
Ce dispositif s’appelle le droit à la prise. Il autorise tout résident à faire installer une borne de recharge sur sa place attitrée, à ses frais, sans l’accord de l’assemblée générale. On n’y demande pas la permission au syndic, on l’informe simplement des travaux à venir. S’il veut bloquer le chantier, c’est à lui de saisir le tribunal dans les trois mois, motif solide à l’appui.
Ce droit est solidement inscrit dans la loi. Il remonte à la loi Grenelle II de 2010 et à son décret d’application de 2011, avant d’être nettement renforcé par la loi d’orientation des mobilités fin 2019 et par le décret de décembre 2020, entré en vigueur en janvier 2021. Ce décret a renversé la règle.
Autrefois, il fallait l’aval de l’assemblée générale, et quelques voisins réticents suffisaient à enterrer un projet. Aujourd’hui, l’installation est la règle, et c’est le refus qui doit se justifier devant un juge. Le droit vaut pour les copropriétaires comme pour les locataires, qui doivent seulement en informer leur propriétaire, lequel ne peut pas s’y opposer. Le décret a même étendu ce droit aux places extérieures, du moment qu’elles sont sécurisées dans l’enceinte de la résidence. Seule condition de fond, la place doit vous être réservée ; les emplacements visiteurs partagés n’entrent pas dans le cadre.
Le sujet n’a rien d’anecdotique, puisque environ un Français sur deux vit en logement collectif. La recharge à domicile y reste pourtant le parent pauvre. D’après le dernier baromètre de l’Avere-France, à peine 7 % des immeubles collectifs dotés d’un parking disposaient d’une infrastructure de recharge début 2026, malgré une hausse de 53 % du nombre d’immeubles équipés sur un an.
Amener le courant jusqu’à votre place sans faire disjoncter l’immeuble
Avant même la paperasse, il faut trancher entre une simple prise renforcée et une vraie borne murale. Au-delà du prix, la borne murale offre plus de puissance et de meilleures protections. Une borne de recharge reste d’ailleurs bien plus complexe qu’une pompe à essence, avec son électronique de contrôle, ses protections dédiées et son dialogue permanent avec la voiture.
Beaucoup se demandent quelle puissance choisir. En copropriété, la loi plafonne la borne à 22 kilowatts (triphasée 32 ampères), mais la plupart des résidents installent une borne de 7,4 kilowatts (monophasée 32 ampères), déjà largement suffisante. Branchée le soir, la voiture récupère de quoi rouler plusieurs centaines de kilomètres pendant la nuit, sans jamais tirer sur l’immeuble aux heures de pointe.
Vous devez amener l’électricité depuis votre propre tableau électrique, ou depuis un local commun jusqu’à votre place, tout en garantissant que vous seul paierez ce que votre voiture consomme. Deux montages existent. Le premier se branche sur le compteur des parties communes, celui de l’ascenseur et de l’éclairage, avec un sous-compteur agréé posé devant la borne ; le syndic relève l’index une fois par an et vous refacture au centime. Le second, plus indépendant, vous crée un raccordement à votre nom, avec votre propre compteur Linky et votre abonnement, sans que le syndic touche à la facturation.
Surtout, votre devis doit prévoir un système de délestage dynamique. La borne intelligente discute avec le compteur de l’immeuble. Un soir d’hiver, quand chauffages et ascenseurs tournent à plein, elle réduit d’elle-même la puissance envoyée à la voiture, voire la met en pause, puis relance la charge au cœur de la nuit. C’est l’argument qui désamorce la peur classique du syndic, celle des dix voitures branchées à 19 h qui feraient sauter le tableau.

L’installation doit revenir à un électricien certifié IRVE (pour infrastructure de recharge pour véhicules électriques), une obligation dès que la borne dépasse 3,7 kilowatts (16 ampères en monophasé). C’est lui qui garantit une pose conforme à la norme électrique en vigueur et qui pose le bon matériel. Les normes bougent d’ailleurs vite. Sur les modèles vendus aujourd’hui, l’obturateur de sécurité a migré du mur vers le pistolet T2S.
Côté démarches, tout passe par l’écrit. On notifie le syndic par lettre recommandée avec accusé de réception, en joignant le devis et le schéma de raccordement établis par l’installateur. À partir de cette réception, le compteur des trois mois se déclenche. Sans réaction, l’accord est acquis. Pour s’opposer, le syndic ne peut pas se contenter d’un courrier de refus, il doit saisir le tribunal judiciaire et invoquer un motif sérieux, comme un projet d’équipement collectif déjà voté. Il lui faut aussi vous prévenir dans les quinze jours.
La facture d’une borne individuelle en parking collectif tourne entre 1 200 et 2 500 euros. La prime Advenir, revalorisée au 1er avril 2026, en couvre la moitié, jusqu’à 1 000 euros hors taxes pour une borne individuelle, et l’installateur la déduit en général directement du devis. S’ajoute une TVA réduite à 5,5 % dès que l’immeuble a plus de deux ans. En revanche, le crédit d’impôt qui prenait 75 % du matériel jusqu’à 500 euros a disparu et ne vaut plus que pour les bornes payées avant le 31 décembre 2025.
Borne individuelle ou installation collective ?
Souvent, la première demande de droit à la prise réveille toute la copropriété. Le conseil syndical réalise que si dix, vingt ou trente résidents tirent chacun leur câble dans leur coin, le sous-sol vire au plat de spaghettis et le compteur des communs sature dès la quatrième ou cinquième borne. Le syndic garde malgré tout une seule porte de sortie. Il peut refuser votre borne individuelle uniquement s’il s’engage à équiper tout le parking d’une infrastructure collective.
Le projet d’équipement collectif n’est d’ailleurs pas le seul motif recevable devant le juge. Le syndic peut aussi s’opposer si le réseau électrique de l’immeuble rend l’installation techniquement impossible en l’état, ou si une solution de recharge existe déjà sur place. Dans les faits, ces motifs restent rares : le délestage dynamique désamorce la plupart des objections techniques, et c’est bien pour ça que la loi renverse la charge et impose au syndic de convaincre un tribunal, plutôt qu’au résident de plaider son projet.
Deux montages coexistent pour cette infrastructure collective. Le premier passe par un opérateur privé : un tiers-investisseur pré-câble le parking sans que la copropriété débourse un centime, et chaque résident paie ensuite un droit de raccordement puis un abonnement à cet opérateur, au tarif d’électricité qu’il fixe. Plus propre et évolutif, ce chantier est aussi bien plus lent, avec neuf à dix-huit mois de délai contre trois à quatre pour une borne individuelle.

La seconde voie passe par le réseau public de distribution. Depuis 2023, le gestionnaire de réseau peut préfinancer lui-même la colonne électrique du parking et en avancer le coût via le Turpe, le tarif d’acheminement.
C’est Enedis sur 95 % du territoire, ou une entreprise locale de distribution dans certaines villes où Enedis n’opère pas. La copropriété n’a, là encore, aucun reste à charge : seuls les résidents qui se branchent remboursent leur quote-part. La vraie différence se joue sur votre facture. Chaque copropriétaire obtient son propre raccordement, pose son compteur Linky et garde un abonnement d’électricité classique chez le fournisseur de son choix, au lieu de dépendre du tarif que fixe un opérateur privé et de sa borne. Comptez en revanche jusqu’à six mois de travaux après la signature de la convention avec le gestionnaire de réseau.
Pour un automobiliste pressé, le droit à la prise reste l’outil le plus efficace : dossier IRVE carré, lettre recommandée, et l’horloge des trois mois joue en votre faveur. Une inconnue demeure toutefois, la bonne volonté du syndic à signer la convention d’accès au local technique, qu’il doit parapher dans les deux mois. Si votre demande pousse au final la copropriété à câbler tout le parking, vous aurez rendu service à tous les voisins qui passeront à l’électrique après vous.
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