
Si vous avez fait quelques recherches approfondies au sujet de la RAM ces derniers mois, vous avez sans doute croisé le nom de CXMT. Créé en juin 2016 à Hefei, dans l’est de la Chine, avec environ 1,9 milliard de dollars d’argent public, l’entreprise est passée en moins de dix ans de rien du tout au quatrième rang mondial de la mémoire vive.
Un sacré parcours, donc, à tel point qu’on se demande comment l’entreprise s’y est prise pour aller si vite. Et devinez quoi : depuis janvier 2024, la justice coréenne se pose exactement la même question.
Quand le réel rattrape la fiction
Si on en parle aujourd’hui, c’est parce que des éléments très intéressants viennent d’être révélés. En effet, selon l’accusation, deux cadres de CXMT embauchés en août 2016 (dont l’un était auparavant responsable de la DRAM chez Samsung) auraient élaboré un plan baptisé « Projet Hefei ». On y retrouve un calendrier très précis, avec l’obtention d’ici septembre 2016 du PRP de Samsung (Process Recipe Plan), le document décrivant l’ensemble du processus de fabrication. Puis le débauchage d’ingénieurs clés de Samsung était prévu pour le mois d’octobre suivant, l’achèvement de la recherche et du développement pour juillet 2017, et le démarrage de la production pour août 2018, à raison de 10 000 wafers par mois.
C’est le média coréen NoCut News qui s’est procuré ces informations, et qui nous expose dans le même temps une histoire qui semble tout droit sortie d’une série TV. Tout commencerait en août 2016, quand CXMT aurait d’abord tenté de reconstituer le PRP du procédé 18 nm à partir des seuls souvenirs de transfuges de Samsung. Peine perdue, car impossible de restituer de mémoire un document qui compte environ 620 étapes.
Mais voilà, un mois plus tard, des données comportant jusqu’aux noms et références des machines utilisées seraient parvenues à l’entreprise chinoise, qui aurait rédigé son propre PRP entre le 23 et le 26 septembre. Il en aurait résulté un tableur daté du 27 septembre, dont le nom se traduit par « résumé des 8 étapes du procédé », qui aurait ensuite circulé chez les spécialistes maison, tous anciens de Samsung, chargés de le compléter.
Pour l’accusation, ces derniers ne pouvaient d’ailleurs pas ignorer l’origine de ces informations, le fichier reprenant des procédés et des conventions d’écriture propres à Samsung.
De nouvelles révélations d’ici à octobre ?
En décembre 2025, le préjudice pour Samsung était chiffré par le parquet à « au moins plusieurs dizaines de milliers de milliards de wons ». L’enjeu est donc de taille, et plusieurs condamnations sont déjà tombées, dont sept ans de prison pour un ancien chercheur de Samsung qui avait recopié à la main des extraits du PRP avant de rejoindre CXMT.
Le tribunal central de Séoul doit désormais entendre des témoins de l’affaire jusqu’au mois d’octobre, on peut donc s’attendre à de nouvelles révélations croustillantes. Mais quelle que soit l’issue du procès, il n’y a qu’une chose à espérer, c’est que la montée en puissance du fabricant chinois finisse enfin par avoir un impact sur le prix de la RAM.
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