« Il est temps de sortir de la naïveté » : l’Allemagne déclare la guerre aux vélos électriques chinois

 
Dans une note de position publiée ce mercredi 7 octobre, l’association allemande de l’industrie du cycle (ZIV) demande à l’Europe de durcir le ton face aux vélos électriques chinois, jusqu’à envisager de taxer leurs composants. Elle rappelle que la Chine produit 70 à 80 millions de vélos par an, contre environ 2 millions pour l’Allemagne.
Tenways AGO Performance VTC bleu
Le Tenways AGO Performance en coloris bleu. // Source : Tenways

Les vélos électriques chinois sont déjà surtaxés à leur arrivée en Europe depuis 2019. Pourtant, l’industrie allemande du vélo estime que ces droits de douane ne suffisent plus. Dans une note de position publiée ce mercredi 7 octobre, le ZIV (Zweirad-Industrie-Verband, l’association qui représente l’industrie du cycle outre-Rhin) appelle l’Union européenne à faire respecter plus fermement les règles commerciales face à ce qu’il juge être des pratiques déloyales.

« concurrent systémique »

L’association qualifie la Chine de « concurrent systémique ». Elle se dit pourtant favorable à un commerce ouvert, à condition que les règles déjà en place soient appliquées de façon cohérente.

D’après les données de marché du ZIV, la Chine est le premier fabricant mondial de vélos, avec 70 à 80 millions d’unités produites chaque année. L’Allemagne en sort environ 2 millions, soit 35 à 40 fois moins. Selon l’association, la pression sur le marché européen s’accentue : elle a d’abord touché les composants, puis de plus en plus les vélos complets, alors que la Chine s’est installée comme premier fournisseur de vélos électriques en Europe.

Le ZIV attribue cette évolution à la politique industrielle menée par Pékin sur le long terme. Les entreprises chinoises profiteraient ainsi de financements avantageux, d’allégements fiscaux et de subventions. La Commission européenne a d’ailleurs constaté que, dans certains cas, les prix de composants essentiels comme les moteurs et les batteries ne correspondent pas aux prix du marché.

L’association pointe aussi le 14e plan quinquennal de l’Association chinoise du vélo, un organisme affilié à l’État. Ce plan fixe l’objectif de faire de l’industrie chinoise du cycle « la puissance dominante sur le marché international » d’ici 2035. « Il est temps de sortir de la naïveté », déclare Burkhard Stork, directeur général du ZIV.

Taxer aussi les moteurs et les batteries ?

Depuis 2019, l’Union européenne applique aux vélos électriques complets venus de Chine des droits antidumping et des droits compensateurs (qui neutralisent l’effet des subventions publiques). La Commission européenne les a prolongés de cinq ans en janvier 2025. Les droits antidumping vont de 10,3 % à 70,1 %, et les droits compensateurs de 3,9 % à 17,2 %.

Pour le ZIV, ces droits jouent un rôle important, mais ils atteignent leurs limites à cause de la complexité des chaînes d’approvisionnement. Ils sont même parfois contournés. L’association demande donc d’étudier une extension des mesures antidumping au niveau des composants. Elle plaide aussi pour des réglementations techniques plus poussées et des coalitions renforcées à l’échelle européenne.

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Source : Bafang

Le ZIV avance également un argument climatique. Selon lui, fabriquer des vélos et des vélos électriques en Chine génère une empreinte carbone de 52 à 66 % supérieure à celle de la production européenne. Les vélos fabriqués en Europe seraient donc moins polluants, mais leurs fabricants n’en tirent aucun avantage économique.

Un nouvel étiquetage européen

L’association évoque aussi un étiquetage d’origine, voire une démarche « Made in Europe », pour que les acheteurs voient les atouts de la production européenne en matière de qualité et de climat. « L’objectif est de créer des conditions de concurrence équitables afin que la qualité et la responsabilité déterminent le succès du marché, plutôt que des subventions unilatérales », explique Burkhard Stork.

Pour les acheteurs, ces nouvelles taxes auraient toutefois un revers. Le ZIV le reconnaît lui-même dans son communiqué : les fabricants européens dépendent largement des cadres et des composants chinois. Comme le relève le site allemand Wattmoves, de nouveaux droits de douane pourraient donc se répercuter sur les prix de vente, voire raréfier les modèles les plus abordables. Pour l’instant, rien n’est décidé : le ZIV demande seulement à l’Union européenne et au gouvernement allemand d’examiner ces pistes.


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