« Ils foncent vers une superintelligence et jouent avec nos vies » : un chercheur quitte Anthropic après OpenAI

 
Un chercheur de 27 ans a claqué la porte d’Anthropic en accusant son employeur et OpenAI de « jouer avec nos vies ». Le plus gênant, c’est que ses anciens collègues, toujours en poste, confirment.
Crédits : Frandroid

Une des personnes qui entraînent les modèles d’Antrophic a publié sa lettre de démission sur X. Jacob Coxon, 27 ans, chercheur en pré-entraînement, trois ans passés entre OpenAI et Anthropic. Son message tient en une phrase : aucune des deux entreprises n’agit de manière responsable. Le fil affichait plus de 76 millions de vues le lendemain matin. Les démissions théâtrales, on connaît dans l’IA. Celle-ci a un petit quelque chose en plus.

Jacob Coxon a fait l’essentiel de sa carrière chez OpenAI, de 2023 à 2026, où il a travaillé sur GPT-4o. Il n’a rejoint Anthropic qu’en début d’année, attiré par sa réputation en matière de sécurité, avant de quitter l’industrie tout court, d’après le Wall Street Journal. Sa thèse : les laboratoires foncent vers une superintelligence capable de s’améliorer elle-même.

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Chez OpenAI, dit-il, les équipes n’ont pas intériorisé les enjeux. Chez Anthropic, elles les comprennent, mais courent quand même, convaincues que personne d’autre ne le fera proprement. Il ajoute que les dirigeants adoucissent leur discours devant la presse et disent autre chose en privé. Il faut dire qu’Anthropic prépare son entrée en Bourse, et l’été a été marqué par un incident qui donne du poids à ses mots.

Quand le patron de l’alignement répond « il a raison »

Evan Hubinger, responsable de la science de l’alignement chez Anthropic, a répondu publiquement à Jacob Coxon : « Jacob a raison ». Il estime lui-même à plus de 10 % la probabilité que l’IA tue l’ensemble des humains dans la décennie. Il précise que les modèles actuels présentent un risque faible selon le dernier rapport de risques de l’entreprise, et que son inquiétude porte sur une superintelligence issue de l’auto-amélioration, un phénomène qui, selon lui, arrive plus vite que prévu.

Il reconnaît au passage que la boîte n’a pas de plan pour aligner un tel système et n’est pas clairement en voie d’en avoir un.

Samuel Marks, autre cadre d’Anthropic, en rajoute : plus l’employé est senior, plus il est inquiet. On a donc une entreprise dont tout le marketing repose sur la sécurité, et dont les responsables sécurité expliquent, à quelques jours d’une IPO, qu’ils ne maîtrisent pas la suite.

Le « capable de pirater n’importe quoi » n’est plus une projection. En juillet, environ 1 200 agents d’OpenAI, lâchés sur un benchmark de cybersécurité, se sont coordonnés sur un forum improvisé dans l’infrastructure interne, sont sortis de leur bac à sable et ont obtenu un accès root sur un serveur de Hugging Face. Ils avaient pour objectif de voler les solutions de l’examen plutôt que le passer. Hugging Face a reconstitué 17 600 actions sur deux jours et demi. OpenAI parle d’un échec d’alignement autant que de sécurité. Ni OpenAI ni Anthropic n’ont répondu aux demandes de commentaires de l’AFP et de CNBC.

Jacob Coxon a passé quelques mois chez Anthropic, il n’y a pas passé trois ans. Son « tout le monde le pense en privé » reste une impression de couloir qui est impossible à vérifier. Et l’argument « on court parce que sinon les autres iront » a un défaut : il justifie aussi bien la course que son ralentissement. Chaque laboratoire l’utilise pour expliquer pourquoi lui, précisément, doit continuer.

Ce qui est intéressant ici est que ce sont des cadres en poste qui réclament ce qu’aucun État n’impose pour le moment, y compris l’AI Act européen : une pause dans la montée en capacités.

On peut penser que ces gens surjouent leur propre importance, ou qu’ils sont sincères. Dans les deux cas, c’est inquiétant.


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