L’ancien patron de Ferrari sur la Luce parle de « la destruction d’un mythe », l’action plonge de 8 %

 
Ferrari a dévoilé la Luce, sa première voiture 100 % électrique, et l’action a perdu jusqu’à 8 % dans la foulée. À 550 000 €, le verdict des investisseurs et des tifosi est cinglant.
Ferrari Luce // Source : Ferrari

Il y a des lancements qu’on attend en se frottant les mains, et il y a ceux qu’on regarde passer comme un accident de la circulation, sans pouvoir détourner les yeux.

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La Luce, c’est la deuxième catégorie. Pourtant tout semblait en place : Rome, lundi soir, Leclerc et Hamilton sur scène, le pape qui vient inspecter la voiture le lendemain, et le CEO qui sort des phrases sur « l’innovation qui n’est pas démocratique ». Le lendemain matin, à l’ouverture de la Bourse de Milan, le marché tranche à sa façon : vendez.

La Luce, c’est la première voiture électrique Ferrari, c’est une berline électrique à quatre portes, cinq places, 1 035 ch répartis sur quatre moteurs, un 0 à 100 km/h en 2,5 secondes, 530 km d’autonomie annoncée et 310 km/h en pointe. Prix de départ : 550 000 € en Italie, livraisons fin 2026.

L’officialisation de lundi soir avait pourtant tout d’un sacre. L’action Ferrari a chuté de 6,5 % sur la séance, après avoir touché -7,8 %, soit la pire journée depuis octobre. En valeur de marché, c’est environ 3,7 milliards d’euros qui s’évaporent en quelques heures. Sur un an, le titre a perdu plus de 30 %.

Une Ferrari dessinée par Jony Ive, et ça se voit

Le vrai sujet n’est pas la fiche technique, c’est le dessin. Ferrari a confié l’extérieur et l’intérieur à LoveFrom, le studio de Jony Ive (ex-Apple) et Marc Newson.

Ferrari Luce // Source : Ferrari

Et ça détonne, ils ont conçu une bulle vitrée posée sur une coque en aluminium, des surfaces lisses, zéro arête agressive, des boutons physiques partout dans l’habitacle. Pour beaucoup d’entre nous, elle évoque davantage une Apple Car qu’une Ferrari. Beaucoup y voient un mélange entre une Honda Accord électrique et une Tesla Model 3. Pas exactement ce qu’on attend pour 550 000 €.

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Côté chiffres, le malaise continue. Le 0-100 en 2,5 secondes ? La Mercedes-AMG GT 4 portes fait 2,4. La recharge plafonnée à 350-360 kW ? Une Porsche Taycan, trois fois moins chère, fait mieux. Et la voiture pèse 2,2 tonnes, plus lourde que n’importe quelle Ferrari thermique en production. Ferrari met en avant 60 nouveaux brevets, une plateforme 800 V, une suspension active 48 V sans barres antiroulis, un coefficient de traînée de 0,254, le plus bas de son histoire. C’est techniquement remarquable, et à bord, l’objet impressionne. Mais quand on demande aux gens d’aligner le prix d’une maison pour un logo, ils veulent voir le logo.

Le moment, la cible, et ce que Ferrari n’avoue pas

Ferrari lance sa première électrique au pire moment possible. Lamborghini a annulé son projet, son PDG parlant d’une « courbe d’acceptation proche de zéro ». Porsche freine. Ferrari elle-même a divisé par deux ses ambitions électriques pour 2030, et le deuxième modèle EV est repoussé à 2028 minimum. La Luce vise clairement les nouveaux marchés, la Chine en tête, et une clientèle qui n’a pas grandi avec le hurlement d’un V12. Le problème, c’est que les Ferraristes historiques, eux, ne pardonnent rien.

La sentence la plus douloureuse vient de Luca di Montezemolo, ancien président de la marque pendant plus de vingt ans, adoubé en son temps par Enzo Ferrari lui-même. À la Gazzetta : « Si je disais ce que je pense vraiment, je nuirais à Ferrari. Nous risquons la destruction d’un mythe. J’espère au moins qu’ils enlèvent le Cheval cabré de cette voiture ». En gros, l’ancien patron suggère publiquement de retirer le logo.

La Luce est probablement une voiture impressionnante à conduire et un objet de design fascinant à regarder, pour peu qu’on accepte qu’une Ferrari puisse ressembler à autre chose qu’à une Ferrari.

Mais Maranello a oublié un détail : ses clients ne paient pas pour de la rupture, ils paient pour de la continuité mythologique.

Reste à voir si la Chine sauve la mise, ou si on regardera la Luce dans dix ans comme on regarde la Mustang Mach-E : un pari osé qui a fini par fonctionner. Ou comme la Fiat Multipla : une bonne idée que personne n’a jamais voulu garer devant chez soi.


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