
Il y a une phrase que j’ai relue trois fois hier soir. « Notre priorité initiale avec Googlebook est de proposer un ordinateur portable incroyable qui offre une expérience formidable aux utilisateurs de téléphones Android ». Elle est signée Sameer Samat, le patron de l’écosystème Android chez Google, et elle est parfaitement honnête.
Elle dit juste très peu de choses sur la raison pour laquelle je devrais sortir plus de 1 000 euros. J’ai regardé notre prise en main en vidéo, j’ai lu le retour de Cassim depuis Londres, et j’en ressors avec la même sensation qu’après une keynote Google I/O : c’est joli, c’est malin, et je ne sais pas quoi en faire.
Résumons (si vous n’avez pas suivi, sinon passez au paragraphe suivant). Le Googlebook est un PC portable qui tourne sous Googlebook OS, un Android adapté au clavier et à la souris, posé sur les fondations bureau de ChromeOS. Cinq constructeurs au lancement (Acer, Asus, Dell, HP et Lenovo), des puces Intel Core Ultra Series 3 ou Snapdragon X Elite, 16 Go de RAM minimum, des écrans OLED tactiles jusqu’en 2,8K et une autonomie annoncée de 14 heures en lecture vidéo, donc moins dans la vraie vie. Aux États-Unis, ça démarre à 899 dollars hors taxes avec l’Acer. En France, le ticket d’entrée grimpe à 1 099 euros pour le HP, et le Dell XPS Googlebook ne figurerait même pas au catalogue au lancement. Pour faire passer la pilule, Google glisse un an de Google AI Pro, facturé 21,99 euros par mois en temps normal, trois mois de YouTube Premium et un an de GeForce Now.
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Déjà, ce positionnement, j’ai du mal à l’avaler. Certes, on ne joue pas dans la cour des futurs portables Nvidia RTX Spark, attendus à partir de 1 800 dollars si l’on en croit les analystes, mais on reste au-dessus de la barre des 1 000 euros, avec des composants qu’on trouve déjà sous Windows pour moins cher. Le plus étrange, c’est que Google marche à rebours de sa propre histoire.
ChromeOS a existé grâce à des machines à 300 euros vendues par palettes aux écoles et aux étudiants, et la seule fois où Google a tenté le luxe, avec le Pixelbook à 999 dollars, la gamme a discrètement disparu. Refaire un Pixelbook avec Android dedans et un prix encore plus haut, dans une année où tout le monde compte ses euros, ce n’est pas une stratégie que je comprends. Mais il n’y a pas que ça.
Un très bon logiciel à la recherche d’un acheteur
Je trouve que la partie logicielle est la meilleure surprise de l’année côté PC. Le Play Store avec de vraies applications, les fichiers du smartphone accessibles sans câble, Continue On qui reprend un onglet Chrome ou un panier là où on l’a laissé sur le mobile. Magic Pointer, la dictée Rambler ou la recherche de fichiers par leur contenu sont des fonctions qu’on ne trouve ni sur Windows ni sur macOS, et notre essai sur place confirme qu’elles marchent.

Le problème, c’est ce qui manque en face. Pas d’applications de bureau classiques au lancement, un terminal Linux réservé aux développeurs, des jeux mobiles ou du cloud gaming, et certaines fonctions Gemini absentes de l’Union européenne sans que Google précise lesquelles. En gros, on a un Chromebook avec un Play Store plus propre et une couche Gemini, au prix d’un MacBook Air.
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Ce terminal Linux, c’est peut-être ce qui sauve la machine, parce que c’est le seul endroit où le prix commence à se justifier. Il tourne dans un environnement Linux isolé, à la manière de Crostini sur les Chromebooks, et Google le met cette fois en vitrine pour y lancer Claude Code, Codex ou sa propre plateforme Antigravity.
Prenons mon cas, je vis avec un terminal, Claude Code, GeForce Now, Slack et un navigateur Chrome, un PC portable d’un kilo avec 14 heures d’autonomie annoncées et des agents de codage à demeure, ça se défend. Sauf que Google n’a rien dit sur la mémoire ni sur le système de fichiers alloués à cette bulle Linux, et qu’un public qui ne sait pas encore si Googlebook OS est Android, ChromeOS ou Linux ne va pas se ruer sur une machine vendue comme le compagnon d’un smartphone.
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Le marché existe, en théorie. Quelqu’un avec un Pixel ou un Galaxy, qui vit dans Chrome, Gmail et Docs, et qui rêvait d’un MacBook sans iPhone.
Ce profil, je le connais, c’est une bonne partie de la rédaction Frandroid. Sauf que ce profil regarde aussi les prix et les performances. Apple a lancé le MacBook Neo à 699 euros et vend le MacBook Air M5 à 1 199 euros, avec une puce que ni Intel ni Qualcomm n’égalent sur le rapport autonomie, silence et prix.
Google arrive avec des machines d’un kilo très bien finies, entre 1 099 et 1 399 euros, dans une année où la pénurie de mémoire fait grimper tous les tarifs. Acer aurait d’ailleurs prévenu que ses 899 dollars sont un prix de lancement susceptible de remonter. Pour l’étudiant, le Neo gagne. Pour le cadre travailleur, le Windows fourni par la boîte reste en place.
Il reste le curieux fortuné équipé d’un Android. Notre vidéo montre bien à quel point la promesse est séduisante, et à quel point elle est étroite.
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Google promet dix ans de mises à jour et une nouveauté tous les trois mois. Je veux bien le croire, j’ai aussi cru à Stadia, à Google Podcasts et au Pixelbook.
Si la firme tient deux ans, baisse ses prix de 300 euros et ouvre la porte aux applications de bureau et aux jeux, on reparlera d’une vraie alternative à Windows. D’ici là, le Googlebook est une excellente réponse à une question que très peu de gens se posent. Mais pourtant, j’ai vraiment envie d’y croire.
Le saviez-vous ? Google News vous permet de choisir les médias que vous suivez. Ne passez pas à côté de Frandroid.

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