Le train illimité pour 49 euros par mois en France : le Pass Rail est une bonne idée, mais imparfaite

 

Le gouvernement annonce la mise en place du Pass Rail, un abonnement accessible à toutes et tous pour se déplacer en illimité en TER et Intercités. Une bonne idée calquée sur l'Allemagne, mais présentant quelques limites.

TER hybride // Source : Alstom_Coradia Polyvalent pour Regiolis

« Il faut que ce soit simple, que les Français, quel que soit leur âge, puissent acheter ce pass et voyager en Intercités ou en TER de manière illimitée pour un prix unique. » C’est ainsi que Clément Beaune, ministre délégué aux Transports, évoquait le Pass Rail ce matin sur Télématin.

Qu’est-ce que le Pass Rail ?

Annoncé par Emmanuel Macron lundi 4 septembre, le Pass Rail a pour vocation de devenir un abonnement permettant de prendre le train en illimité sur les lignes TER et Intercités, à l’instar du Deutschlandticket en Allemagne. Lors de son interview, Clément Beaune a rajouté que cet abonnement fonctionnerait « si possible avec les bus, les métros, les tramways dans nos grandes villes ».

L’idée permettrait à la fois de réduire l’usage de la voiture, afin de réduire les émissions de CO2 liées à nos déplacements quotidiens, mais aussi de rendre plus accessibles les banlieues les plus lointaines. Une idée plutôt louable s’il en est, alors que nous venons de vivre l’été le plus chaud jamais enregistré et que le réseau ferré est l’un des leviers permettant de réduire nos émissions carbone selon le Giec.

À l’heure actuelle, le prix de 49 euros est avancé puisqu’il s’agit de celui pratiqué en Allemagne. Le ministre délégué précise néanmoins que celui-ci n’est pas encore définitivement fixé, les régions devant être consultées. Il promet néanmoins un ticket « pas cher », « autour de ce qu’ont fait les Allemands », à mettre en place dès l’été prochain.

Les limitations d’un tel Pass

En Allemagne, le Deutschlandticket a déjà séduit plus de 11 millions de personnes, dont 23 % indiquent avoir abandonné la voiture. Un résultat qui fait rêver et permet d’imaginer un monde possiblement plus vert, et moins centré autour de la voiture individuelle, quand bien même celle-ci est électrique.

L’entretien et le financement

Pourtant, le tableau n’est pas parfait. Cette nouvelle charge sur le réseau nécessite évidemment un entretien tout particulier et l’État comme les Länder (les régions) se renvoient la balle. En l’absence d’un financement clair, la qualité de service pourrait se dégrader nettement et pousser les voyageurs à se tourner vers d’autres modes de transport… comme la voiture par exemple.

Il se murmure déjà que le ticket allemand pourrait doucement augmenter pour passer à 59 euros, puis à 69 euros d’ici à 2025. De quoi amortir un peu le coût, estimé à 3 milliards d’euros par an jusqu’à 2025.

Deutschlandticket // Source : MissyWegner

En France, les critiques se font déjà entendre : « le président de la République a souvent de bonnes idées, mais il faut surtout qu’il arrête d’avoir de bonnes idées avec le pognon des collectivités locales », fustige le vice-président de la région Hauts-de-France. Pour rassurer, Clément Beaune précise que l’État devrait, comme en Allemagne, supporter 50 % du coût de cette idée.

Or, si le gouvernement a bien annoncé un investissement de 100 milliards d’euros dans le rail, le financement de ce projet n’a pas encore été détaillé.

Des rames à revoir

En plus de l’investissement sur le prix du billet, il faudra par ailleurs prendre en compte l’entretien des voies, ainsi que la modernisation de certaines rames. Or, une grande partie du parc des TER en France (48 % en 2022) roule encore au moins partiellement au diesel. L’intérêt écologique, par rapport à une voiture électrique, est donc réduit.

L’objectif de la SNCF est de sortir du diesel d’ici à 2035 et d’atteindre le zéro émission de CO2 en 2050.

Quid des longs trajets ?

La question se pose également pour les longs trajets. Ce Pass Rail ne concernant que les TER et les Intercités, il exclut les TGV. Garder une voiture disponible pour les trajets des vacances pourrait inciter certains usagers à préférer leur bolide personnel plutôt que les transports en commun au quotidien. Un abonnement, possiblement découpé en plusieurs paliers, permettant d’accéder à la totalité du réseau ferré, serait sans aucun doute plus efficace encore.

Toujours est-il que l’idée va dans le bon sens et qu’elle se présente comme une étape importante de la transition écologique. En espérant que l’effet d’annonce ne soit pas tué dans l’œuf et que le projet soit soutenu sur la durée…


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