On a testé le Leica Leitzphone, et ce n’est un simple Xiaomi Ultra 17 rebadgé

Un point rouge qui met dans le rouge

Alors, payer 1 999 euros pour un point rouge Leica et une optique de 100 mm, c’est le pari fou d’un constructeur qui veut prouver que la physique pure peut encore mettre une claque à l’intelligence artificielle.
Leica Leitzphone by Xiaomi
 

On est en train de perdre le sens du mot « photographie ». Faute d’innover réellement sur le matériel, les constructeurs nous vendent de la magie noire algorithmique.

Le problème ? C’est que l’IA est devenue la béquille d’une industrie qui n’arrive plus à faire grossir ses capteurs. Samsung vous propose de changer le style de votre veste ou de rajouter un sourire sur un visage flou. C’est impressionnant techniquement, mais c’est une impasse artistique.

Caractéristiques principalesLeica Leitzphone by Xiaomi
Écran6,9 pouces LTPO AMOLED, 120 Hz, 3500 nits (crête)
ProcesseurQualcomm Snapdragon 8 Elite Gen 5
Mémoire (RAM / Stockage)16 Go / 1 To
Batterie / Charge6800 mAh SiC / 90W filaire, 50W sans fil
Caméras arrière50 Mpx (1 pouce), 50 Mpx (Ultra grand-angle), 200 Mpx (Télé 75-100 mm)
Dimensions / Poids162,9 × 77,6 × 8,3 mm / 225 g
ProtectionIP69

Concrètement sur ce Leica Leitzphone by Xiaomi, vous obtenez un zoom optique pur jusqu’à 17,2x (équivalent 400 mm, téléobjectif 200 MP 75-100 mm combiné au crop haute définition du capteur). Là où Google et Samsung s’appuient massivement sur l’IA pour « inventer » des pixels lors d’un zoom, Leica mise sur la physique.

Leica Leitzphone by Xiaomi

On a un dos en fibre de verre, au toucher brut, un cadre en aluminium argenté avec des stries crantées sur les bords, un clin d’œil direct aux molettes des boîtiers Leica argentiques. L’assemblage est bien solide, rien ne sonne creux.

Leica Leitzphone by Xiaomi

Et puis, il y a cet îlot photographique. La pièce maîtresse, c’est évidemment ce bloc optique Vario-APO-Summilux 14-100 mm f/1.67–2.9 ASPH. On parle ici d’un système triple caméra capable de sortir des clichés de 200 Mpx. Mais le plus impressionnant, c’est le téléobjectif de 200 Mpx avec un zoom optique de 75-100 mm.

Caractéristiques liées à la photographieLeica Leitzphone by Xiaomi
Capteur Principal50 Mpx (Type 1 pouce)
Modèle CapteurLight Fusion 1050L (LOFIC)
Optique / Ouverture23 mm équiv., f/1.67
Téléobjectif200 Mpx (1/1,4″)
Zoom optiqueMécanique continu 75-100 mm
Ouverture téléf/2.39 à f/2.96 (glissante)
Ultra Grand-angle50 Mpx (14 mm), f/2.2
Vidéo Max8K @ 30 fps / 4K @ 120 fps
Modes exclusifsLeica Essential (M9, M3)
Contrôle physiqueBague rotative multifonction
Capacité stockage1 To (unique)

La trouvaille du Leitzphone, c’est cette bague rotative (Control Ring) physique autour du module. Elle clique sous les doigts, avec le moteur de vibration de l’appareil pour un retour haptique, et offre ainsi un retour pour zoomer ou changer l’ouverture. On retrouve une sensation tactile disparue sur les smartphones.

Leica Leitzphone by Xiaomi

Sauf qu’il y a un hic monumental. Pour un appareil qui se veut l’anti-smartphone traditionnel, l’absence d’un vrai déclencheur physique à double course sur la tranche droite est une trahison absolue. Pour ça, il faut ajouter un kit baptisé « Xiaomi 17 Ultra Photography Kit Pro » qui comprend une poignée texturée antidérapante.

Leica Leitzphone by Xiaomi

Le prix astronomique est vaguement justifié par le coffret fourni. Leica livre un superbe cache-objectif en métal, une coque en cuir premium et une dragonne rouge. On est dans l’ostentatoire total, mais l’illusion du « vrai » appareil photo autour du poignet fonctionne à merveille.

On ne va pas épiloguer longtemps sur la fiche technique, ni le design. Ce Leica Leitzphone est basé sur le Xiaomi 17 Ultra, il en reprend toute la base technique.

Précision : j’ai eu l’appareil entre les mains pendant seulement trois heures à Barcelone, donc considérez ce papier comme un premier retour d’expérience à chaud plutôt qu’un test complet de chaque recoin du système. Pour ça, il faut lire notre test du Xiaomi 17 Ultra.

Passons à la pratique

Ce smartphone prend des photos qui ne sont pas simplement « bonnes pour un téléphone » : elles sont exceptionnelles, quel que soit le critère.

Ce smartphone excelle dans la capture des ambiances sombres. Nombre de ses concurrents utilisent un traitement d’image intensif pour tenter d’éclaircir artificiellement les ombres, mais ce n’est pas le cas ici. J’ai ainsi pu exposer correctement pour les hautes lumières au loin, pour une image minimaliste et discrète qui met en valeur les tons foncés au lieu de les estomper. 

C’est flagrant sur la photo du verre : la capacité du capteur à capturer les micro-détails du givre et des bulles est typique des capteurs 1 pouce.

On sent une volonté de ne pas trop saturer artificiellement les couleurs (sauf sur le train et les légumes où c’est voulu). Les tons chair et les textures (comme le cuir de la veste ou la barbe) restent très naturels.

Les grandes ouvertures (f/1,67 et f/2,96) offrent un flou d’arrière-plan (bokeh) très progressif et « organique », loin du flou purement logiciel de certains smartphones.

La transition entre la zone de netteté et le flou est extrêmement douce. Sur le portrait de l’enfant pris à 174 mm, on voit la puissance du téléobjectif périscopique qui garde un piqué impressionnant malgré la distance focale importante.

La gestion des basses lumières est également bonne. À ISO 200 dans une église, le Xiaomi 17 Ultra s’en sort admirablement en conservant la dynamique des couleurs des mosaïques sans les transformer en « pâté » numérique.

Il y a néanmoins de la distorsion en grand angle (optique f/1,67). Leica privilégie souvent le piqué au centre, ce qui peut laisser apparaître une légère courbure sur les lignes architecturales sur les bords.

Et comme sur la plupart des smartphones haut de gamme, le Leica Leitzphone by Xiaomi applique un lissage logiciel (denoising) pour réduire le bruit, surtout en basse lumière, mais Leica vise un rendu « authentique » avec moins d’agressivité que les concurrents.

C’est particulièrement le cas en mode auto ou avec certains Leica Looks comme Vibrant, tandis que les modes Essential (M9/M3) ou RAW préservent plus de naturel. La bague rotative aide à ajuster manuellement et contourner l’auto-traitement.

C’est en macro que le partenariat Xiaomi/Leica brille le plus. La capacité à isoler une tranche de citron avec une telle précision de texture montre une excellente maîtrise de la diffraction optique.

La grande force de la patte Leica est que contrairement à beaucoup d’autres marques qui abusent de l’intelligence artificielle pour booster les couleurs, vos photos gardent une authenticité rare.

Cela se voit au niveau des textures, que ce soit le grain de la peau ou le détail des poils de barbe, ou encore la maille du pull bleu, le capteur capture la matière sans la transformer en bouillie numérique.

Le capteur Light Fusion 1050L de l’appareil photo principal est conçu pour capturer un maximum de lumière. La technologie LOFIC (Lateral Overflow Integration Capacitor) vise à améliorer la plage dynamique limitée.

Le téléphone dispose également d’un mode qui vise à reproduire le rendu du film argentique Leica Monopan 50. Le résultat est convaincant : l’image est bien exposée, avec un contraste doux et un grain subtil.

Globalement, j’adore le Leica Leitzphone, mais j’ai un petit reproche à faire à la bague de contrôle située autour du bloc photo à l’arrière. Cette bague permet de zoomer et de dézoomer, et de lancer rapidement l’appareil photo lorsque le téléphone est verrouillé.

Cependant, cette molette mobile (qui offre un retour haptique lorsqu’on la tourne) émet un bruit agaçant dès qu’on secoue légèrement le smartphone. Au début, j’ai cru qu’il y avait un problème, mais il s’avère que c’est son fonctionnement normal (si le cache-objectif fourni n’est pas installé).

Étant un grand fan des appareils photo de mon Google Pixel 10 Pro, je dois dire que le Leitzphone surpasse largement celui de Google. Alors que le Pixel 10 Pro utilise l’IA pour améliorer la qualité des images prises à longue focale, le Leitzphone ne le fait pas forcément, et c’est un point que j’apprécie particulièrement car les images sont ainsi d’un réalisme saisissant.

Le Leitzphone propose également les profils de couleur Leica, que l’on retrouve sur ses appareils photo hybrides, comme le Leica Q3 43 et le Leica SL3. Parmi ceux-ci, on trouve Vivid, Chrome et Monochrome à contraste élevé.

En plus de tout cela, vous bénéficiez également d’un mode Leica Essential qui recrée le style emblématique du Leica M9 et simule le Leica M3 et le film noir et blanc ultra-fin MONOPAN 50. La vitesse d’obturation, l’exposition et la sensibilité ISO sont réglables manuellement.

Le point rouge vaut-il ses 2 000 euros ?

Bref, le Leitzphone est un bel objet pour les passionnés qui ont les moyens de leurs ambitions photographiques. C’est cher, c’est exclusif, et ça demande d’accepter quelques compromis ergonomiques pour profiter de ce fameux rendu.

Ce smartphone surpasse les iPhone et Samsung en profondeur et détails, malgré un léger lissage logiciel. Avec son capteur 1 pouce géant, un zoom APO mécanique exceptionnel et le rendu Leica naturel (moins de retouches artificielles, plus de caractère pur), le Leitzphone restera peut-être un peu plus confidentiel, mais c’est assurément le meilleur photophone du moment.

Si vous cherchez la même base technique mais avec une approche plus rationnelle, je vous conseille de jeter un œil à notre test complet du Ultra 17 publié. C’est l’alternative logique pour ceux qui veulent la puissance brute sans forcément payer le prix du prestige allemand.

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