L’influent sénateur démocrate Chuck Schumer a co-écrit une lettre appelant les autorités américaines à enquêter sur l’application chinoise TikTok, pour des soupçons de censure et d’influence étrangère.

La tech chinoise n’a pas très bonne réputation chez les décideurs américains. Il y a bien sûr la grande bataille qui oppose Washington au constructeur Huawei. Mais les entreprises chinoises sont depuis longtemps perçues aux États-Unis comme voulant dérober de la propriété intellectuelle ou étendre le soft power de Pékin. Cette fois-ci, c’est la populaire application de vidéos TikTok qui se retrouve dans le collimateur.

Censure et campagnes d’influence

Les dernières accusations viennent d’une lettre ouverte écrite par Chuck Schumer, le Démocrate le plus éminent du Sénat, et son collègue républicain Tom Cotton de l’Arkansas. Le texte est adressé aux services de renseignements nationaux et les enjoint à « conduire une évaluation des risques à la sécurité nationale posés par TikTok et d’autres plateformes de contenu basées en Chine et opérant aux États-Unis ».

D’après certaines informations, TikTok censure des contenus considérés comme politiquement sensibles par le Parti communiste chinois, dont du contenu lié aux récentes manifestations à Hong Kong, ainsi que des références à la place de Tiananmen, l’indépendance tibétaine et taïwanaise, et le traitement des Ouïghours.

Au-delà de ces questions de censure, les sénateurs accusent aussi la plateforme d’être « une cible potentielle pour des campagnes d’influence étrangère comme celles menées pendant l’élection de 2016 sur les plateformes de réseaux sociaux basées aux États-Unis ».

TikTok rejette les accusations

Dans un communiqué publié jeudi, TikTok se défend. « Nous allons être clairs : TikTok ne retire pas de contenu selon des sensibilités liées à la Chine. Nous n’avons jamais reçu de demande de la part du gouvernement chinois de retirer quelque contenu que ce soit, et nous ne le ferions pas si on nous le demandait. »

La plateforme affirme n’être influencée par aucun gouvernement étranger et rappelle qu’elle n’opère pas en Chine — sa maison-mère ByteDance y propose à la place Douyin, une application parfaitement similaire sauf pour le nom. La fuite de données utilisateurs est une autre inquiétude régulièrement relevée, et l’application déclare ainsi « stocker toutes les données TikTok d’utilisateurs américains aux États-Unis, avec un backup redondant à Singapour ».

Téléchargée plus d’un milliard de fois dans le monde et 110 millions de fois aux États-Unis, TikTok est depuis plusieurs semaines la cible d’accusations de la part des décideurs américains. Début octobre, le sénateur républicain Marco Rubio de Floride avait écrit au gouvernement pour demander l’ouverture d’une enquête concernant le rachat de l’application Musical.ly par TikTok en été 2018.

TikTok lourdement puni pour ne pas avoir respecté le droit à la vie privée des enfants américains