« Les compteurs trafiqués vont exploser » : la menace qui pèse sur la taxe au kilomètre électrique selon vous

 
Les rumeurs et réflexions d’une potentielle taxe au kilomètre pour les véhicules électriques en France inquiètent. Calibrer une telle redevance en fonction de la distance parcourue soulève un problème technique et éthique majeur selon vos témoignages. Vous dénoncez une mesure ingérable, entre risque d’explosion de la fraude au compteur et sentiment de punition pour les citoyens honnêtes.
Xpeng G9 en recharge en Espagne sur une station Zunder // Source : Vincent Sergère pour Frandroid

Outre-Manche, la décision est prise. Le Royaume-Uni va instaurer, dès 2028, une taxe au kilomètre sur les véhicules électriques pour compenser la chute des recettes fiscales issues des carburants. En France, la rumeur d’une mesure similaire crée déjà la polémique. Si le gouvernement assure qu’aucun projet de loi n’est dans les tuyaux, car l’urgence n’est pas immédiate, le problème financier existe malgré tout. À terme, la fin du thermique privera l’État des dizaines de milliards issus de l’impôt indirect TICPE (Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques).

Un point mérite d’être rappelé pour calmer le jeu : le rapport du Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), l’organisme associé à la Cour des comptes publié en juin 2026, ne recommande pas la taxe au kilomètre. Il la juge juridiquement contrainte – la directive européenne Eurovignette interdit de cumuler une taxe kilométrique avec les péages déjà en place en France – et lui préfère une piste plus simple : une redevance annuelle de détention d’environ 95 euros par véhicule, modulée selon le poids et l’empreinte au sol, qui rapporterait près de 3 milliards d’euros par an. De quoi relativiser le scénario du compteur trafiqué qui agite les commentaires.

L’inquiétude d’être taxé pour rouler en électrique

Nous vous avons demandé si vous étiez pour ou contre cette redevance kilométrique selon la distance parcourue d’un véhicule électrique. Vous avez été nombreux à réagir, des centaines de propriétaires ou futurs acheteurs, qui pensent par exemple, que l’instauration prématurée d’une telle mesure serait un piège fiscal par excellence.

D’autres proposent des solutions alternatives, pendant que certains conducteurs pensent que cela risquerait de casser net le marché automobile français, neuf ou occasion, en décourageant définitivement la classe moyenne d’acheter. Mais pour une partie des sondés, cette taxe n’a rien d’aberrant : « les véhicules thermiques payent 55 à 60 % de taxes sur le carburant. Il est logique que les possesseurs d’électrique contribuent aussi à l’effort national ». Bref, le débat est bien lancé.

Dans vos commentaires, on a aussi pu déceler une inquiétude. Comment l’État compte-t-il vérifier le kilométrage réel de chaque voiture électrique ? C’est la question centrale qui alimente aussi le scepticisme des automobilistes. Car contrairement à la taxe sur les carburants prélevée directement à la pompe, la taxe au kilomètre reposerait sur du déclaratif ou sur des relevés périodiques. Un système perçu comme une porte ouverte aux abus. Une taxe déclarative ou liée au compteur inciterait à la falsification, d’après les dires d’un lecteur : « les compteurs trafiqués vont exploser, punissant les conducteurs honnêtes au profit des fraudeurs. »

Pour aller plus loin
Taxe au kilomètre pour les voitures électriques : ce que cache l’alternative à 95 € par an évoquée par la Cour des comptes

Le risque de fraude au compteur

« Il n’y a aucun moyen d’être sûr du kilométrage réel parcouru donc tout le monde va tricher », avertit un autre usager. Les témoignages prédisent un essor massif des manipulations de compteurs pour échapper à la note salée. Notons qu’au Royaume-Uni, la taxe coûtera au départ aux conducteurs de voitures électriques environ 2,2 centimes d’euro par kilomètre parcouru. Il est clair que la facture peut vite grimper.

Prenons un petit rouleur, soit 10 000 kilomètres par an : 10 000 km x 0,022 euro = 220 euros. Sur cette base, le gain accumulé sur la durée de vie d’un véhicule incitera les tricheurs à intervenir sur l’électronique de bord.

Mais le risque sous-jacent est double. Dans un scénario très sombre, le marché de l’occasion serait empoisonné à cause de la confiance détruite entre particuliers lors de la revente, pense un automobiliste. Une autre conductrice avance, un peu inquiète, que pour compenser la fraude au compteur anticipée, l’État risquerait aussi de majorer le montant global de la taxe, faisant payer aux usagers vertueux le prix de la triche des autres.

On pointe l’aberration de la mesure globale car au-delà de la fraude, la taxe au kilomètre pose un problème d’équité écologique. Elle traite de la même manière un petit véhicule sobre et un lourd SUV plus énergivore. « Ce n’est pas acceptable qu’un véhicule qui consomme 19 kWh au 100 se retrouve à payer la même chose qu’un véhicule efficient à 12 kWh/100 sur le même trajet », souligne un intervenant.

Pour de nombreux usagers, si la fiscalité doit évoluer, elle ne pourra pas se faire au détriment de l’efficience énergétique, sous peine de rendre l’innovation technologique totalement caduque.


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