
Design controversé, motorisation 100 % électrique, tarif haut perché : dire que l’accueil réservé à la Ferrari Luce fut tiède tient d’un bel euphémisme.
Reste que, durant ma découverte de la première voiture électrique de la marque, un élément m’a soufflé : l’habitacle de la Luce, notamment via son expérience utilisateur absolument unique dans l’industrie automobile.
Pour aller plus loin
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La patte de ses designers, Jony Ive et Marc Newson (les créateurs de l’iPhone et de l’Apple Watch), est évidente à bien des égards, et devrait être déterminante pour séduire la cible visée. Voici pourquoi.
Une expérience sensorielle
Ferrari l’a martelé durant sa présentation : la philosophie même de la Luce, c’est de réussir à impliquer le conducteur dans la conduite d’une voiture électrique.

Cela se traduit par des solutions techniques profitant à l’agilité (quatre moteurs électriques, suspensions actives, etc.), mais aussi une amplification du son des moteurs électriques et des palettes au volant modifiant l’arrivée du couple et l’intensité de la régénération.
Ces solutions seront sans le moindre doute utiles pendant la conduite, mais ne doivent pas éclipser l’autre élément majeur : comment les occupants interagissent avec la voiture. C’est ici que la planche de bord prend tout son sens.

L’inspiration Apple est évidente à tous les égards, y compris dans la présentation même de l’habitacle. Les designers présentent leurs travaux de la façon suivante : chaque élément a été conçu comme un produit en lui-même.
On retrouve ainsi une disposition simple, presque clinique, des éléments. L’erreur serait de croire que cette atmosphère soit trop glaciale. C’est tout le contraire : tout donne envie d’être saisi, manipulé, approprié.

La raison ? L’abondance de matériaux nobles (aluminium, cuir, verre), de formes douces et un soin du détail quasi-obsessionnel. Deux exemples : les poignées de maintien, à elles seules, sont de petites œuvres d’art ; les aérateurs ronds s’ouvrent et se ferment d’une rotation de poignet, avec un discret « clic » incroyablement plaisant.


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Cette implication du conducteur est également visible dans les différentes procédures, traitées comme un cérémonial. Démarrer la Luce ? Placez la clef dans son réceptacle sur la console centrale, et découvrez l’écran E-Ink affichant le logo Ferrari passer de la couleur au gris, transférant son jaune au sélecteur.

Enclencher le launch control ? Saisissez-vous de la tirette dans le plafonnier jusqu’à la voir clignoter en orange : les écrans se métamorphosent avec une animation inédite, vous guidant dans les étapes à suivre.
Des écrans au service des boutons
Autre élément incontournable d’interaction avec une voiture en 2026 : les écrans. Reste que la Luce prend, ici aussi, un chemin bien à elle.
Jony Ive avait été très clair sur le sujet : le « tout-écran » est une mauvaise stratégie dans une voiture, déconcentrant le conducteur qui doit quitter la route des yeux – d’autant plus pour la Luce et ses 1 050 ch.

La solution : des boutons, des interrupteurs, des molettes, aussi bien sur le volant que sur l’écran central. Sur le volant, les éléments relatifs à la conduite : aides à la conduite, essuie-glaces, clignotants, modes de conduite, sans oublier quelques boutons derrière les branches pour des raccourcis (médias, entre autres).
Sous l’écran, les éléments de confort. La ventilation et le volume sonore sont réglables d’un geste, tandis que trois raccourcis vers les menus de climatisation, de réglages et de médias permettent d’accéder aux fonctions principales.

Ce qui est intéressant, c’est que chaque action sur un bouton a une réaction sur l’écran. Basculer d’un mode de conduite à un autre ? Un flash de couleur sur les compteurs confirmera visuellement le passage. Quelques degrés supplémentaires côté conducteur ? Une réglette apparaît juste au-dessus du basculeur.
Une fusion physique/numérique réussie
Autre complément dans l’interaction entre le physique et le numérique : l’introduction d’éléments fonctionnels dans les écrans.
Le premier exemple, ce sont les compteurs. Il s’agit d’une superposition d’écrans OLED signés Samsung : une grande dalle est percée à trois endroits, qu’un second écran placé juste derrière occupe pour afficher les compteurs.

Entre les deux, les concepteurs ont dû trouver un moyen d’y placer l’aiguille du compteur de vitesse, fixée sur la couronne extérieure – un sacré défi, à les entendre.
Autre défi : le chronographe sur l’écran central, capable d’afficher un chronomètre, une horloge ou une boussole. À chaque clic sur le bouton de la tranche supérieure, les aiguilles et le fond passent d’un mode à l’autre avec une fluidité déconcertante – le bouton latéral est là pour déclencher le chronomètre, peu importe l’affichage du moment.

La proximité des interrupteurs et de l’écran central a également été source de beaucoup d’ennuis, à entendre les designers. Reste que la mission est réussie : l’intégration est parfaite, et ajoute un élément à cette complémentarité entre physique et numérique.
Un habitacle taillé sur mesure pour la cible espérée
La perfection serait-elle donc atteinte ? En creusant un peu, on peut trouver à redire : les clignotants sur les branches du volant ne doivent pas être des modèles d’ergonomie, les rangements sont réduits et les sièges, au demeurant très beaux, pourraient être plus généreux en maintien latéral.

Plus étonnant, l’écran central de la Luce n’intègre pas de système de navigation – d’autant plus qu’il repose sur Android Automotive (Linux pour les compteurs), rendant de ce fait l’intégration de Maps techniquement simple.
Pour y remédier, il faudra connecter son téléphone et y afficher Apple Maps ou Google Maps, avec lesquels la voiture communiquera ses données de consommation pour créer un planificateur d’itinéraire.

L’essentiel est pourtant là : l’habitacle de la Luce est quasiment du jamais-vu dans l’industrie, combinant esthétisme et fonctionnalité.
Voilà qui devrait aider à séduire un type très précis de clients : ceux qui n’ont pas encore de Ferrari – Enrico Galliera, responsable marketing de Ferrari, l’annonce sans ambages : la Luce est là pour « élargir la communauté » de la marque.
Pour aller plus loin
« La destruction d’un mythe » : Ferrari n’a-t-il pas eu d’autre choix que de trahir les puristes pour vendre sa voiture électrique ?
Plus précisément, Ferrari veut aller chercher une clientèle plus jeune, plus tech, qu’on peut aisément identifier en Chine ou dans la Silicon Valley – une clientèle qui privilégie l’expérience utilisateur par rapport à un gros V12, peut-être plus aussi bien perçu qu’auparavant.

C’est sûrement ici que le partenariat avec Jony Ive et Marc Newson est plein d’intelligence. Côté marketing, ces noms reconnus et respectés dans le milieu agissent comme une belle promesse, une façon d’aborder Ferrari sous un nouvel angle. Côté expérience, c’est l’impression de retrouver les produits Apple (connus, appréciés, normalisés), aussi bien dans la forme que dans la manière d’interagir avec eux.
De quoi aider à signer le chèque de 550 000 euros minimum ? La réponse sera donnée à partir du quatrième trimestre 2026, date à laquelle Ferrari débutera les livraisons de sa Luce.
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