
À chaque poste de travail de l’atelier, une drôle de poubelle remplie de poudre beige. De la vermiculite, un minéral qui coupe l’oxygène si une batterie de smartphone décide de prendre feu pendant un démontage.

Un journaliste nous raconte s’être fait arrêter à l’aéroport après une visite similaire : des traces de cette poudre sur son sac à dos avaient fait sonner les portiques de sécurité. On est loin de l’image du téléphone d’occasion nettoyé au chiffon avant d’être remis en vente. Ici, on parle d’un processus industriel, avec ses risques, ses machines et ses règles.
Largo, installé à Sainte-Luce-sur-Loire près de Nantes, fête ses dix ans. L’entreprise cotée en Bourse emploie 76 personnes sur un site de 1 000 m² et a reconditionné plus de 700 000 smartphones depuis 2016, essentiellement des iPhone et des Galaxy, qui représentent 98 % de l’activité.

Sa capacité atteint 20 000 appareils par mois, pour un flux réel d’environ 10 000 aujourd’hui. Le temps moyen de reconditionnement d’un smartphone : 45 minutes. Chaque appareil ressort avec une garantie de 24 mois, alignée sur celle du neuf.
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Un mot sur le positionnement prix, absent du reportage : Largo revend ses appareils entre 30 et 50 % moins cher que le neuf, et s’appuie sur un réseau de plus de 2 000 points de vente en France en plus de son site. De quoi situer l’atelier dans une vraie logique de volume, et pas seulement de vitrine.
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De l’effacement des données à la note finale
Tout commence par le « wipe ». Quatre bancs traitent plus de 500 appareils par jour : 100 % des téléphones y passent, données effacées et système mis à jour vers la dernière version d’iOS ou d’Android. Un rapport d’effacement est généré pour chaque appareil, et certains clients comme Orange le réclament. Si un compte Apple n’a pas été déconnecté par l’ancien propriétaire, le téléphone est écarté le temps de contacter le vendeur. Les appareils blacklistés, eux, finissent dans un bac à part : selon le type de blocage, on ne peut « pas en faire grand-chose », nous explique-t-on.

Vient ensuite le diagnostic : 123 tests de conformité et 37 points de contrôle, du tactile au haut-parleur en passant par le lecteur de carte SIM, via un logiciel co-développé avec un éditeur que Largo fait évoluer chaque semaine. À la sortie, une matrice économique tranche, IMEI par IMEI. « Est-ce qu’il est intéressant de mettre encore 100 € sur ce produit pour le vendre en grade 1, ou plutôt 60 € pour le revendre en grade 2 ou 3 ? », résume Olivier Blanchard, directeur des opérations. Trois portes de sortie : réparation, récupération de pièces, ou revente en l’état. Le grade 4, trop dégradé, n’est jamais commercialisé.

Côté pièces, deux philosophies cohabitent. Pour les écrans d’iPhone, « on ne pose que du refurb : des écrans d’origine qui ont été reconditionnés, jamais d’écran neuf », détaille l’équipe, qui sait aussi transférer la puce liée à l’écran d’origine pour éviter les alertes logicielles d’Apple.

Pour les batteries, impossible de s’approvisionner en pièces officielles Apple : Largo utilise des batteries compatibles, mais les torture sur un banc de test interne qui enchaîne les cycles de charge et de décharge, vidéo, GPS et réseau activés, pour départager les fournisseurs. La règle pour le client : toute batterie sous 85 % de capacité est remplacée automatiquement, et une batterie neuve reste disponible en option. En fin de chaîne, le même diagnostic qu’à l’entrée vérifie qu’aucune panne n’a été créée pendant la réparation, avant nettoyage et attribution de la note esthétique finale.

« C’est cette note qui définit le prix de vente, et derrière, notre marge », glisse Olivier Blanchard. Le téléphone est rechargé à 100 %, mis en stock, et publié automatiquement sur les canaux de vente.
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Micro-soudure : le dernier recours
Au fond de l’atelier, un pôle intrigue : la réparation de cartes mères. « On peut changer toutes les pièces d’un téléphone, sauf la carte mère. C’est la propriété d’Apple. Pour en avoir des neuves, il faut être lié à Apple ou Samsung, et nous n’avons pas cette possibilité. Par contre, on sait les réparer », explique Christophe Brunot, cofondateur et président.

Les cartes des iPhone récents sont assemblées en deux étages reliés par des billes de soudure ; un choc dans une poche peut suffire à en casser quelques-unes et à faire perdre le réseau. Les techniciens ouvrent, nettoient, refont les micro-soudures à la loupe binoculaire, en s’appuyant sur des schémas de cartes dénichés en ligne et une documentation interne qui référence les composants fautifs. « C’est avant tout une passion avant d’être un métier », reconnaît-on chez Largo : ces profils sont autodidactes, formés entre pairs. Avec une limite très pragmatique : « si un technicien met plus d’une heure à réparer un téléphone, on s’arrête », sauf sur les modèles récents qui valent l’effort.

Ce savoir-faire ne s’apprend nulle part. « Il n’existe aucune formation certifiante. Alors on regarde les soft skills : est-ce que les gens sont méthodiques, organisés quand ils démontent les produits », raconte Frédéric Gandon, l’autre cofondateur.
Comptez quatre à huit semaines de formation interne pour un poste de réparation classique, la faute à la diversité des modèles et à une vraie rupture technologique à partir des iPhone 14 et 15.

L’anticipation fait partie du métier : dès septembre, Largo achète les nouveaux iPhone pour les démonter et documenter ce qui change. La réglementation européenne, elle, joue enfin dans le bon sens. Le règlement d’écoconception applicable depuis le 20 juin 2025 impose cinq ans de mises à jour logicielles après la fin de commercialisation d’un modèle, sept ans de disponibilité des pièces détachées après la fin de commercialisation d’un modèle et un accès aux outils logiciels pour les réparateurs indépendants. « Avant, Apple affichait des messages hyper anxiogènes sur les batteries et les écrans réparés. Ils ont été contraints de changer par un texte européen », apprécie Christophe Brunot, qui pointe encore des trous dans la raquette, comme des produits Apple importés sans marquage CE.

Reste le service après-vente, nerf de la guerre face au neuf. Largo s’impose une immobilisation maximale de trois jours, et dans les faits, « un smartphone qui rentre le matin, un sur deux ressort le soir même ». Les pannes les plus fréquentes en SAV ? Pas les écrans, mais les batteries, parfois gonflées, direction le stock froid puis la filière de recyclage Corepile. Les AirPods, eux, ne se réparent pas : on teste, on remplace, c’est du consommable.

Un reconditionné professionnel n’est pas du neuf déguisé. C’est un produit industriel, tracé de l’IMEI à la facture, avec ses compromis assumés, écrans d’origine mais batteries compatibles. La fiabilité du processus n’est plus en cause ; le blocage est désormais réglementaire : tant qu’Apple gardera la main sur les cartes mères, une partie du métier restera de l’artisanat de haute volée. Franchement, l’atelier vaut le coup d’œil.
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