L’actualité récente nous prouve, une fois de plus, que les mondes de la technologie et de la politique sont étroitement liés. Revenons sur trois exemples bien représentatifs de ce constat.

Une partie de Risk (crédits image : hellolapomme sur Flickr).

Vous lisez actuellement un article de FrAndroid, un site dédié aux technologies nouvelles, actuelles et anciennes quand souffle un vent de nostalgie. L’immense majorité de notre lectorat suit de près tout ce qui touche à cet univers et c’est la même passion qui anime chaque membre de la rédaction.

Toutefois, cette passion pour « le monde de la tech », comme nous nous plaisons à l’appeler régulièrement, peut parfois nous pousser à nous intéresser seulement et uniquement aux actualités qui y sont directement liées : caractéristiques, prix et date de sortie d’un produit, polémiques autour du respect de la vie privée, évolutions d’un design ou d’un composant, ou mise à jour importante d’un logiciel sont autant de sujets variés qui méritent l’attention de tous les aficionados.

Cependant, le contexte actuel nous a prouvé, plus que jamais, que le monde de la technologie était intimement lié à la géopolitique. En d’autres termes, s’intéresser au premier domaine amène forcément à cultiver sa culture dans le second. Ci-après, nous avons listé trois exemples récents qui corroborent ce constat.

Mais d’abord, revenons très brièvement sur le concept de la géopolitique.

Du conflit politique au produit technologique

Littéralement, la géopolitique est la science qui étudie la relation entre la géographie des États et leurs politiques. Au fil du temps, le terme a été de plus en plus utilisé pour faire référence à des luttes d’influence entre différents pays, que ce soit pour un territoire en particulier ou pour asseoir sa domination idéologique, religieuse ou économique.

Et évidemment, lorsque deux nations se cherchent des noises, tout le monde peut être touché. Dernièrement, cette vérité s’est particulièrement vérifiée sur les entreprises technologiques, avec un impact évident sur leurs produits et services.

L’affaire Huawei

Bien qu’elle trouve des origines dès le début du XXe siècle, la notion de « géopolitique » a été surtout utilisée pendant la Guerre froide opposant le bloc occidental au bloc soviétique. Toutefois, aujourd’hui ce sont plutôt les relations entre les États-Unis et la Chine qui peuvent être qualifiées de Guerre froide. Sans jamais recourir à la violence physique, les deux plus grandes puissances mondiales se mettent sans cesse des bâtons dans les roues pour surpasser l’autre et, à terme, s’imposer comme le leader mondial incontestable.

La guerre n’a pas lieu sur des champs de bataille et relève plutôt du registre économique. C’est ainsi que les États-Unis avaient décidé de nuire profondément aux activités de Huawei, une entreprise qui participe énormément au rayonnement de l’Empire du Milieu, en interdisant les firmes américaines de collaborer avec le groupe chinois. L’administration de Donald Trump n’a eu de cesse de justifier cette décision en affirmant que le constructeur de smartphones et spécialiste des infrastructures télécom représentait une menace pour la sécurité nationale.

Richard Yu, patron de la branche grand public de Huawei.

Toutefois, il était clair qu’il s’agissait avant tout d’un levier de négociations permettant aux États-Unis d’imposer plus facilement certaines conditions dans ses échanges commerciaux avec la Chine. La preuve : une rencontre au G20 entre Donald Trump et son homologue Xi Jinping a suffi à amorcer un semblant de retour à la normale, confirmé ensuite par les autorités américaines.

Notons d’ailleurs qu’Apple était plus ou moins dans le collimateur de la Chine qui, suivant la loi du Talion, songeait à riposter en s’attaquant à son tour à un champion américain.

Samsung et les tensions Japon-Corée du Sud

Le ton monte actuellement entre le Japon et la Corée du Sud. La discorde trouve son origine dans la Seconde Guerre mondiale qui a sévi de 1939 à 1945. De cette époque subsistent encore de vieilles rancunes entre les anciens ennemis. Or, pour faire table rase du passé, il faut en corriger certaines erreurs et c’est ce qu’essaient de faire Tokyo et Séoul, non sans peine.

En résumé, les deux États se sont mis d’accord pour que les mesures nécessaires soient engagées pour que les Sud-Coréens ayant été forcés de travailler pour des entreprises japonaises pendant la Seconde Guerre mondiale puissent recevoir aujourd’hui une compensation financière.

Le Japon a ainsi obligé l’une des entreprises concernées à verser de l’argent aux victimes, mais Tokyo estime que la Corée du Sud, de son côté, n’a pas fait les efforts nécessaires pour que la procédure soit menée à bien.

En conséquence, les autorités nippones ont décidé de rendre plus compliqué l’export de certains matériaux à destination de la Corée du Sud. Or, lesdits matériaux (polymère fluoré et fluorure d’hydrogène) n’ont pas été choisis au hasard, puisqu’ils sont notamment utilisés par Samsung pour fabriquer des écrans et des puces de smartphones.

Les Galaxy S10 de Samsung.

Or, le poids du leader de la téléphonie mondial dans l’économie sud-coréenne est incommensurable et un approvisionnement plus difficile en ressources entraîne forcément une hausse de leur prix et donc, in fine, de celui des produits commercialisés en bout de chaîne.

Des firmes comme LG et SK Hynix sont aussi touchées et, comme l’indique Reuters, les tensions ne semblent pas parties pour s’atténuer du jour au lendemain.

Les « GAFA », la France et les États-Unis

Alors que la Commission européenne veut durcir ses sanctions à l’égard des grandes firmes accusées de pratiques anticoncurrentielles, la France veut elle aussi se montrer plus intransigeante. C’est ainsi qu’est né un projet de loi visant à taxer plus fortement les revenus générés en France par les géants du numérique. C’est la fameuse « taxe GAFA » appelée ainsi car ce sont évidemment des groupes tels que Google, Apple, Facebook et Amazon qui sont dans le viseur.

S’attaquer à Google peut avoir un impact direct sur le prix d’une bouteille de vin

L’Assemblée nationale et le Sénat ont tous deux adopté le texte qui sera donc promulgué… au grand dam des États-Unis. Le pays de l’Oncle Sam veut protéger ses entreprises et, dans cette optique, le gouvernement américain a annoncé qu’il ouvrait une enquête contre la France pour déterminer si cette législation « est discriminante ou déraisonnable et pèse sur le commerce des États-Unis ou le restreint ».

L’administration américaine se garde ainsi le droit d’augmenter les droits de douane sur les produits français importés sur son sol. Comme quoi, s’attaquer à Google en France peut avoir un impact direct sur le prix d’une bouteille de vin aux États-Unis.

Tout est lié

Tous ces exemples démontrent à quel point les enjeux technologiques sont toujours étroitement liés aux sphères politiques. Ne pas prendre en considération toutes ces relations débouche forcément sur une compréhension limitée des problématiques.

Et ce n’est pas près de s’arrêter : les effets de la mondialisation sont partout, la 5G promet de bouleverser nos habitudes, les services de renseignements ont accès à des outils toujours plus performants, les réseaux sociaux posent de nombreuses questions morales, etc.

Comme le veut l’adage : « tout est politique ». Le monde de la technologie, lui, l’est particulièrement.