Les joueurs ont « un choix énorme » : comment Valve justifie la domination écrasante de Steam sur PC

 
Au cœur d’un double procès pour pratiques anticoncurrentielles, Valve est face à sa plus grande menace depuis sa naissance il y a près de 30 ans. Son cofondateur, Gabe Newell, nie en bloc les accusations et insiste sur la liberté des joueurs sur PC.
Gabe Newell

Valve est depuis 2021 sujette à une procédure en justice aux États-Unis ainsi qu’au Royaume-Uni sur des soupçons d’abus de position dominante de sa plateforme Steam sur le marché du jeu vidéo PC. Gabe Newell, cofondateur et président de l’entreprise, a dû témoigner en personne en novembre 2023, deux ans après le dépôt de la plainte du studio Wolfire Games.

Le procès, qui s’est depuis transformé en recours collectif dans les deux pays, suit son cours et le média Bloomberg nous livre quelques déclarations intéressantes de la part du discret Gabe Newell.

L’enjeu financier du volet britannique est lourd : la class action autorisée par le tribunal de Londres début 2026 est chiffrée à environ 656 millions de livres (près de 759 millions d’euros), au nom des joueurs britanniques qui auraient payé leurs jeux trop cher sur Steam.

Pas de monopole abusif pour Valve

Interrogé sur la position ultra-dominante de Steam sur le marché, Gabe Newell a insisté sur le fait que les joueurs PC avaient « un choix énorme » alors qu’ils peuvent décider « où ils achètent leurs produits, s’ils achètent le jeu sur Xbox, s’ils l’achètent sur Steam, s’ils l’achètent sur Epic Games Store ou s’ils l’achètent directement auprès des développeurs de logiciels. »

La déposition de Gabe Newell s’est tenue en novembre 2023 à l’Arctic Club Hotel de Seattle, après plusieurs mois de bataille procédurale : le patron de Valve avait demandé à témoigner à distance, ce que le tribunal a refusé, jugeant qu’une comparution en personne était nécessaire pour « apprécier sa crédibilité ».

Mais Valve est surtout sous les projecteurs pour une supposée directive interne qui empêcherait les studios et développeurs de proposer leurs jeux moins chers sur d’autres plateformes concurrentes. C’est ici tout le fondement de la procédure pour le studio Wolfire Games, qui assure avoir demandé à la firme s’il était possible de vendre leur jeu à un prix inférieur sur d’autres magasins, une requête à laquelle Valve aurait répondu, selon le studio, en menaçant de retirer Overgrowth de Steam si le jeu était vendu moins cher ailleurs, même sur le site du studio.

Capture d’écran Steam Workshop // Source : Steam

Malgré la présentation de preuves lors de l’instruction, via des captures d’écran de messages reçus d’un employé de Steam, Gabe Newell a pourtant nié toute politique interne de ce type :

« Valve n’a pas pour politique ni pour pratique d’imposer des prix aux développeurs de logiciels tiers sur d’autres plateformes. »

S’il semble éluder la question selon les propos de Bloomberg, il s’efforce de rappeler que bon nombre des « partenaires et clients » de Steam sont « satisfaits du service que nous leur fournissons ».

Un monopole ou une avance sur le marché ?

La domination de Steam dans le monde du PC n’est plus en question. La plateforme a littéralement impulsé un élan à tout un marché, en plus d’innover dans de nombreux domaines : ergonomie, fonctionnalités sociales, campagnes promotionnelles, etc.

Steam est arrivé bien avant les autres, bien avant que les éditeurs (EA, Ubisoft, Microsoft) n’arrivent avec leur propre launcher, mais aussi bien avant ses concurrents directs ou indirects que peuvent être l’Epic Games Store ou GOG.

Ainsi, l’argument qui semble ressortir évoque les investissements durables des joueurs PC sur la plateforme, aussi bien en achat de jeux et cosmétiques qu’en initiatives communautaires. Si les joueurs restent sur Steam, c’est aussi pour l’expérience utilisateur qu’il propose, les performances de son launcher et les fréquentes promotions sur des milliers de jeux chaque année.

Les fameux 30 % de commission que prélève la plateforme sur chaque vente de jeu sont certes un standard, mais qui a récemment été critiqué par certains studios et observateurs. Au vu de sa position de leader absolu sur le secteur, Epic Games s’est démarqué avec un partage 88/12% à l’avantage des développeurs, alors que la plateforme accuse encore un retard technique considérable.

Valve devra donc se défendre sur les deux fronts (États-Unis et Royaume-Uni) pour prouver sa bonne foi sur le marché maintenant si concurrentiel du jeu vidéo PC.


Envie de retrouver les meilleurs articles de Frandroid sur Google News ? Vous pouvez suivre Frandroid sur Google News en un clic.

Recherche IA boostée par
Perplexity