Bluffant, j’ai jouĂ© Ă  Fortnite, Forza, Doom et Alan Wake 2 en 4K Full Ray Tracing sur une machine oĂą ça devrait ĂŞtre impossible

 
J’ai pu tester GeForce Now sur GNU/Linux pendant plusieurs jours. La prouesse technique est bien lĂ , mĂŞme si quelques couacs de jeunesse sont encore prĂ©sents.
Test de GeForce Now sur GNU/Linux // Source : Montage Frandroid

2026 sera peut-ĂŞtre vraiment l’annĂ©e de Linux. L’alternative Ă  Windows n’a jamais eu autant le vent en poupe sur PC et tout le monde commence sĂ©rieusement Ă  s’y intĂ©resser.

C’est aussi le cas de Nvidia. Le gĂ©ant amĂ©ricain n’a pas toujours Ă©tĂ© très populaire dans l’univers Linux (c’est un euphĂ©misme), mais les choses sont enfin en train de bouger.

Depuis plusieurs jours, j’ai pu tester en avant-première l’une des grandes annonces du CES : l’arrivĂ©e du service de cloud gaming GeForce Now sur Linux.

C’est quoi GeForce Now ?

Petit rappel si vous avez ratĂ© les Ă©pisodes prĂ©cĂ©dents. GeForce Now est le service de cloud gaming de Nvidia. Le gĂ©ant propose de faire tourner les jeux vidĂ©o directement sur ses serveurs : vous n’avez qu’Ă  brancher une manette et recevoir un flux vidĂ©o.

Nvidia propose une offre gratuite, assez bridée et intégrant de la publicité, pratique pour essayer le service, ou des abonnements à 11 et 22 euros par mois pour vraiment débloquer ses capacités.

Capture d’Ă©cran Frandroid

Derrière, le service ne vous offre pas un accès à un catalogue de jeux comme chez Amazon ou Microsoft : vous jouez aux jeux auxquels vous avez déjà accès. Soit parce que vous les possédez (sur un compte Steam, Epic Games, Gog, Ubisoft, EA, Xbox, Battle.net), soit parce que vous avez déjà un abonnement (les jeux Xbox Game Pass).

Pour accĂ©der Ă  GeForce Now, vous pouvez passer par un navigateur, ou par une application native. Elle est disponible sur Windows, Mac, iPhone, Android, iPad, les casques VR Meta, Apple, Pico, sur les tĂ©lĂ©viseurs Samsung, Sony, LG, Android, et sur le bon vieux Nvidia Shield. Et donc dĂ©sormais, dans l’Ă©cosystème Linux sur PC.

Une version Linux un peu particulière

L’Ă©cosystème Linux est complexe en 2026. Vous avez de nombreuses saveurs possibles, Ubuntu, Fedora, Arch, openSUSE basĂ© sur des technologies parfois très diffĂ©rentes.

Pour cette première version de GeForce Now sur Linux, Nvidia a fait le choix d’une application Flatpak pensĂ©e pour Ubuntu 24.04 et sur les systèmes x86 64 bits.

L’utilisation de Flatpak est une bonne idĂ©e, c’est une solution qui permet de dĂ©ployer une application pour qu’elle fonctionne de façon agnostique, peu importe la distribution choisie de Linux.

Nvidia insiste sur une compatibilitĂ© Ubuntu, la distribution la plus populaire de Linux, c’est une question de garantie et de support de leur part. Rien ne vous empĂŞchera d’installer le flatpak sur une autre version de Linux en principe.

Seule ombre au tableau sur ce point : la distribution se fera uniquement depuis le site de Nvidia pour le moment. Ce n’est pas vraiment la logique de Linux. On aurait prĂ©fĂ©rĂ© avoir une application disponible dans le Flathub (l’app store des flatpaks), ou encore mieux, directement intĂ©grĂ©e aux boutiques des diffĂ©rentes distributions. Rien de grave cependant.

Que vaut l’application ?

Pour cette sortie de GeForce Now sur Linux, Nvidia n’a pas rĂ©inventĂ© la roue. On retrouve l’application qui permet essentiellement trois choses : accĂ©der Ă  sa bibliothèque de jeux, synchroniser son compte avec les boutiques de jeux, et accĂ©der Ă  des rĂ©glages avancĂ©s pour le streaming.

Capture d’Ă©cran Frandroid

C’est dĂ©jĂ  l’un des points forts de GeForce Now, en particulier si vous avez une excellente connexion Internet : vous pouvez dĂ©brider les performances de façon bluffante.

Capture d’Ă©cran Frandroid

Dans mon cas, cela veut dire du streaming en 3440 x 1440 pixels Ă  120 FPS avec VSYNC sur du 10 bits YUV 4:4:4 et un bitrate de 100 Mb/s. Rien que le support natif d’un Ă©cran ultrawide 21:9 est dĂ©jĂ  une petite prouesse dans le monde du cloud gaming. Aucun autre service du genre Ă  ma connaissance ne propose autant de rĂ©glages. Ă€ l’exception peut-ĂŞtre de Shadow, mais qui n’est pas vraiment une solution de cloud gaming, et n’intègre pas la mĂŞme puissance de calcul distante. On va y revenir.

Capture d’Ă©cran Frandroid

Autrement, vous pouvez évidemment laisser Nvidia évaluer la qualité de votre connexion et vous proposer un réglage automatique.

Quelques couacs

Je dois mentionner quelques petits problèmes rencontrĂ©s avec l’application dans mon cas.

Les premières fois, l’application se lançait en plein Ă©cran sans possibilitĂ© de la minimiser ou de la transformer en fenĂŞtre. Le problème a Ă©tĂ© rĂ©solu après un redĂ©marrage de la machine, mais revient parfois en sortie de jeu. Dans ce cas-lĂ , je suis obligĂ© de faire alt+tab pour accĂ©der Ă  mes autres applications.

L’application se lançait forcĂ©ment sur l’Ă©cran principal dans une configuration Ă  deux moniteurs. Étrangement, GeForce Now se lançait sur mon Ă©cran secondaire bien qu’il ne soit pas configurĂ© comme Ă©cran principal. Or, en raison du premier bug, je ne pouvais pas dĂ©placer la fenĂŞtre après le lancement, et je voulais pas jouer sur mon Ă©cran secondaire. LĂ  encore, le problème a Ă©tĂ© rĂ©solu par des redĂ©marrages et peut survenir un peu alĂ©atoirement.

Enfin, au tout premier dĂ©marrage de l’application, elle ne prenait pas correctement la dĂ©finition de l’Ă©cran. L’interface s’affichait avec une police d’Ă©criture minuscule et occupait seulement une petite partie de l’Ă©cran. LĂ , il m’a juste suffi de quitter et de relancer l’application pour rĂ©gler le problème.

L’intĂ©rĂŞt de ce test est de tester les particularitĂ©s de la version Linux de l’application. Je pense que c’est important de signaler ce genre de petits couacs. Cependant, il faut comprendre qu’ils n’ont jamais vraiment pĂ©nalisĂ© mon expĂ©rience gĂ©nĂ©rale, en particulier en jeu.

La prouesse technique est toujours lĂ 

Lorsque j’avais testĂ© la mise Ă  jour technique de GeForce Now vers les GeForce RTX 4080 en janvier 2023, j’avais titrĂ© « Nvidia prend 10 ans d’avance sur Xbox ». Je crois que ce titre est en train de se vĂ©rifier.

DĂ©sormais, GeForce Now utilise une configuration basĂ©e sur la GeForce RTX 5080 et c’est toujours incroyablement bluffant. Y’a juste pas d’autres mots Ă  utiliser.

Forza Horizon 5

J’ai pu jouer Ă  Forza Horizon 5 avec les paramètres poussĂ©s au maximum Ă  120 images par seconde sans aucun problème. Ce qui est ahurissant, quand le jeu est devant nos yeux, c’est Ă  quel point la compression vidĂ©o devient invisible.

Avec une telle dĂ©finition, un tel bitrate, on a tout simplement l’impression de jouer en version native au jeu. Comme s’il tournait directement sur mon PC. C’est vraiment la force de GeForce Now : on arrive Ă  oublier qu’il s’agit d’un service de cloud gaming. Le cerveau est totalement trompĂ©.

Forza Horizon est un bon benchmark, non pas parce qu’il serait difficile Ă  faire tourner, mais parce que c’est un jeu nerveux, qui va mettre les algorithmes de compression vidĂ©o Ă  rude Ă©preuve.

J’ai connectĂ© une manette après avoir lancĂ© le jeu, et elle a Ă©tĂ© reconnue sans aucun problème. Notez que GeForce Now commence Ă  gĂ©rer les pĂ©riphĂ©riques moins orthodoxes comme les volants et pĂ©daliers.

Fortnite

Bien sĂ»r, l’intĂ©rĂŞt fondamental du cloud gaming, c’est de faire tourner un jeu qui ne peut pas tourner localement sur votre machine. En l’occurrence, Fortnite qui n’est pas disponible sur GNU/Linux en raison de son système anti-triche.

Ici aucun problème pour le faire tourner dans de très bonnes conditions. On peut noter que la latence entre le serveur GeForce Now et celui d’Epic Games est de 9 ms, totalement imperceptible, mĂŞme dans les phases d’action.

Alan Wake 2

Dernier petit exemple, Alan Wake 2, qui reste l’un des jeux les plus aboutis techniquement Ă  ce jour. LĂ  encore, on peut activer sans problème toutes les options graphiques dont le DLSS Frame Generation et le Path Tracing complet. Le jeu tourne Ă  60 images par seconde et la latence est imperceptible.

Doom : The Dark Ages

J’ai Ă©galement fait quelques sessions de Doom: The Dark Ages, le dernier titre de id Software. Aucun problème Ă  signaler.

Cher, mais irréprochable

Lorsque l’on teste un produit, on doit identifier ses forces, mais aussi surtout ses faiblesses. On cherche avant tout Ă  dĂ©celer les dĂ©fauts pour bien souligner les contrepoints d’une communication marketing forcĂ©ment dithyrambique. Ă€ la fin, le consommateur doit avoir toutes les cartes en main pour faire son choix.

Mais dans le cas de GeForce Now, je dois bien avouer qu’il est dĂ©sormais difficile de prendre en dĂ©faut le service. Sur le plan technique dĂ©jĂ , il est irrĂ©prochable. Que ce soit sa capacitĂ© Ă  s’adapter Ă  toutes les dĂ©finitions et formats d’Ă©cran, streamer jusqu’Ă  120 FPS, mais aussi le support du HDR et du son 5.1 et 7.1. Rien n’a Ă©tĂ© Ă©cartĂ© ou laissĂ© au hasard. Clavier, souris, manette et maintenant mĂŞme pĂ©riphĂ©riques type volant ou pĂ©dalier, tout y est.

Reste le sujet du prix, GeForce Now, surtout dans sa formule Ultimate, est particulièrement cher. 22 euros par mois, sans un catalogue de jeux associĂ©, c’est très cher. Mais, Nvidia le justifie par une maĂ®trise technique de bout en bout totalement irrĂ©prochable.


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