Affaire Kempf-Darmanin : comment l’épouse du créateur de VLC a fini par être admise dans la magistrature

Recalée, puis admise

 
Audrey Prévost, l’épouse de Jean-Baptiste Kempf, président de VideoLAN (VLC), est admise à titre définitif au troisième concours de la magistrature, d’après une liste publiée au Journal officiel ce mercredi 30 septembre. En février, son mari menaçait de quitter la France à cause du refus de Gérald Darmanin.

Le Journal officiel a publié ce mercredi 30 septembre une liste supplémentaire de quatre candidats admis au troisième concours d’auditeurs de justice, l’une des voies d’entrée à l’École nationale de la magistrature (ENM). Parmi eux figure Audrey Prévost, l’épouse de Jean-Baptiste Kempf, président de VideoLAN, l’association qui développe le lecteur vidéo VLC. Comme le détaille Numerama, ce nom met fin à un bras de fer que Jean-Baptiste Kempf avait rendu public en février, en accusant nommément Gérald Darmanin, ministre de la Justice.

Pour Audrey Prévost, la procédure aura duré plus d’un an. Elle avait réussi les épreuves en 2025, avant que le ministère ne lui retire le droit de concourir. Elle peut désormais suivre la formation pour devenir magistrate.

Dix ans de droit pour VLC, jugés insuffisants

Le troisième concours s’adresse aux candidats qui ont déjà une carrière. Il faut justifier d’au moins quatre ans d’activité professionnelle dans le domaine juridique, administratif, économique ou social, qui qualifie « particulièrement » pour exercer des fonctions judiciaires. Audrey Prévost, juriste de formation, mettait en avant son travail pour VideoLAN, dont elle gère bénévolement le volet juridique depuis près de dix ans, selon son mari. Ce travail porte sur des brevets, du droit d’auteur et des contrats.

Le 8 septembre 2025, le ministère de la Justice lui a pourtant refusé l’autorisation de concourir, en jugeant ce travail bénévole insuffisant. Elle avait terminé neuvième sur 269 candidats présents, d’après ce qu’elle a elle-même indiqué sur LinkedIn. Le 23 février 2026, il a menacé de quitter la France dans un long message publié sur LinkedIn, intitulé « J’envisage de quitter la France, et c’est intégralement la faute de M. Gérald Darmanin ».

Gérald Darmanin lui a répondu dans la foulée, en commentaire de la publication. Le ministre a assuré ne pas avoir été saisi personnellement du dossier et a dit avoir demandé à son administration de revoir sa décision. Il a aussi reconnu que « la magistrature manque de personnes connaissant le numérique », alors que Jean-Baptiste Kempf citait un courrier du ministère selon lequel le droit du numérique ne serait pas utile aux magistrats.

Le refus passait d’autant plus mal que le concours n’avait pas fait le plein. La liste des lauréats publiée le 25 novembre 2025 ne comptait que 26 noms pour 60 postes ouverts. Autrement dit, 34 places sont restées vides.

Le Conseil d’État a débloqué le dossier sans trancher le fond

Gérald Darmanin a ensuite tenté de rattraper le dossier de quatre candidats écartés, dont Audrey Prévost. Il a retiré ses refus, puis demandé le 9 mars à la présidente du jury d’établir une nouvelle liste avec leurs noms. Le 19 mars, la présidente du jury a refusé d’inscrire leurs noms sur la liste des admis, au nom de la souveraineté du jury.

Deux de ces candidats ont alors saisi le Conseil d’État. Le 22 juin 2026, son juge des référés, qui statue en urgence et à titre provisoire, a suspendu ce blocage, dont il jugeait la légalité sérieusement douteuse, et ordonné leur inscription provisoire sur la liste des admis. L’un avait obtenu 169 points, l’autre 207, soit plus que le dernier candidat admis.

Le 15 septembre, le ministre de la Justice a écrit à la présidente du jury pour l’informer du retrait de ses refus visant les quatre candidats. Le jury a délibéré le 21 septembre et les a tous déclarés admis à titre définitif, Audrey Prévost comprise.

Le Conseil d’État n’a pas tranché la question de fond. Il ne s’est pas prononcé sur la valeur du bénévolat pour VideoLAN. Il n’a pas non plus annulé le refus opposé à Audrey Prévost, puisque le ministère l’avait retiré de lui-même. En juin, le juge a aussi laissé de côté l’argument des services du ministère, qui estimaient que ce retrait arrivait après le délai légal de quatre mois.

Audrey Prévost n’est pas encore magistrate. Un arrêté du garde des Sceaux doit d’abord la nommer auditrice de justice, le statut des magistrats en formation à l’ENM. La date de son entrée à l’école n’a pas encore été publiée.


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