Freedom Phone : un smartphone 0 % censure, 100 % Trump

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En faisant la promotion d'un smartphone doté d'un OS anti-censure, le projet Freedom Phone tente surtout de séduire les sympathisants de Donald Trump et, plus largement, l'électorat américain très conservateur. Cet exemple montre bien que le monde de la tech reste très lié aux enjeux politiques.

Freedom Phone

Le Freedom Phone. // Source : Freedom

Le Freedom Phone est un smartphone qui promet une liberté d’expression totale à ses utilisateurs en affirmant qu’aucune application ne sera jamais bannie de son écosystème FreedomOS. Résumé ainsi, le projet peut sembler alléchant. Toutefois, l’inclinaison politique ouvertement pro-Trump de cette initiative montre clairement que celle-ci est biaisée tandis que le discours marketing qui enrobe le tout masque des informations essentielles pour les potentiels utilisateurs.

Au-delà du produit, il s’agit surtout d’un rappel important : l’industrie de la tech est toujours étroitement lié à la sphère politique.

America, America, America

À l’origine du projet, Erik Finman est un homme d’affaires qui se vante d’être le « plus jeune millionnaire bitcoin ». Dans une vidéo de présentation postée sur son compte Twitter, il joue à fond la carte du patriotisme américain en faisant référence au premier amendement des États-Unis, qui garantit notamment la liberté d’expression des citoyens.

Il évoque aussi des figures historiques telles qu’Abraham Lincoln ou Martin Luther King — en affirmant que « le cours de l’histoire aurait été altéré à jamais » si elles avaient été censurées –, ainsi que les Pères fondateurs du pays signataires de la déclaration d’indépendance.

Freedom Phone

Le site de Freedom Phone affiche un grand drapeau américain dès le début. // Source : Freedom

L’homme d’affaires fait vibrer la corde patriotique jusque dans le choix du logo, évoquant le drapeau des États-Unis, et dans le nom du magasin d’applications « PatriApp Store », qui veut sans doute insinuer l’idée que télécharger des apps depuis cette plateforme est un acte patriotique.

Sur le site officiel de Freedom Phone, on retrouve la bannière étoilée flottant fièrement en grand dans l’en-tête pour bien faire comprendre que la notion de liberté ne peut être dissociée des cinquante étoiles et des treize bandes rouges et blanches.

Le Freedom Phone et Donald Trump

Erik Finman en profite pour tacler les grosses entreprises dans le secteur des nouvelles technologies en les accusant de censurer la parole d’un grand nombre de personnes. Il fait notamment allusion à la suppression du compte Twitter de Donald Trump (alors encore à la Maison-Blanche) après l’attaque du Capitole par un groupe insurrectionnel. Selon une partie de l’opinion publique, l’attaque en question avait été favorisée par les discours de l’ex-président.

Personne n’a élu Mark [Zuckerberg] ou Jack [Dorsey] pour être les arbitres de la vérité aux États-Unis et ils ont quand même pensé qu’il était normal d’interdire un président en exercice sur leurs plateformes.

L’opération séduction des partisans de Donald Trump va jusqu’au choix des mots. Sur le site, on peut par exemple lire « Not just making America great. But also making a great phone. » La première phrase de ce slogan fait clairement référence à celui du prédécesseur de Joe Biden, le fameux « Make America Great Again ».

Pour en revenir aux promesses du produit, Erik Finman met notamment en avant l’application Parler, un réseau social qui sert de repères à de nombreux sympathisants de Donald Trump, car le réseau social ne supprime aucune publication, même choquante. Parler avait ainsi été banni du Play Store et de l’App Store.

D’autres apps sont mises en avant telles que Rumble — plébiscitée par un public similaire — ou celle de la chaîne OANN, ultra-conservatrice et proche de Donald Trump.

Quid des caractéristiques techniques ?

Malheureusement, du côté des caractéristiques techniques, Erik Finman se contente d’expliquer que le Freedom Phone a « un écran bord à bord, un super processeur et plusieurs appareils photo ». On nous apprend aussi qu’il faut compter sur une diagonale de 6 pouces. L’utilisateur n’aura pas accès à plus d’informations avant d’acheter le produit à 499,99 dollars pour une livraison annoncée en août.

La qualité du rendu est ici discutable au niveau de l’appareil photo du Freedom Phone

La qualité du rendu est ici discutable au niveau de l’appareil photo du Freedom Phone // Source : Freedom

Sur le plan logiciel, le Freedom Phone promet de ne jamais traquer la position de l’utilisateur ni ce qu’il tape sur son clavier ni ses activités sur les applications. Par ailleurs, FreedomOS compte même afficher une alerte lorsqu’un site ou une app tente de suivre l’activité de l’utilisateur.

Ce discours autour de l’absence de censure a sans doute quelque chose d’alléchant. Toutefois, en ce qui concerne la sécurité informatique, d’aucuns pourraient se poser des questions. L’absence totale de contrôle ne risque-t-elle pas de favoriser l’activité de certains pirates mal intentionnés ?

Tech et politique

Qu’on le veuille ou non, les nouvelles technologies ont une portée politique. Le ciblage publicitaire, la qualité inégale de la modération sur les applications et réseaux sociaux, les bulles de filtre, la nature des informations partagées, l’efficacité des algorithmes de suggestion et le monopole entretenu par une poignée de grandes entreprises tech… À de nombreuses reprises, il a été prouvé que les géants du secteur détenaient un grand pouvoir.

Un trop grand pouvoir ? Oui, vous répondront bon nombre de personnes qui militent pour des comportements numériques moins conditionnés par Google, Apple, Microsoft, Facebook et consorts. En ce qui concerne le Freedom Phone, il y a quelque chose qui coince. La volonté de se rendre indépendant des grandes entreprises tech pourrait être tout à fait louable si le projet ne cherchait pas à ce point à séduire des électeurs avant de satisfaire des utilisateurs.

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