
Je ne découvre pas ces lunettes-écran. Un Xreal One traîne déjà chez moi, à côté d’une paire Honor née d’une collaboration avec la marque, et je sais ce que ce genre de produit vaut au lit, dans le train ou devant un film. C’est justement pour ça que les R1 m’intriguaient : Asus avance un argument que personne n’avait encore tenté, le 240 Hz, et le facture au prix le plus élevé de la catégorie.

J’ai donc passé plusieurs jours à les brancher un peu partout : une ROG Xbox Ally X, mon PC fixe, mon smartphone, mon MacBook Pro, et même un trajet en TGV. Voilà ce que ça donne, du meilleur au plus agaçant.
Fiche technique
| Caractéristiques | Détails |
|---|---|
| Écran | Micro-OLED, 1920 × 1080 par œil |
| Fréquence | 120 Hz natif, mode 240 Hz (résolution ramenée à 1920 × 540) |
| Champ de vision | 57° |
| Luminosité | 700 nits (annoncés par Asus) |
| Taille d’écran perçue | ~171 pouces à 4 mètres (selon Asus) |
| Poids | 91 g |
| Audio | Haut-parleurs Bose intégrés aux branches |
| Connectique | USB-C (DP Alt Mode) ; boîtier Connect avec DisplayPort 1.4, 2× HDMI 2.0, USB-C |
| Suivi | 3DoF (modes Anchor et Follow) |
| Réglage IPD | Virtuel + deux références matérielles (IPD 63 et IPD 69) |
| Consommation | < 3 W (lunettes seules) |
| Certifications | TÜV Flicker-Free, Low Blue Light, Eye Comfort |
| Conversion 2D vers 3D | Oui, 60 Hz maximum (via mise à jour du boîtier) |
| Prix | 849 € |
Une précision avant d’aller plus loin : ces chiffres sont ceux annoncés par Asus et Xreal, ce ne sont pas des mesures maison.
L’exemplaire de ce test nous a été prêté par Asus ROG.
Le concept, et ce qui sépare vraiment le R1 du One Pro
Reprenons depuis le début, pour celles et ceux qui débarquent dans la catégorie. Les ROG Xreal R1 ne sont pas un casque de réalité virtuelle. Ce sont des lunettes équipées de deux petites dalles micro-OLED qui projettent un écran flottant devant vous. Vous continuez à voir la pièce, vos mains, votre clavier : rien ne vous coupe du monde. Tout tient dans cette idée, et c’est elle qui me ramène à ces lunettes depuis des mois : un grand écran privé, partout, quelle que soit ma position.

Allongé dans un lit, calé dans un fauteuil, assis dans un train, je récupère un affichage qui paraît immense alors qu’il tient dans une monture de 91 grammes. C’est discret, et autrement moins encombrant qu’un casque VR vissé sur le crâne. Voilà pour la promesse. On va voir si Asus la tient mieux que les autres, et surtout s’il la tient au point de justifier 849 euros.

Côté technique, le R1 part de la même base que le Xreal One Pro, le modèle à 649 euros : optique à prisme plat, plus propre que les anciennes optiques « birdbath », et champ de vision de 57°. Si vous avez déjà un One Pro, l’image ne vous surprendra pas. Autant le dire avant que vous ne le découvriez, la facture en main.
Pour aller plus loin
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Qu’ajoute Asus, alors, pour réclamer 200 euros de plus ? Trois choses. L’habillage ROG et une intégration logicielle taillée pour la console portable Xbox Ally X. Le fameux mode 240 Hz, absent du One Pro qui plafonne à 120 Hz. Et le boîtier de contrôle Connect, livré dans la boîte.

Sur l’image, je n’ai pas grand-chose à redire. La dalle micro-OLED sort des couleurs vives, de bons contrastes, et le large champ de vision donne vraiment la sensation d’un grand écran. Asus parle de l’équivalent d’un écran de 171 pouces à quatre mètres, et on redimensionne cet écran virtuel comme on veut. La netteté en 1080p natif tient la route, à une condition : que les lunettes soient parfaitement posées. Et c’est là que les ennuis commencent.
L’ergonomie, parlons-en. La monture évoque des lunettes de soleil un peu massives, dans un style très « Matrix » qui ne plaira pas à tout le monde, je vous préviens. Les branches sont souples, montées sur ressort, et se règlent verticalement sur environ ± 3,5°. Sur de longues sessions, le poids reste bien réparti et les plaquettes amortissantes évitent les points de pression douloureux. Du moins au début.

Le calage sur le nez, c’est le vrai point sensible. Asus fournit trois paires de plaquettes nasales, et il faut prendre le temps de trouver la bonne. La position des lunettes sur l’arête du nez joue directement sur la netteté : quelques millimètres de décalage et l’on passe d’une image nette à une bouillie, voire à un bout d’écran tout simplement coupé. Je ne suis pas le seul à m’y être cassé les dents : plusieurs amis à qui j’ai prêté les lunettes ont galéré pour trouver le « point idéal », parfois jusqu’à l’inconfort après une heure de port.

Et là, je tique. Pour les porteurs de lunettes correctrices, dont je fais partie, c’est encore plus contraignant. Asus n’intègre aucun réglage dioptrique dans les branches : il faut un insert sur lequel un opticien monte vos verres. Deux versions matérielles existent selon l’écart interpupillaire (IPD 63 pour 60 à 66 mm, IPD 69 pour 66 à 75 mm), complétées par un réglage virtuel dans les lunettes. C’est utile, mais ça ne remplace pas un ajustement mécanique, et l’insert ajoute une dépense et une démarche sur un produit déjà cher.

Le son sort de haut-parleurs Bose logés dans les branches, dirigés vers les oreilles. Les voix sont claires, les effets bien rendus, et c’est largement suffisant pour une vidéo YouTube, une série ou une partie vite fait. Pour un film à grand spectacle, un vrai casque circum-aural reste préférable, d’autant que le son fuit un peu vers l’extérieur. Un point à surveiller, tout de même : plusieurs utilisateurs signalent des grésillements ponctuels sur le haut-parleur droit en lecture vidéo. Je ne l’ai pas systématiquement constaté de mon côté, mais autant le mentionner.
Dernier mot sur une fonction qu’on confond souvent avec la 3D : le 3DoF. C’est le suivi des mouvements de tête sur trois axes, via les modes Anchor (l’écran reste figé dans la pièce) et Follow (l’écran suit votre regard). Rien à voir avec le relief, c’est du confort pur. Sans ça, l’image flotte au moindre mouvement, votre seule respiration suffit à la faire bouger. On y reviendra, mais ces deux modes comptent parmi les vraies bonnes idées du produit.
Branché sur la ROG Xbox Ally X : direct ou via le boîtier Connect
Le R1 a clairement été pensé en duo avec la console portable Asus ROG Xbox Ally X. La connexion la plus simple se fait en direct, un seul câble USB-C entre la console et les lunettes. C’est du « plug and play » : l’écran de la Ally X se duplique dans les lunettes, j’attrape ma manette, et je joue. À la première connexion, une mise à jour fait apparaître une section ROG dédiée dans l’interface d’Asus, qui réunit les réglages propres aux lunettes.

En direct, on profite du 120 Hz natif, le mode le plus net. C’est la configuration nomade par excellence : console en main, image impeccable, grand écran posé devant moi, où que je sois assis ou allongé. Pour jouer dans le canapé ou au lit, c’est un vrai plaisir, et c’est sans doute là que ces lunettes prennent tout leur sens.

Le boîtier Connect, livré dans la boîte, fait basculer l’expérience dans un autre registre. C’est lui qui débloque le mode 240 Hz et qui autorise d’autres sources que la console. Il ajoute un port DisplayPort 1.4, deux entrées HDMI 2.0 et une alimentation USB-C. On y branche donc une console de salon, un PC, n’importe quel appareil à sortie HDMI, et on pilote tout au joystick plutôt qu’avec les minuscules boutons des branches.
Côté menus, le boîtier est généreux, peut-être trop. On retrouve les outils maison d’Asus, GamePlus et GameVisual, hérités des moniteurs de la marque, plus un logiciel compagnon sur PC, le DisplayWidget Center, que j’ai trouvé encore un peu fruste. Le boîtier gère aussi le format d’image : du 32:9 (3840 × 1080) à 60 Hz ou du 21:9 (2560 × 1080) à 90 Hz, et il prend désormais en charge la conversion 2D vers 3D, ajoutée par une mise à jour. Tout y est, mais le menu est si chargé que certains réglages se cachent derrière une pile de clics.
Les deux branchements ne jouent pas dans la même cour. En direct, je suis mobile, limité au 120 Hz, et je garde la main sur les boutons des lunettes. Avec le boîtier, je gagne le 240 Hz et les sources multiples, mais je perds en liberté : le Connect n’a aucune batterie, il faut rester près d’une prise. Détail agaçant, une fois branché au boîtier, les boutons des lunettes ne répondent plus, tout passe par le joystick. Je tendais machinalement la main vers les branches pour rien.
Pour situer le R1 dans la gamme, c’est clairement du côté du One Pro qu’il faut regarder, pas du One d’entrée de gamme, et pour deux raisons : le champ de vision de 57° et l’optique à prisme plat sont ceux du One Pro, là où le Xreal One se contente d’un angle plus étroit et d’une optique plus ancienne. L
Selon moi, le R1 dérive directement du One Pro, auquel Asus aurait greffé le mode 240 Hz et le boîtier Connect. La marque ne confirme pas officiellement cette filiation, mais à l’usage comme sur la fiche, c’est bien un One Pro habillé en ROG que j’ai eu entre les mains, pas un One musclé. Tout l’écart de prix se joue donc sur trois ajouts, le dock, la haute fréquence et l’intégration logicielle, et non sur la dalle ou l’optique.
Branché sur un PC fixe : pourquoi ça coince face à un écran de gamer
J’ai ensuite relié le R1 à mon PC fixe, via le boîtier Connect et ses entrées HDMI/DisplayPort. C’est ici que la promesse est la plus alléchante : remplacer son écran PC par un écran virtuel géant, sans rien encombrer sur le bureau. Autant être direct, l’écran du PC remporte la manche, et je ne vais pas tourner autour du pot.

La première raison, c’est la définition. Les lunettes plafonnent à 1080p par œil, et ce plafond s’effondre en mode 240 Hz : la dalle bascule sur 1920 × 540 avant d’être remise à l’échelle. Sur un moniteur, on raisonne en pixels par pouce : ici, la densité angulaire est trop limitée, et le texte comme les petits détails accusent une mollesse qui saute aux yeux.
Ce constat ne tient pas qu’à mon seul ressenti. J’ai repassé les lunettes à plusieurs amis. Le premier a comparé le R1 à son ordinateur portable réglé en 1080p, à taille perçue équivalente, et a trouvé l’écran physique nettement plus net : déçu. Un autre, à l’inverse, lisait sans peine les petits textes. Vous l’aurez compris, la netteté dépend énormément de votre vue, de votre IPD et du calage de la monture. Promettre la même expérience à tout le monde serait malhonnête.

S’ajoutent des défauts plus techniques. Les bords de l’image peuvent flouter, et il faut jouer sur la distance virtuelle de l’écran pour atténuer le phénomène. J’ai aussi relevé du déchirement d’image (« screen tearing ») une fois branché au dock, surtout visible dans les jeux qui poussent le DLSS de Nvidia. Quant au taux de rafraîchissement variable (VRR), il n’est pas géré, faute de HDMI 2.1 sur le boîtier.
L’ergonomie de bureau n’arrange rien. Le boîtier neutralise les boutons des lunettes, on l’a vu. Et quand on n’affiche que vers les lunettes, impossible de se servir de l’écran du PC pour les saisies, ce qui complique par exemple un clavier tactile. Le DisplayWidget Center, encore perfectible, ne lisse pas vraiment l’ensemble.
Si vous avez déjà un bon écran de gamer, haute définition et haute fréquence, le R1 est un recul, sur la netteté comme sur la stabilité de l’image. À un poste fixe, il se cantonne à l’appoint : du multitâche sur écran virtuel large, un peu de confidentialité. Un remplaçant de moniteur, sûrement pas, en tout cas pas à ce prix.
Dans le TGV : le terrain où ces lunettes ont du sens
C’est en déplacement que le R1 retrouve ses arguments. Dans le TGV, branché sur la Ally X, je m’offre un grand écran privé là où je plisse d’ordinaire les yeux sur une petite tablette. Personne ne voit ce que je regarde, la monture reste légère, et j’oublie vite le voisin de siège. Pour le jeu portable ou la vidéo, c’est le scénario où ces lunettes brillent, et celui où je les sors le plus souvent. Pas besoin du boîtier Connect, ici, évidemment.

Tout n’est pas parfait pour autant. En plein jour, l’assombrissement électrochrome des verres aide, sans suffire : un peu de lumière passe encore par l’avant, et bien plus par les côtés, ce qui gêne près d’une fenêtre en plein soleil. Le confort finit aussi par se rappeler à vous, sur le nez comme sur les oreilles. Ces réserves mises à part, c’est dans ce contexte mobile que le R1 m’a le plus convaincu.
Branché sur le smartphone : la frustration du blocage DRM
Sur le papier, brancher le R1 sur un smartphone en USB-C, c’est l’usage rêvé : un cinéma de poche, un grand écran sorti de la veste pour un film en voyage. C’est ce que j’attendais. C’est devenu franchement frustrant.

Le coupable, ce sont les protections anti-copie. Netflix est désormais bloqué sur ce type de lunettes, et d’autres applications de streaming avec lui. La raison tient au DRM et au HDCP : dès que vous envoyez l’image vers un affichage externe, les services vérifient que la chaîne d’affichage est « sécurisée » avant d’autoriser la lecture. Beaucoup de lunettes-écran échouent à ce contrôle et se retrouvent face à un écran noir. Netflix a serré la vis au fil du temps, d’où ce « désormais » : ce qui passait hier ne passe plus aujourd’hui.
Concrètement, vos fichiers locaux et certaines applis fonctionnent, mais les services de streaming qui comptent vraiment restent capricieux. Pour un produit vendu, entre autres, sur la promesse du grand écran nomade, le manque est difficile à avaler. Ce n’est pas la faute d’Asus seul, j’en conviens, mais c’est l’utilisateur qui trinque, et mieux vaut le savoir avant de lâcher 849 euros.
Branché sur le MacBook Pro : un moniteur d’appoint
J’ai aussi relié le R1 à mon MacBook Pro, en USB-C avec le mode DP Alt Mode. La reconnaissance comme écran externe se fait sans problème, et c’est appréciable : aucune bagarre avec macOS pour afficher quelque chose.
Là où le R1 s’en sort bien sur Mac, c’est grâce à sa puce X1, qui gère les modes Anchor et Follow directement dans les lunettes, sans logiciel à installer. Précieux sur macOS, où l’application compagnon de ce type d’accessoire est souvent bridée. J’obtiens un écran virtuel large, ancré dans la pièce, sans dépendre d’un utilitaire tiers.
Pour travailler en déplacement, c’est agréable quelques heures : j’étale un écran ultra-large, je bosse au calme, je garde le portable fermé ou en appoint. Mais le plafond de 1080p revient vite me chercher. Face à une dalle Retina, le texte paraît moins fin, et la lecture prolongée de documents ou de code fatigue davantage qu’un bon écran physique.
Sur Mac, le bilan rejoint celui du PC fixe, en plus nuancé. Sur Mac, le R1 fait un moniteur de voyage convaincant, bien commode pour ne pas trimballer un second écran. Un poste de travail à demeure, non. C’est un compagnon de mobilité, à condition d’accepter sa définition.
La 3D à l’essai : un bonus sympathique, rien de plus
Place au relief stéréoscopique, à ne pas confondre avec le 3DoF évoqué plus haut. Dans les jeux compatibles, l’effet 3D fonctionne et ajoute une vraie profondeur ; la sensation rappelle, en bien plus grand, l’écran d’une vieille Nintendo 3DS posée devant les yeux. Sur certains titres d’action, la profondeur ajoutée est bluffante, et j’ai pris plaisir à y rejouer comme ça.
La conversion automatique 2D vers 3D, ajoutée par une mise à jour du boîtier, est plus anecdotique. Limitée à 60 Hz, elle multiplie les artefacts dès qu’il y a du mouvement et fonctionne mieux sur des scènes statiques. Comme chez les concurrents, on tient là un gadget plus qu’une fonction essentielle.
Prix et disponibilité : 849 euros, c’est cher payé
Le tarif, voilà le vrai problème. En France, le R1 s’affiche à 849 euros, ce qui en fait la paire de lunettes vidéo la plus chère du marché. En face, dans la gamme Xreal, le One Pro est à 649 euros et le One démarre à 399 euros. Les 200 à 450 euros d’écart se paient donc surtout pour le boîtier Connect, le mode 240 Hz et l’intégration ROG.
Selon moi, les meilleures alternatives sont les One et One Pro, déjà disponibles.


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