
On parle souvent de la domination d’Intel, d’AMD ou de l’ascension fulgurante d’ARM avec Apple. Mais dans l’ombre, une troisième voie fait son chemin : le RISC-V.
Le constructeur japonais Zuiki vient de poser une pierre de plus à l’édifice avec son Vividnode Mobile AI, un mini PC qui ne ressemble à rien de ce que vous avez l’habitude de croiser dans la catégorie des mini PC.

Ici, l’objectif est d’offrir une machine capable de faire tourner des modèles de langage (LLM) de manière totalement locale, sans envoyer la moindre donnée sur les serveurs d’OpenAI ou de Google. Le tout dans un boîtier qui tient dans la main (12,5 x 8,8 x 2,8 cm).

Mais avant de s’emballer sur le produit, un petit rappel s’impose. Le RISC-V, c’est quoi ? Contrairement à x86 (Intel, AMD) ou ARM (Apple, Qualcomm, MediaTek), c’est une architecture matérielle open-source. Personne n’en est propriétaire. N’importe qui peut l’utiliser pour concevoir ses propres puces sans payer de royalties. C’est le « Linux du processeur ». Une liberté qui permet à des acteurs comme Zuiki de proposer des solutions ultra-spécifiques pour l’IA.
Un monstre d’IA dans un format de poche
Dans ce mini PC, on trouve un SoC SpacemiT K3 doté de 8 cœurs cadencés à 2,4 GHz. Mais le chiffre qui nous intéresse vraiment, c’est celui-là : 60 TOPS.
La consommation typique est annoncée à 40 W, raisonnable pour la catégorie, mais à garder en tête pour un boîtier aussi compact.

Côté mémoire, Zuiki ne rigole pas avec des versions jusqu’à 32 Go de RAM. C’est essentiel : pour faire tourner un modèle comme Llama 3 ou Qwen en local, c’est la mémoire vive qui fait office de goulot d’étranglement. Le stockage est assuré par un slot M.2 et 64 Go de mémoire flash UFS de base.

La connectique est, elle aussi, résolument moderne. On y trouve du Wi-Fi 6, du Bluetooth 5.2 et surtout un double port Ethernet, un 10 GbE et un 1 GbE. Ce n’est pas un PC pour faire de la bureautique, vous l’aurez peut-être compris.
Le problème ? Le prix et l’écosystème
Maintenant, parlons des choses de plusieurs aspects contraignants. Cette « innovation » coûte cher, très cher. En crowdfunding sur la plateforme japonaise Kibidango, le ticket d’entrée pour la version 16 Go se situe autour de 1 000 euros. Pour le modèle 32 Go, on grimpe à 1 500 euros. À ce prix-là, vous avez un Mac mini M4 ou un excellent mini PC sous AMD Ryzen 9 qui sera bien plus polyvalent.

Le deuxième point noir, c’est l’OS. Zuiki livre sa machine avec VividLinux AI. C’est génial pour les développeurs, car PyTorch, TensorFlow et Ollama sont déjà là. Mais n’espérez pas y installer la suite Adobe ou jouer à Cyberpunk. On est sur un écosystème en pleine construction. Si Ubuntu 26.04 supporte le RISC-V (SpacemiT K3, la même puce que celle du Vividnode), beaucoup de logiciels propriétaires restent aux abonnés absents.
La livraison est prévue pour décembre 2026, mais uniquement au Japon pour l’instant, Zuiki n’a pas confirmé de distribution internationale. Pour les acheteurs européens, il faudra passer par un intermédiaire et assumer les risques habituels du crowdfunding.
Autre bémol : au moment où ces lignes sont écrites, la campagne Kibidango a récolté moins de 7 % de son objectif de financement. Le produit n’est pas encore garanti de voir le jour.

Zuiki, ce n’est pas un inconnu pourtant. C’est d’abord le studio derrière le X68000 Z, une réédition miniaturisée du mythique ordinateur Sharp X68000 des années 80. Autrement dit : une boîte habituée au hardware de niche, au prix premium et aux campagnes de financement participatif, avec les risques que ça implique.
Qui mise sur le RISC-V et pourquoi
Le RISC-V m’a toujours intéressé, en tant qu’alternative à Intel (x86) et ARM. Et ce n’est plus un projet de laboratoire. En 2025, plus de 10 milliards de cœurs RISC-V avaient déjà été livrés, et pas seulement dans des cartes de développeurs.
Nvidia a estimé avoir expédié un milliard de cœurs RISC-V dans ses GPU en 2024, Meta en utilise dans ses cartes accélératrices IA, Infineon a annoncé adopter RISC-V pour ses prochaines familles de microcontrôleurs automobiles.
Semiconductor Engineering Qualcomm, de son côté, a déjà intégré des cœurs RISC-V dans ses Snapdragon, avec environ 650 millions de cœurs expédiés à ce jour.
Ce que les géants du secteur cherchent, c’est exactement ce que promet l’architecture : concevoir des puces sur mesure, optimisées pour un usage précis, sans payer de royalties à ARM ou Intel.
C’est là que la dimension géopolitique entre en jeu. Une architecture propriétaire comme ARM appartient à une entreprise, aujourd’hui britannique, demain peut-être rachetée par Nvidia (ce qui a failli arriver). RISC-V, personne n’en est propriétaire, personne ne peut en couper l’accès. C’est pourquoi la Chine, l’Union européenne et l’Inde y investissent massivement : c’est une façon de ne plus dépendre d’une poignée d’acteurs américains ou britanniques pour leurs puces.
Pour l’IA locale, celle qui tourne sur l’appareil, sans envoyer vos données dans le cloud, RISC-V a un avantage supplémentaire : l’architecture est modulaire. On peut y ajouter des extensions matérielles spécifiques à l’inférence sans alourdir le reste de la puce. C’est exactement ce que fait le SpacemiT K3 du Vividnode avec son moteur à 60 TOPS greffé sur des cœurs généralistes.
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