« L’heure est grave » : le solaire français sacrifié juste au pire moment ?

 
Le solaire français s’essouffle, et l’inquiétude est palpable chez les acteurs du secteur. Ces derniers se sont réunis ce 9 juin à Strasbourg à l’occasion du Colloque national photovoltaïque organisé par le Syndicat des énergies renouvelables (SER). Alors que la France se prépare à électrifier son économie, les mécanismes qui soutiennent le développement du photovoltaïque sont en train de s’effondrer.

Au cours de ces dernières années, le développement du solaire reposait sur un ensemble de dispositifs soutenant la filière : des tarifs d’achat garantis, des appels d’offres réguliers, ou encore des obligations de solarisation sur certaines structures. S’appuyant sur un cadre stable, les entreprises investissaient massivement et multipliaient les capacités.

Mais aujourd’hui, cette dynamique a changé. Maintenant que la filière a gagné en maturité, les coups de pouce de l’État prennent progressivement fin. « L’heure est grave », a ainsi lancé le président du SER, Jules Nyssen, pour résumer la situation.

Une succession de mesures qui fragilise le marché

Plusieurs raisons expliquent la phase difficile dans laquelle se trouve actuellement la filière photovoltaïque. Durant les tables rondes du colloque, les acteurs ont notamment pointé la réforme du cadre tarifaire S21. Celle-ci concerne les petites installations et prévoit une baisse drastique du tarif de rachat du surplus (de 4 à 1,1 c€/kWh hors taxes) ainsi que la suppression de la prime à l’autoconsommation. Les professionnels redoutent un ralentissement du marché des petites toitures, qui avait fortement contribué à la croissance du secteur ces dernières années.

Pour les particuliers, le coup est rude sur le papier mais à nuancer. Avec un rachat du surplus tombé à 1,1 centime, la revente ne rapporte presque plus rien : l’intérêt d’une installation se joue désormais sur l’autoconsommation, c’est-à-dire l’électricité produite et consommée sur place, qui évite d’acheter du courant au réseau à environ 25 centimes le kWh. En clair, autoconsommer reste largement gagnant, mais miser sur la revente n’a plus de sens.

Du côté des installations moyennes de 100 à 500 kWc, le guichet ouvert a également pris fin en septembre 2025. Ce dispositif permettait pourtant aux porteurs de projets de bénéficier automatiquement d’un tarif d’achat garanti de l’électricité.

À cela s’ajoute l’absence d’une trajectoire claire pour le solaire au-delà de l’été 2026. « Trois appels d’offres ont été lancés, ce qui nous occupe jusqu’en juillet. Mais après, il n’y a plus rien. Or, les entreprises ont des salariés à payer », a alerté le président de la commission solaire du SER, Vianney de l’Estang, rapporté par PV Magazine, lors d’une conférence de presse tenue le même jour.

Sans visibilité sur le futur, les entreprises peinent à sécuriser leurs investissements. En réponse, la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) justifie les choix actuels par le besoin de respecter la trajectoire fixée par la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Cette dernière vise un objectif de 48 GW de capacité solaire en 2030, contre près de 30 GW aujourd’hui. Le SER alerte sur la conséquence : un rythme de raccordement qui tomberait à 2,9 GW par an, alors qu’il atteignait 6 GW en 2025. 

Les difficultés rencontrées dans la filière se sont d’ailleurs déjà traduites par une forte pression sur l’emploi. « Les plans sociaux commencent déjà. Et ce n’est probablement que la partie émergée de l’iceberg », déplore le président d’Enerplan, Daniel Bour. Un tiers des emplois du secteur seraient menacés, et les recrutements se raréfient.

Des besoins électriques en forte hausse malgré le ralentissement du solaire

Alors que le développement du solaire est freiné, le pays s’apprête à voir exploser ses besoins en électricité. Avec la décarbonation de l’industrie, l’électrification des usages, ou encore l’essor des technologies numériques, la consommation électrique devrait significativement augmenter au cours des prochaines décennies.

L’IA sera l’un des principaux moteurs de cette croissance, et le sujet a été abordé lors de la réunion. Selon les chiffres de RTE cités par Daniel Bour, l’Île-de-France compte déjà 7 GW de projets de centres de données en cours, auxquels s’ajoutent 7 GW de projets à l’étude et 7 GW de projets moins avancés.

Les participants ont ainsi rappelé que le photovoltaïque fait partie des technologies les plus rapides à déployer pour répondre à la hausse prévue de la demande. Le ministre de l’Économie Roland Lescure le reconnaissait lui-même : trois ans pour un champ de panneaux solaires, contre 10 à 15 ans pour un réacteur nucléaire. Contrairement à certaines infrastructures énergétiques qui nécessitent parfois plusieurs années de développement, une centrale solaire peut être construite en quelques mois seulement après l’obtention des autorisations.

Après cette alerte lancée le 9 juin à Strasbourg, la prochaine échéance importante pour la filière photovoltaïque sera la rencontre prévue le 17 juin avec la ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon.


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