres espaces numériques où le sujet de discussion porte sur le réseau mobile, il nous est souvent arrivé de lire des internautes se plaignant de leur forfait 5G, jugeant souvent ce réseau pas plus qualitatif que la 4G. Eh bien, ces personnes avaient peut-être raison. Non pas parce qu’il n’y aurait aucune différence entre la 4G et la 5G, mais parce que le réseau 5G européen est à la ramasse, faute d’investissements suffisants.

La GSMA constate des débits moyens inférieurs à ceux d’autres puissances mondiales comme la Chine, les États-Unis, l’Inde, le Brésil ou encore les États du Golfe et de l’Asie-Pacifique. Selon ces données prodiguées par le cabinet Ookla, le débit de téléchargement moyen en Europe en 2025 est trois fois inférieur à celui du Brésil. Ce dernier a un bas taux de pénétration de sa 5G, faisant que le réseau soit plus « disponible ». Ce qui est inquiétant pour la 5G européenne, c’est la conjugaison de débits moyens avec ici aussi un bas taux de pénétration, inférieur à celui des autres puissances mondiales.

© GSMA Intelligence

C’est encore pire s’agissant de la 5G SA. La GSMA reprend ici aussi les données d’Ookla sur le taux d’adoption de la « vraie 5G ». Il est de 80 % en Chine, de 50 % en Inde, de 25 % en Amérique du Nord, et de… 2 % en Europe. Ceci parce que la majorité des opérateurs européens ont proposé des années durant de la 5G NSA, un réseau 5G avec un cœur de réseau en 4G. En France, la 5G SA est disponible chez tous les opérateurs depuis moins d’un an.

Globalement, c’est le manque d’investissements dans le réseau 5G qui est mis en cause dans ce rapport. En 2024, l’Europe investissait en moyenne deux fois moins dans sa 5G que les leaders mondiaux en la matière. Depuis 2015, l’UE compte 330 milliards d’euros investis dans la 5G, et ce sont 270 milliards qui sont prévus pour les dix prochaines années. Or, ce sont au moins 475 milliards d’euros qui devraient être investis pour rattraper notre retard.

Sans ces investissements, le Vieux Continent risque le décrochage technologique qui aurait un double effet : une perte de la compétitivité européenne d’abord, une perte de sa souveraineté numérique ensuite puisque nous deviendrions dépendant d’équipements venant de Chine ou des États-Unis. Les télécoms sont un secteur critique dont la santé a un impact direct sur d’autres secteurs critiques comme l’énergie, la sécurité, les transports, la finance et bien sûr le système de santé. Des secteurs aujourd’hui directement menacés par cette perte de souveraineté.

200 milliards de plus pour relancer la machine

Pour sortir de cette torpeur et inverser la tendance, deux solutions sont proposées par la GSMA : des investissements plus importants et une simplification de la réglementation européenne. Au 270 milliards déjà budgetisés pour les 10 prochaines années, la GSMA recommande d’ajouter 205 milliards qui seraient répartis comme suit :

© GSMA Intelligence
  • 35 milliards d’euros pour assurer une couverture 5G à toutes les zones habitées et y déployer la 5G SA.
  • 38 milliards d’euros pour garantir la résilience des infrastructures du réseau mobile, que ce soit dans la durée de vie des équipements que dans la cybersécurité.
  • 28 milliards d’euros pour intégrer pleinement l’IA dans les réseaux mobiles, ce qui mènerait à une optimisation de l’allocation des spectres de fréquences et une meilleure efficacité énergétique, et donc une réduction des coûts.
  • 104 milliards d’euros pour assurer une couverture du réseau 5G sur les voies de circulation : routes, chemins de fer et même voies de navigation.

Et pour stimuler ces investissements, la GSMA recommande ces réformes sur la réglementation de l’UE :

  • Encourager la consolidation du marché : ce qui est en bonne voie depuis la publication du rapport Draghi sur la perte de compétitivité européenne. L’Europe pourrait devenir plus encline aux opérations de fusion-acquisition entre opérateurs comme le rachat de SFR par ses rivaux. Selon la GSMA, les investissements par opérateur sont toujours plus hauts dans les marchés à trois opérateurs que ceux à quatre opérateurs.
  • Baisser le coût des fréquences : en Europe, les coûts et redevances pour l’utilisation des spectres de fréquences ont triplé sur ces dix dernières années et devraient encore augmenter avec l’arrivée de la 6G. Les quelques milliards d’économie qui résulteraient d’une réduction du coût des spectres pourraient être réinjectés dans les réseaux.
  • Simplifier la réglementation européenne : selon la GSMA, la lourdeur de la réglementation européenne impose des coûts supplémentaires aux opérateurs mobiles et freine leur croissance. Certaines règles seraient même, en plus d’être contraignantes, totalement obsolètes (la directive ePrivacy, par exemple, qui fait doublon avec le RGPD). La neutralité du net est également mise en cause car elle empêche les opérateurs de facturer différemment certains types de trafic ou de services, limitant les perspectives de revenus.

Le rapport « Mobile Investment Needs in Europe » de la GSMA est donc une véritable sonnette d’alarme adressée aux décideurs européens. Sans les investissements nécessaires pour rattraper notre retard sur la 5G, l’Europe sera incapable de tenir face à la concurrence technologique des États-Unis, de la Chine et des puissances émergentes. Avec un réseau 5G aussi fragile, autant dire que notre 6G risque d’être bâtie sur du sable. Encore faut-il que l’Europe ait la volonté politique de mettre les mains dans le cambouis…

Le top 3 des forfaits 5G du moment
Bouygues Telecom
Forfait Mobile B&You 130 Go
  • Appels illimités
  • 130 Go en France
  • 40 Go en Europe
7,99 avec Fibre
10,99 € /mois
RED by SFR
Réseau SFR RED Forfait 5G
130 Go
  • Appels illimités
  • 130 Go en France
  • 30 Go en Europe
8,99 € /mois
Prixtel
Réseau SFR Prixtel Forfait 5G
Oxygène 120 à 160 Go
  • Appels illimités
  • 120 Go – 160 Go en France
  • 25 Go en Europe
6,99 € /mois

Utilisez-vous Google News (Actualités en France) ? Vous pouvez suivre vos médias favoris. Suivez Frandroid sur Google News (et Numerama).

Recherche IA boostée par
Perplexity