Et si Donald Trump nous coupait l’accès aux GAFAM ?

 
Si à l’échelle individuelle, il est possible de se passer de nombreux services numériques américains, certains sont si intégrés à nos vies qu’ils sont indispensables. Si l’Europe était coupée des services américains, elle serait vite à genoux sur le plan technologique.

Les États-Unis pourraient-ils débrancher complètement l’accès de l’Europe aux services des géants américains du numérique ? Ou inversement, l’Union européenne pourrait-elle menacer d’un bannissement des Américains de son marché intérieur en représailles face à Donald Trump ?

Difficile de l’imaginer pour le moment, mais le scénario fait de plus en plus l’objet de discussions, notamment depuis les tensions autour du Groenland au début de l’année 2026. Ce scénario pose en fait la question de la souveraineté technologique de l’Europe face aux États-Unis.

Et s’il est possible à l’échelle individuelle de basculer sur de nombreux services européens, il est important d’admettre une chose : nous sommes dépendants de certains produits et services américains.

Ces technologies U.S. dont nous ne pouvons pas nous passer

Le paiement : Visa, Mastercard, Apple Pay, Google Pay

Le paiement par carte bancaire est devenu le moyen de paiement privilégié aussi bien sur Internet que dans les commerces.

Or, nos cartes bancaires utilisent généralement les réseaux américains de paiement Mastercard et Visa qui se partagent l’essentiel du marché.

En cas de coupure, nos systèmes de paiement ne fonctionneraient quasiment plus. L’Europe travaille à des alternatives comme Wero, mais la solution n’est pas encore au niveau.

Source : Emil Kalibradov – Unsplash

Soulignons une exception française : le groupement des cartes bancaires (GIE CB), connu pour le logo CB sur nos cartes bancaires, souvent associé par erreur à « carte bleue ». Il gère le réseau CB qui est une alternative fonctionnelle aux réseaux Visa et Mastercard.

En cas de coupure Visa et Mastercard, il devrait donc toujours être possible de payer en utilisant le réseau CB, si le commerçant fait partie du réseau.

Mais cela reste une exception française, le reste de l’Europe est totalement dépendant de Visa, Mastercard et des services comme Apple Pay, Google Pay et PayPal.

Nos smartphones ne marcheront plus

Autre secteur où se passer des Américains nous semble quasiment impossible : les smartphones.

Déjà, oublions évidemment Apple, une marque 100 % américaine. Reste Android, un système également basé aux États-Unis, mais Open Source.

En étant coupé des services de Google, la totalité des smartphones commercialisés en France ne fonctionnerait plus. Même quand il s’agit de smartphones chinois ou coréens comme Samsung ou Xiaomi, la dépendance aux services de Google est là.

Restent deux alternatives possibles. D’une part les smartphones Huawei sous HarmonyOS. On troquerait notre dépendance américaine pour une dépendance chinoise.

L’autre possibilité serait l’installation d’une ROM alternative comme /e/OS. Elle est développée en Europe. Il faudrait l’installer sur un Fairphone, smartphone développé en Europe.

L’installation d’une ROM comme /e/OS signifie aussi mettre de côté de nombreux services uniquement disponibles sur le Google Play Store ou l’App Store.

Des fonctions pratiques comme le paiement sans contact ne sont pas gérées nativement. Il faudra se tourner vers une application comme Curve, qui propose un système Curve Pay alternatif à Apple Pay et Google Pay.

L’infrastructure cloud

Les deux pannes mondiales d’Internet en octobre 2025 et en décembre 2025 l’ont parfaitement démontré : nous sommes dépendants de l’infrastructure cloud des géants américains.

Les deux pannes en question ont été causées par Cloudflare et Amazon. La plupart des services sur le web tournent sur des infrastructures cloud Amazon ou Google. Même nos données de santé sont stockées chez le géant américain Microsoft.

Avec le Patriot Act et le Cloud Act, ils l’admettent eux-mêmes, les autorités américaines ont accès à ces données, même lorsqu’elles sont stockées sur des serveurs en Europe.

Il existe des géants européens comme OVHCloud ou Scaleway, mais ils sont très loin de la taille prise par les géants américains en Europe.

Le hardware

AMD, Intel, Qualcomm, Nvidia, Apple : la quasi-totalité des microprocesseurs dans nos appareils est américaine.

C’est simple, nous n’avons aucun concepteur de puce en Europe et nous sommes totalement dépendants technologiquement des puces américaines.

Les processeurs Intel sont américains // Source : Intel

Seule alternative : se tourner vers la Chine et des géants comme MediaTek. Ça marchera pour des smartphones ou des téléviseurs, mais pas du tout pour des ordinateurs ou des machines puissantes.

Pour faire office de dissuasion sur ce plan, nous pourrons mettre en avant la dépendance des Américains à une technologie européenne : le néerlandais ASML qui fabrique les machines demandées par TSMC pour fabriquer les puces des Américains.

S’ils coupent notre accès à leurs puces, nous pouvons aussi les empêcher de les fabriquer.

La cartographie

Que ce soit pour notre utilisation massive de Google Maps, Waze et Apple Plans, ou pour notre dépendance au GPS, technologie de l’armée américaine, la question de la géolocalisation est complexe.

Heureusement, nous avons le système européen Galileo complètement indépendant de l’américain GPS. Pour ce qui est des applications, il faudra se tourner vers Here WeGo, détenu par un consortium de constructeurs automobiles européens (Volkswagen, BMW, Mercedes-Benz).

L’économie du web

Si de nombreux internautes utilisent toujours Google et ChatGPT au quotidien, ces services ont bel et bien des alternatives européennes comme Qwant ou Mistral Le Chat.

Le plus problématique en cas de coupure sera moins visible par l’internaute moyen : il s’agit de l’économie du web.

Aujourd’hui, Google Ads et Meta Ads dominent de très loin le marché de la publicité sur Internet qui fait partie intégrante de nombreux modèles économiques. Pour le dire autrement : Google et Meta font vivre plein de sites gratuits.

La vidéo en ligne et les réseaux sociaux

C’est moins crucial que notre smartphone ou le paiement par carte bancaire dans notre vie, mais ce serait une coupure très notable.

Source : Frandroid

Si les géants américains disparaissaient demain, cela voudrait dire au revoir à YouTube, Twitch, Instagram et X (Twitter). TikTok, le réseau social chinois, serait le seul épargné, en attendant son rachat par les États-Unis.

Derrière, on peut aussi mentionner la SVOD, même si moins directement liée à la tech : Netflix, Apple TV, Amazon Prime, Disney+, Max sont américains.

Le retour à TF1, Canal+ et Dailymotion ferait très mal pour de nombreux internautes.

Les ordinateurs

Moins fermés que nos smartphones, les PC souffriraient aussi en cas de coupure des services américains : il faudrait trouver une alternative à macOS et Windows.

C’est sans doute le scénario le plus facile à imaginer. Il suffirait de passer sur GNU/Linux et des services libres. L’État français propose même déjà une suite collaborative pour remplacer Google Docs dans l’administration publique.

Ça, c’est sur le papier. En pratique cela veut dire faire migrer tout le parc informatique d’un pays et former tous les citoyens à de nouveaux outils. Oubliez Adobe, la suite Google Drive ou Canva.

Le gaming

Mauvaise nouvelle pour les joueurs sur PC : Steam est américain. En fait la plupart des plateformes d’achat de jeux vidéo le sont. Heureusement, nous pourrons nous tourner vers GOG, développé en Pologne.

La Nintendo Switch 2 // Source : Chloé Pertuis – Frandroid

Côté console, faire une croix sur Xbox ne sera pas très difficile. Nintendo est un constructeur japonais et ne serait pas concerné par ce scénario, tout comme Sony.

L’Europe n’est pas prête

Ce rapide tour d’horizon montre que si parfois des alternatives seraient utilisables, cela resterait de l’ordre du bricolage.

La réalité est claire, sur le secteur du numérique, l’Europe est totalement dépendante des services, des appareils et de l’infrastructure des États-Unis.

Si notre accès aux services outre-Atlantique devait être coupé, ce serait un recul technologique de plusieurs dizaines d’années qui nous toucherait.

Le sujet du développement d’une infrastructure du numérique souveraine en Europe, à commencer par une indépendance sur les systèmes de paiement, semble plus important que jamais.


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