Ordinateurs gratuits au lycée : comment l’Île-de-France et le Grand Est s’opposent sur le choix du matériel

Deux régions, deux visions

 
À la rentrée 2026, l’Île-de-France et le Grand Est offrent chacun un ordinateur portable à leurs lycéens. Sauf qu’ils n’ont pas choisi la même machine, ni la même vision du travail scolaire.

D’un côté, l’Île-de-France troque le PC Windows de ses nouveaux élèves de Seconde contre un Chromebook Asus sous ChromeOS, le système léger de Google. De l’autre, le Grand Est garde le portable classique, avec un ExpertBook B1 sous Windows 11. Le choix du matériel en dit déjà long sur la façon dont chaque région imagine le travail des élèves.

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Le Grand Est mise sur Windows et Asus

Le Grand Est n’en est pas à son coup d’essai. Son programme Lycée 4.0 existe depuis 2017 et couvre aujourd’hui plus de 359 lycées. Pour la rentrée 2026, la région annonce plus de 64 000 ordinateurs distribués aux élèves qui entrent en Seconde. La machine retenue, un ExpertBook B1, sort de la gamme professionnelle d’Asus.

Sur la fiche technique, l’ExpertBook reste une entrée de gamme correcte. Il embarque un AMD Ryzen 3 7335U (4 cœurs, 8 threads), une partie graphique Radeon 660M intégrée, 8 Go de mémoire vive et un SSD de 256 Go. L’écran est une dalle 14 pouces Full HD antireflet, le châssis pèse 1,4 kg et la batterie de 63 Wh vise jusqu’à 10 heures d’autonomie. Surtout, la connectique reste complète pour un usage scolaire : deux ports USB-A, deux USB-C, une sortie HDMI, un port Ethernet RJ-45, une prise jack, le Wi-Fi 6 et le Bluetooth 5.3.

De quoi brancher un vidéoprojecteur ou un câble réseau sans adaptateur, là où beaucoup d’ultraportables ont sacrifié ces prises pour gagner en finesse. Le tout arrive préinstallé avec Windows 11, Microsoft 365 et une trentaine d’applications pédagogiques, dont GeoGebra, et bénéficie de trois ans de garantie constructeur.

En Île-de-France, le pari du Chromebook

L’Île-de-France, elle, change d’approche. Après plusieurs années de PC Y13 UNOWHY sous Windows, distribués depuis 2019, elle fait basculer ses Secondes vers ChromeOS. Les élèves déjà en Première ou en Terminale gardent leur ancien portable. Les deux univers vont donc cohabiter plusieurs années dans les couloirs.

Crédits : Lyc-bascan.fr

Le Chromebook Asus CM14 distribué est volontairement une machine modeste. À l’intérieur : une puce MediaTek Kompanio 540 à huit cœurs, 8 Go de mémoire vive et 128 Go de stockage eMMC. Ce type de stockage, plus lent qu’un SSD, suffit ici parce que presque tout vit dans le cloud. L’écran fait 14 pouces en Full HD antireflet, l’appareil pèse 1,12 kg, embarque le Wi-Fi 7 récent et vise jusqu’à 23 heures d’autonomie annoncées, de quoi tenir plusieurs journées de cours sans chargeur. Dans le commerce, ce Chromebook se trouve sous les 450 euros, et Asus le vend même avec ses services d’IA maison, Gemini et NotebookLM, et une certification de robustesse militaire MIL-STD-810H.

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Un Chromebook Google, sans les applications Google

Le paradoxe vient du logiciel. Le même modèle existe aussi en version grand public, mais entre un rayon de magasin et un lycée, l’expérience n’a plus grand-chose à voir. Sur le Chromebook francilien, pourtant signé Google, les applications maison de la marque (Docs, Sheets, Slides, toute la suite Workspace) ne sont pas disponibles. À la place, l’élève travaille sur Microsoft 365 depuis le navigateur, se connecte avec les identifiants de l’ENT monlycée.net et range ses fichiers sur le Drive régional. On distribue donc un appareil Google pour faire tourner du Microsoft dans le cloud.

Cette logique tout-en-ligne crée une dépendance à Internet. Hors connexion, le Chromebook se limite à quelques fonctions, comme la prise de notes ; le reste attend le Wi-Fi. Sa puce utilise l’architecture ARM (celle des smartphones, économe en énergie) : tout passe par le navigateur ou des applications compatibles, sans possibilité d’installer un logiciel Windows classique. Le Grand Est fait le choix inverse. Son ExpertBook tourne sous Windows 11 avec la suite Office préinstallée, active pendant toute la scolarité, et se connecte à l’ENT Mon Bureau Numérique. Ici, l’élève installe ses logiciels en local et travaille hors ligne sans souci, mais il hérite d’un PC plus lourd et d’une autonomie plus limitée.

Le dépannage, lui, ne passe pas non plus par le même canal. En Île-de-France, la maintenance des nouveaux Chromebook est confiée à Asus, épaulé par le réseau Fnac-Darty, alors que les anciens PC Windows conservent leur propre circuit d’assistance. Dans le Grand Est, l’ExpertBook reste couvert par trois ans de garantie constructeur gérés via le prestataire de la région.

Gratuit, mais pas sans valeur

Ces machines ont d’ailleurs un prix, même distribuées gratuitement. Dans le Grand Est, une famille qui veut un exemplaire identique peut l’acheter en ligne au tarif négocié par la région, 283,22 euros port compris et trois ans de garantie. Dans les deux régions, l’élève devient propriétaire de son ordinateur à la fin du lycée, une fois la gestion à distance désactivée. La plateforme de Google ne se cantonne d’ailleurs plus à l’entrée de gamme : Asus prépare déjà un Googlebook premium avec 64 Go de mémoire vive.

Pour un lycéen, chaque logique a son revers. Le Chromebook francilien vise la simplicité et l’autonomie, au prix d’une dépendance quasi totale au navigateur et au réseau. L’ExpertBook du Grand Est reste un vrai PC polyvalent, plus lourd et moins endurant, capable de tout installer. Ni l’un ni l’autre ne rivalise avec les meilleurs PC portables de la rentrée : ce sont des outils scolaires gratuits, pensés pour durer le temps d’une scolarité, que l’élève garde ensuite.


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