Pourquoi la puce RTX Spark de Nvidia risque bien de changer la manière dont on utilise l’IA ?

 
La nouvelle plateforme RTX Spark de Nvidia veut faire évoluer notre manière d’utiliser le PC. Le but ? Faciliter l’utilisation d’assistants IA, idéalement en local, et les intégrer naturellement aux usages habituels, entre travail, création et jeu.
RTX Spark // Source : Nvidia

Encore abstraite il y a cinq ou six ans, l’intelligence artificielle est désormais bien présente dans notre quotidien. Demander de l’aide à Claude pour améliorer son code, solliciter ChatGPT pour corriger un texte ou Midjourney pour générer une image est devenu banal.

Mais qu’est-ce qui se cache réellement derrière ces usages familiers ? Le plus souvent, des traitements effectués sur les serveurs du fournisseur, plutôt que sur votre propre machine. Et si votre PC pouvait prendre en charge une partie de ces traitements ?

C’est ce que Nvidia entend faciliter avec RTX Spark. Cette plateforme matérielle et logicielle vise à simplifier l’installation et l’utilisation d’agents IA qui s’appuient sur des modèles exécutés directement sur le PC.

Mieux : avec les bons outils et les autorisations nécessaires, ces assistants peuvent aussi agir au cœur de vos applications. Une intégration locale poussée qui ouvre de nouvelles possibilités pour créer, travailler ou jouer. 

RTX Spark, c’est quoi exactement ? 

Derrière le nom RTX Spark se cache une nouvelle vision du PC imaginée par Nvidia. Une plateforme qui associe des composants Nvidia et un environnement logiciel optimisé, avec pour ambition de réunir sur une même machine les possibilités de faire tourner de l’IA locale, des applications de création de contenu et des jeux vidéo récents.

Au cœur de RTX Spark se trouve un composant développé par Nvidia qui réunit un processeur Arm et un GPU Blackwell RTX, associés à une mémoire unifiée. Le premier prend en charge les tâches générales et coordonne l’exécution des programmes. Le second accélère les calculs parallèles, le rendu graphique et certains traitements dans les logiciels créatifs.

Quant à la mémoire unifiée, c’est l’un des principaux atouts de l’architecture Nvidia. Dans un PC équipé d’une carte graphique dédiée, le processeur utilise la mémoire vive (RAM, installée sur la carte-mère) du système, tandis que le GPU possède sa propre mémoire vidéo (VRAM, installée directement sur la carte graphique).

Ici, les CPU et GPU accèdent à une mémoire commune, dont la capacité peut atteindre 128 Go selon la configuration. L’utilisateur peut ajuster dans l’application Nvidia la quantité réservée au GPU, en fonction de ses besoins, moyennant un redémarrage. Pour l’IA, cette mémoire permet de charger des modèles volumineux qui dépasseraient la capacité de nombreuses cartes graphiques dédiées : Nvidia évoque des modèles allant jusqu’à 120 milliards de paramètres.

La puce RTX Spark // Source : Nvidia

Pour épauler cette nouvelle architecture, Nvidia a aussi largement travaillé sur son écosystème logiciel. Une stratégie déjà éprouvée par le passé, qui passe notamment par des partenariats avec les éditeurs de logiciels de création, les développeurs de jeux et les fournisseurs d’outils d’IA. Le but ? Permettre aux applications compatibles de tirer pleinement parti du matériel, pour l’IA comme pour le reste.

Une IA qui tourne directement sur le PC pour vous épauler au quotidien

Avec RTX Spark, Nvidia veut faciliter l’installation de modèles IA directement sur un PC, de façon à les faire faire fonctionner sans internet. Une approche qui permet de traiter les requêtes localement, sans passer par un serveur distant. Une fois les outils et les modèles téléchargés, les tâches entièrement locales peuvent ainsi être réalisées sans connexion Internet.

Au-delà du modèle et du traitement local des requêtes, RTX Spark fait aussi la part belle aux agents IA. Ce terme désigne des programmes qui s’appuient sur un modèle et des outils pour enchaîner les étapes nécessaires à une tâche : consulter un fichier, utiliser une application ou traiter un contenu. Ils peuvent ainsi intervenir directement dans les applications compatibles, pour peu que vous leur en ayez donné l’autorisation.

Dans Nvidia Broadcast, par exemple, un agent peut ajuster les effets, modifier des réglages ou lancer le traitement d’un fichier enregistré à partir de vos instructions. Une manière de déléguer certaines manipulations au lieu de les effectuer vous-même.

Nvidia RTX Spark // Crédits : Chloé Pertuis pour Frandroid

Pour rendre ces outils plus accessibles, Nvidia propose dès le démarrage un parcours guidé pour choisir et installer, sans ligne de commande, un agent IA comme Hermes, OpenClaw ou GitHub Copilot, tandis que plusieurs applications compatibles recommandent un modèle local et des réglages adaptés à RTX Spark. 

Le traitement des requêtes en local offre aussi des bénéfices à ne pas négliger pour les amateurs d’IA :

  • une maîtrise accrue sur les données : les contenus peuvent être traités sans être envoyés à un serveur distant. Un point intéressant pour les données personnelles ou sensibles, à condition que les outils utilisés conservent eux aussi ces traitements en local ;
  • moins de dépendance à la connexion internet : une fois le modèle téléchargé, on peut continuer à travailler sur ses fichiers en déplacement, même sans réseau ;
  • des essais sans facturation à la requête : exécuter un modèle sur son PC permet de multiplier les tentatives sans payer chaque demande à un service distant. Les logiciels utilisés peuvent toutefois avoir leur propre abonnement.

Si l’un des principaux intérêts de RTX Spark est de permettre le traitement des requêtes IA en local, son but n’est pas d’exclure les modèles distants. Les outils compatibles peuvent combiner les deux approches et répartir les demandes entre le PC et le cloud, selon les besoins.

Création, développement, jeu : quels sont les usages concrets de RTX Spark ?

Installer et faire fonctionner une IA et des agents directement sur son PC, c’est bien. Mais les possibilités de RTX Spark vont plus loin. Entre les outils de création, l’expérimentation IA et le jeu vidéo, Nvidia entend réunir plusieurs usages sur une même machine, avec un environnement logiciel adapté à chacun.

Retoucher, monter et créer avec des outils accélérés

Avec RTX Spark, Nvidia fait passer son partenariat avec Adobe et les éditeurs de logiciels de création à la vitesse supérieure. Le but ? Réduire les temps de rendu et accélérer certains traitements, qu’ils fassent appel ou non à l’IA.

Photoshop bénéficie notamment d’optimisations de la composition d’images et de l’outil de suppression, tandis que Premiere profite d’améliorations de la lecture, du rendu et de certaines fonctions IA. Ces optimisations sont déployées progressivement, avec des fonctions accessibles en bêta. Dans Blender, le DLSS Ray Reconstruction est annoncé pour novembre avec la version 5.3, afin d’améliorer la prévisualisation des scènes.

L’idée pour les profils créatifs est donc de bénéficier d’outils plus réactifs et d’ajustements plus rapides. De quoi fluidifier son workflow et consacrer davantage de temps à la création, avec moins d’attente entre deux manipulations.

Expérimenter avec l’IA et développer ses propres assistants

L’un des objectifs principaux de RTX Spark est d’offrir une plateforme adaptée à l’expérimentation IA. Des applications comme Llama Windows permettent de télécharger et de faire tourner des modèles locaux sans passer par la ligne de commande.

Les développeurs disposent aussi d’outils comme Python, PyTorch et CUDA pour concevoir leurs propres applications et agents, avec notamment la première version de PyTorch-CUDA pour Windows sur Arm, préparée par Nvidia et Microsoft.

Un arsenal qui permet de prototyper et de tester ses créations sur une même machine avant d’envisager leur déploiement. L’accès à une mémoire pouvant atteindre 128 Go selon la configuration constitue aussi un avantage pour ceux qui souhaitent se frotter à des modèles plus volumineux.

Le DLSS 5 // Source : Nvidia / montage Frandroid

Jouer avec les technologies RTX de dernière génération

Nvidia RTX oblige, les PC RTX Spark font aussi une place au gaming pour compléter la sainte trinité des usages PC. La plateforme prend en charge les technologies RTX, du DLSS à Reflex en passant par le ray tracing.

Dans les jeux compatibles, elle peut ainsi combiner génération d’images et effets de lumière avancés, notamment en path tracing. Au lancement, Nvidia revendique la prise en charge de centaines de jeux, dont Cyberpunk 2077, Fortnite, Marvel Rivals, World of Warcraft et NBA 2K27, qui exploitent déjà le DLSS 5.

L’architecture Arm impose toutefois quelques contraintes. De nombreux jeux conçus pour les processeurs x86/x64 passent par la couche d’émulation de Windows, tandis que certains titres restent incompatibles à cause de leur système anti-triche.

Nvidia travaille avec les développeurs pour élargir cette compatibilité. Reste que les résultats du test Frandroid montrent déjà des capacités encourageantes en jeu, à apprécier selon les titres et les réglages utilisés.

Comment bien choisir son PC RTX Spark ?

Avant de choisir un PC RTX Spark, plusieurs critères sont à prendre en compte. Tout d’abord, le format. Nvidia décline sa plateforme sur des PC portables comme sur des machines de bureau compactes, attendues en novembre. Déplacements fréquents ou installation fixe : vos habitudes permettront de déterminer le format le plus adapté.

L’autre élément à considérer, c’est la configuration matérielle. Si l’écran, la connectique, le poids ou l’autonomie restent des critères déterminants pour les PC portables, la quantité de mémoire mérite une attention particulière pour l’IA locale. Plus elle est importante, jusqu’aux fameux 128 Go selon la configuration, plus il devient possible de charger des modèles volumineux tout en conservant des ressources pour les autres applications.

Pensez aussi au stockage : les modèles téléchargés occupent de la place sur le SSD, aux côtés de vos logiciels, jeux et fichiers personnels. Les PC présentés par Nvidia n’embarquent pas non plus tous la même variante de puce : la plus puissante associe un processeur Grace à 20 cœurs et un GPU Blackwell à 6 144 cœurs, l’autre compte 18 cœurs CPU et 5 120 cœurs GPU. Le nombre de cœurs CPU et GPU fait donc partie des caractéristiques à regarder, en complément des performances mesurées dans les tests.

Les PC RTX Spark // Source : Nvidia

Dernier critère à prendre en compte : la compatibilité des outils que vous utilisez au quotidien. Le passage d’un PC x86/x64 à une plateforme Arm peut modifier le fonctionnement de vos applications habituelles. Certaines disposent d’une version native, tandis que d’autres passent par la couche d’émulation de Windows, avec des résultats variables selon les logiciels. Mieux vaut donc vérifier la prise en charge de ses outils et jeux favoris avant d’arrêter son choix. Même chose pour les fonctions recherchées : certaines optimisations sont encore en bêta, comme dans Photoshop et Premiere, ou attendues prochainement, comme le DLSS Ray Reconstruction dans Blender en novembre.

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