« Nous n’avons aucune chance » : le choc du patron de Honda dans une usine chinoise

 
La visite d’une usine à Shanghai a suffi à convaincre le patron de Honda que quelque chose n’allait plus. Face à une industrie automobile chinoise qui s’est transformée à une vitesse peu anticipée, le constructeur nippon remet à plat son organisation et tente de retrouver ce qui a longtemps fait sa réputation : ses ingénieurs.

Il y a des voyages d’affaires qui se passent sans doute mieux que d’autres en ce moment pour Toshihiro Mibe, le patron de Honda. Les derniers n’ont sans doute pas été des plus agréables, d’autant qu’ils sont ponctués d’une avalanche de mauvaises nouvelles pour l’électrique.

Le projet Afeela avec Sony a été tué dans l’œuf (sans grande surprise), tandis que le constructeur japonais vient d’annoncer l’arrêt du développement de deux modèles électriques plutôt originaux.

Et comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, le dirigeant a visité fin février 2026 une usine de fournisseur à Shanghai, une usine qui livre aussi bien des pièces pour Tesla que d’autres constructeurs locaux, et ce qu’il y a trouvé a visiblement provoqué chez lui une onde de choc : pas un seul ouvrier. Uniquement des robots. Une chaîne de production entièrement automatisée, silencieuse, et redoutablement efficace.

Ce modèle ne verra finalement pas le jour // Source : Honda

Sa réaction, rapportée par le média japonais Nikkei Asia, tient en quelques mots : « Nous n’avons aucune chance. » Pas vraiment le genre de déclaration qu’on attend d’un PDG en déplacement. Mais au moins, ça a le mérite d’être honnête.

Les constructeurs chinois sont aujourd’hui capables de développer un nouveau modèle en 18 à 24 mois. Là où leurs homologues japonais ou européens en auraient besoin du double, voire du triple. La différence de coût qui en découle est considérable, et l’écart se creuse.

5 ans de recul sur le marché le plus disputé du monde

Honda n’est pas arrivé en Chine hier. Le groupe y opère depuis des décennies, notamment via des coentreprises avec Dongfeng et GAC, cette dernière remontant à 1998. Mais les partenariats historiques ne suffisent manifestement plus à compenser la pression des marques locales.

Sur les 5 dernières années, les ventes de Honda en Chine ont reculé sans interruption. En 2025, le constructeur y a écoulé environ 640 000 véhicules, soit une chute de 24 % par rapport à l’année précédente.

Le Honda e:NP1 est l’un des rares modèles électriques de la marque vendus en Chine // Source : Honda

Pour 2026, les projections sont encore moins encourageantes, avec un risque de passer sous le seuil des 600 000 unités. Un projet de marque électrique dédiée au marché chinois a d’ailleurs été mis de côté, jugé insuffisant pour inverser la tendance. Il faut dire que les exemples similaires actuels ne sont guère encourageants.

Le retour des ingénieurs

La décision la plus symbolique de Toshihiro Mibe reste peut-être celle-ci : recréer un département R&D indépendant au sein de Honda. En 2020, son prédécesseur, Takahiro Hachigo, avait absorbé Honda R&D dans la structure mère, pour réduire les coûts et gagner en efficacité. Toshihiro Mibe était d’ailleurs d’accord à l’époque. Il avait même dirigé ce département avant de prendre la tête du groupe.

Il fait aujourd’hui machine arrière sur cette décision qu’il avait lui-même soutenue. L’idée est de redonner aux ingénieurs un rôle central, de retrouver cette culture technique qui a longtemps distingué Honda, une marque dont les bureaux d’études ont toujours eu un lien fort avec l’univers de la compétition automobile.


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