
Souvenez-vous, c’était la promesse ultime : une 5G survitaminée, utilisant des bandes de fréquences très hautes (26 GHz) pour offrir des vitesses de téléchargement comparables à la fibre optique, mais sans fil. Sauf qu’en ce début d’année 2026, la réalité est tout autre. Le signal le plus fort de cet abandon ne vient pas des antennes, mais de nos poches. En février 2025, lors de la sortie de l’iPhone 16e, Apple a intégré son propre modem maison, le C1. Surprise : ce modèle fait l’impasse totale sur la 5G millimétrique, une fonction pourtant standard aux États-Unis depuis des années.
Ce n’est pas un cas isolé. Quelques mois plus tard, Qualcomm, le géant des puces Android, a fait de même avec son Snapdragon 8s Gen 4. Si les fabricants de matériel eux-mêmes commencent à délaisser cette technologie, c’est bien la preuve que l’adoption mondiale patine. En France, la situation est encore plus tranchée : c’est le calme plat. L’Arcep, le gendarme des télécoms, a bien nettoyé la bande des 26 GHz (autrefois occupée par l’armée et les satellites) et proposé des licences expérimentales de trois ans. Résultat ? Aucune demande sérieuse de la part des opérateurs. Comme le confirme Laure de La Raudière, présidente de l’autorité, l’enthousiasme est proche du néant.
Pourquoi ça ne marche pas chez nous ?
L’explication est double : elle est géographique et financière. Benoît Torloting, directeur général de Bouygues Telecom, résume bien le problème technique : ces ondes très hautes fréquences sont extrêmement fragiles. Elles n’aiment ni les murs, ni les arbres, ni la pluie. Si cette techno fonctionne aux États-Unis, c’est grâce à leur urbanisme étalé fait de banlieues pavillonnaires et de rues larges en ligne de mire directe. À Paris ou dans nos villes européennes denses aux murs épais, le signal s’effondre dès qu’il rencontre un obstacle. SFR confirme d’ailleurs que lors de leurs tests en 2023/2024, même avec des débits impressionnants de 4 Gbit/s, la couverture restait ridicule et incapable de pénétrer à l’intérieur des bâtiments.
Du côté d’Orange, la stratégie est claire : on a déjà misé gros sur la fibre optique, qui reste la solution la plus rentable et efficace pour le très haut débit. Investir massivement dans de nouvelles licences et un réseau d’antennes ultra-dense pour une technologie qui ne couvre que quelques mètres n’a aucun sens économique à court ou moyen terme. Seul Free reste muet sur le sujet, fidèle à sa culture du secret, mais il est peu probable que l’opérateur d’Iliad se lance seul dans cette aventure coûteuse.
Le verdict final a peut-être été rendu lors des Jeux Olympiques de Paris 2024. On présentait l’événement comme la vitrine idéale pour cette « super 5G » dans les stades. Finalement ? Rien n’a été déployé, et les réseaux ont tenu le choc sans elle. Même à l’étranger, là où elle existe (USA, Japon, Australie), elle ne représente que 0,1 % à 0,7 % des connexions selon Open Signal.

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