Le miracle de Pékin : la méthode stricte qui a dépollué l’air chinois en seulement 10 ans

 
Les centrales fossiles chinoises n’affectent pas seulement le climat, elles pèsent aussi lourdement sur la qualité de l’air. Si la bataille contre le réchauffement climatique est encore loin d’être gagnée, la Chine a en revanche déjà obtenu des résultats spectaculaires concernant la pollution atmosphérique. Voici comment.
Pékin // Source : Vincent Sergère pour Frandroid

Il fut un temps où la Chine, et tout particulièrement sa capitale Pékin, était devenue tristement célèbre pour la très mauvaise qualité de son air. C’était autour du début des années 2010.

À cette époque, la qualité de l’air était si dégradée que certains vols devaient parfois être annulés, la visibilité étant insuffisante pour permettre les atterrissages. Pékin et d’autres grandes métropoles étaient presque constamment plongées dans un brouillard gris épais. Les conséquences sur la santé des habitants étaient inévitables.

En 2013, les autorités finissent par prendre le problème au sérieux et imposent des politiques drastiques. Une décennie plus tard, l’air est enfin plus respirable. Si le problème n’est pas encore totalement résolu, la situation a beaucoup évolué. Pékin, qui ne connaissait auparavant qu’une dizaine de jours par an avec un « ciel bleu », en compte désormais près de 300.

Une pollution alimentée par le charbon et les véhicules thermiques

Derrière ce ciel grisâtre des années 2010 se trouvaient les fameuses particules fines, dont les plus dangereuses : les PM2,5. D’un diamètre inférieur à 2,5 micromètres, soit jusqu’à trente fois plus petites qu’un cheveu humain, ces dernières pénètrent profondément dans les voies respiratoires. Leur taille minuscule leur permet de franchir toutes les barrières naturelles de l’organisme, jusqu’à atteindre la circulation sanguine. Ces PM2,5 sont ainsi associées à des maladies respiratoires, des pathologies cardiovasculaires et à un risque accru de certains cancers.

Source : Pexels

Parmi les polluants à l’origine de ces particules, les scientifiques pointent particulièrement le dioxyde de soufre (SO₂), issu principalement des centrales à charbon et des véhicules thermiques. Une fois émis dans l’atmosphère, ce gaz réagit chimiquement avec d’autres composés pour former des particules sulfates, qui viennent grossir les concentrations de PM2,5.

Des mesures politiques pour assainir l’air

Pour améliorer la qualité de l’air, la Chine devait, soit réduire sa consommation de charbon, soit limiter les émissions de SO2. La première option étant difficile à court terme, le pays, en 2013, a choisi d’agir sur les rejets de dioxyde soufre.

Les centrales à charbon chinoises commençaient ainsi à être équipées de systèmes de désulfuration. Installés dans les cheminées, ces dispositifs injectent du calcaire dans les fumées. Le dioxyde de soufre réagit alors chimiquement avec cette substance alcaline, ce qui permet de capter jusqu’à 95 % des émissions de SO₂ avant leur rejet dans l’atmosphère.

En parallèle, le gouvernement avait accéléré le retrait des véhicules anciens qui sont particulièrement polluants, tout en soutenant le développement des véhicules électriques. Cette transition a été accompagnée d’un déploiement rapide d’infrastructures de recharge à l’échelle nationale.

Dans le centre de Pékin, les scooters thermiques sont interdits : les deux roues sont tous électriques. Et les voitures hybrides rechargeables et électriques (les plaques vertes) ont des facilité de circulation. Ce qui explique en partie le silence qui règne sur place lorsque les feux passent au vert. On note aussi le nombre grandissant de vélo dans la capitale.

Ces efforts auront porté leurs fruits. En 2024, les concentrations de PM2,5 à Pékin s’établissaient autour de 30 microgrammes par mètre cube d’air (µg/m³), contre des pics pouvant atteindre 550 µg/m³ une décennie plus tôt. Un niveau certes encore supérieur aux recommandations de l’OMS (5 µg/m³), mais incomparable avec la situation passée.

Les émissions d’une centrale à charbon, pour illustration. // Source : Vecteezy

Assainir l’air peut-il accélérer le réchauffement ?

Depuis la mise en œuvre de ces politiques, certains chercheurs ont observé un phénomène inattendu : une légère accélération du réchauffement climatique. Dans un podcast de The Conversation, la météorologue Laura Wilcox évoque une hausse d’environ 0,07 °C en Asie, associée à la diminution des émissions de SO₂.

En effet, les particules sulfates en suspension ont un effet refroidissant. Elles réfléchissent une partie du rayonnement solaire vers l’espace et augmentent la capacité des nuages à renvoyer la lumière. Résultat : moins d’énergie solaire atteint la surface terrestre.

Source : Vecteezy

Pour autant, il faut bien comprendre qu’en aucun cas, ces particules n’ont favorisé le réchauffement climatique. La météorologue était d’ailleurs bien claire à ce sujet : « ce que nous observons ici n’est pas un nouveau réchauffement, nous supprimons simplement un effet refroidissant qui masquait un réchauffement déjà présent », a-t-elle tenu à souligner.


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