
On connaissait Dreame pour ses aspirateurs robots capables de nettoyer votre salon ou ses sèche-cheveux abordables. Mais sur son stand au CES 2026, ce n’est pas la poussière que la marque chinoise est venue chasser, mais les records de vitesse.
J’ai pu approcher les prototypes de Dreame et de sa filiale Kosmera (Mova) : plus de 2000 chevaux, des batteries semi-solides et une ambition démesurée. Voici ce qu’il faut en retenir, en vidéo, après une première présentation dans un article dédié en janvier.
C’est le genre de transition que seule l’industrie technologique chinoise est capable d’opérer sans sourciller. Passer du petit électroménager à l’hypercar de plus de 2000 chevaux. Sur le papier, cela ressemble à une blague ou à un coup de communication éphémère.
Pourtant, en voyant les véhicules de près et en discutant avec les ingénieurs sur place, on réalise que Dreame (et sa marque sœur Kosmera intégrée à la filiale Mova de Dreame) ne fait pas seulement de la figuration.
J’ai pu tourner autour de la Nebula Next 01 et des prototypes Kosmera (la Star Razer et la Star Matrix). Entre promesses techniques affolantes et réalité industrielle, on fait le point.
Nebula Nex 01 : La fiche technique de l’extrême
La première chose qui frappe avec la Nebula Nex 01, c’est qu’elle coche toutes les cases visuelles de l’hypercar. Lame avant agressive, diffuseur arrière en fibre de carbone surdimensionné et une ligne très basse pour fendre l’air.
Mais au-delà du look, c’est ce que Dreame promet sous le capot qui interpelle. On parle ici d’une configuration à trois ou quatre moteurs. Le résultat annoncé ? Un 0 à 100 km/h abattu en 1,8 seconde. Pour vous donner un ordre d’idée, c’est théoriquement plus rapide qu’une Formule 1 moderne sur l’exercice du départ arrêté.

L’objectif affiché par les équipes sur place est clair : dépasser les 500 km/h en vitesse de pointe. C’est une attaque frontale envers la Rimac Nevera ou la récente YangWang U9 de BYD. Dreame ne veut pas juste faire une voiture électrique, ils veulent le record du monde.
Cependant, il faut garder la tête froide : nous sommes face à un concept. L’intérieur n’est pas visible, et la marque vise une production à l’horizon 2027. D’ici là, la concurrence (Tesla avec son Roadster, Porsche ou BYD) aura eu le temps de riposter.
Kosmera : 2040 chevaux et batterie semi-solide
Juste à côté, on trouve la marque Kosmera (liée à Mova, la division « entretien des sols » de Dreame). Ici, le prototype est plus avancé. On a pu voir l’intérieur, les écrans et une fiche technique plus détaillée qui donne le tournis.
Une architecture 800 volts prometteuse
Le point le plus intéressant techniquement n’est pas forcément la puissance, mais la plateforme. Kosmera annonce l’utilisation d’une batterie semi-solide de 120 kWh. La technologie semi-solide permet une meilleure densité énergétique et une sécurité accrue par rapport aux batteries lithium-ion classiques.

Pour la recharge, avec une architecture 800 volts, on nous promet un 10 à 80 % en moins de 10 minutes. C’est le Saint Graal actuel de la mobilité électrique.
Côté motorisation, on retrouve quatre moteurs (un par roue) pour un total cumulé d’environ 2040 chevaux. Le 0 à 100 km/h est ici annoncé en 2,4 secondes, avec l’espoir de descendre sous les 2 secondes sur le modèle de série.
Design : Entre gadget et inspiration (trop) marquée
Le design de la Kosmera ne fait pas dans la dentelle. On note une signature lumineuse en « C » à l’arrière qui rappelle furieusement Bugatti, et des portes à ouverture antagoniste (papillon). Petit détail amusant (ou inutile, c’est selon) : l’arrière du véhicule s’ouvre pour laisser s’envoler un drone. C’est typiquement le genre de gadget « CES » qui disparaît souvent lors du passage à la production.

L’ambition industrielle : L’Allemagne en ligne de mire ?
C’est là que le discours devient le plus surprenant. Lors de mes échanges avec les responsables, une information de taille a été lâchée : les usines de production pourraient être situées en Allemagne, et non en Chine.
Pour une marque qui vend des sèche-cheveux à 100 euros, vouloir assembler des hypercars à 1 million de yuans (environ 150 000 euros, tarif estimé similaire à la YangWang U9) sur les terres de Porsche et Audi est un pari audacieux, voire risqué.

Il faut d’ailleurs nuancer les ardeurs. On nous a avoué à demi-mot qu’il y a une logique de rationalisation derrière ces annonces. Dreame et Kosmera présentent plusieurs modèles (dont un projet de SUV et de Pickup), mais il est fort probable qu’une seule de ces voitures ne voit réellement le jour. Ils « prennent la température » du public.
Ce qu’on en pense
Peut-on prendre au sérieux un fabricant d’aspirateurs qui veut battre Bugatti ? Il y a dix ans, j’aurais ri. Aujourd’hui, après avoir vu Xiaomi réussir le lancement de sa SU7 (qui surpasse la Tesla Model 3 sur bien des points) en partant de l’électronique grand public, le doute est permis.
Dreame possède la trésorerie et l’accès aux chaînes d’approvisionnement technologiques chinoises. Si la Nebula ou la Kosmera sortent vraiment en 2027 avec ces spécifications (batterie semi-solide, >2000 ch), elles seront des vitrines technologiques impressionnantes. Reste une inconnue majeure : fabriquer une voiture, ce n’est pas assembler un robot aspirateur. La gestion du châssis, la sécurité passive et la fiabilité sur la route sont des défis d’une autre magnitude.
Mais l’entreprise vient d’envoyer un signal très coûteux au reste de l’industrie. Pour faire connaître sa voiture de 1 800 ch au grand public, la marque n’a pas hésité à brûler 10 millions de dollars pour un spot publicitaire de seulement 30 secondes lors du Super Bowl, aux USA, un marché qu’ils ne visent même pas pour le moment.
Rendez-vous en 2026 pour la version définitive, si le projet survit à la réalité économique.
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