Ferrari Luce : il faut le dire, elle ressemble plus à une Apple Car qu’à une Ferrari

La Scuderia prend le jus de pomme

 
Première voiture électrique de Ferrari, la Luce est signée Jony Ive et Marc Newson. Un objet de 550 000 € qui ressemble plus à un produit Apple qu’à une supercar italienne. Et c’est justement ce qui pose problème.
Ferrari Luce // Source : Ferrari

C’est ce qui frappe quand on tourne autour de la Ferrari Luce. Au lieu d’une pomme, un cheval cabré. Le problème, justement, c’est que la pomme se voit plus que le cheval.

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Présentée à Rome le 25 mai 2026, la Luce est la première Ferrari 100 % électrique de l’histoire. Cinq portes, cinq places, 1 050 chevaux, 530 km d’autonomie WLTP et un ticket d’entrée annoncé à 550 000 euros hors taxes en Italie. Soit plus cher qu’une Rolls-Royce Spectre et au-dessus de toutes les Ferrari du catalogue actuel. Les premières livraisons sont attendues au quatrième trimestre 2026. Mais le vrai sujet n’est pas là.

Pourquoi tout le monde y voit l’Apple Car que Cupertino n’a jamais sortie

Le design extérieur et l’habitacle de la Luce ont été cosignés par LoveFrom, le studio fondé en 2019 par Sir Jony Ive et Marc Newson. Soit, en gros, les deux mains derrière l’iPhone, l’iPad et l’Apple Watch. Cinq ans de travail confidentiel avec le Centro Stile de Flavio Manzoni, et un résultat qui fait immédiatement penser à un produit Cupertino sur roues.

Ferrari Luce // Source : Ferrari

Les matériaux sont magnifiques, les boutons cliquent comme une couronne d’Apple Watch, le volant à trois branches est usiné dans un bloc d’aluminium recyclé. Jony Ive a même refusé le tout-tactile dans la voiture, qu’il qualifie de « mauvaise technologie » pour conduire. Sur ce point précis, on applaudit.

Ferrari Luce // Source : Ferrari

Reste l’extérieur. Et là, la polémique est lancée avant même les premières livraisons. La Luce mesure 5,02 m de long pour 1,54 m de haut, soit un gabarit de quasi-monovolume bizarrement perché. Les essuie-glaces sont en position verticale, conséquence directe d’un pare-brise prolongé jusque dans la carrosserie.

Ferrari Luce // Source : Ferrari

Les jantes culminent à 24 pouces à l’arrière, du jamais-vu en série chez Ferrari. Marc Newson explique avoir dessiné la voiture autour de l’habitacle, comme on dessine un produit.

Ferrari Luce // Source : Ferrari

Sauf qu’une Ferrari, depuis 78 ans, c’est l’inverse : une carrosserie pensée autour d’un moteur. Voilà pourquoi, sur les forums et chez une partie des passionnés, le verdict tombe déjà. « Ce n’est pas une Ferrari. »

Une fiche technique de Ferrari, une expérience Apple

Sous la coque, Ferrari a pourtant fait le boulot. Quatre moteurs électriques (un par roue), suspension active gérée roue par roue, roues arrière directrices, torque vectoring, freinage régénératif jusqu’à 500 kW, batterie de 122 kWh en architecture 800 V et recharge 350 kW pour passer de 20 à 80 % en environ vingt minutes. Le 0 à 100 km/h tombe en 2,5 s, le 0 à 200 en 6,8 s, la vitesse de pointe dépasse 310 km/h. Et pour le son, pas de faux V12 synthétique : un accéléromètre capte les vibrations réelles des moteurs et de la transmission, les filtre, les amplifie. C’est plus honnête que la fausse boîte de la Hyundai Ioniq 5 N, c’est plus malin aussi.

Ferrari Luce // Source : Ferrari

Mais la Mercedes-AMG GT électrique annoncée quelques jours plus tôt affiche 1 169 ch, recharge deux fois plus vite et rallonge l’autonomie d’environ 180 km pour une batterie plus petite. Sur le papier, la Luce ne gagne pas la course aux chiffres. Elle compense ailleurs : l’intelligence du châssis, la qualité d’interface, la patte LoveFrom. Autrement dit, elle vend une expérience. Très exactement ce que vend Apple depuis 25 ans, à des prix que personne ne discute plus.

Et il y a pire pour Maranello. Pendant que Ferrari peaufinait son interface façon iPhone, Xiaomi présentait au MWC 2026 sa Vision Gran Turismo, un concept d’hypercar électrique de 1 900 ch, architecture 900 V au carbure de silicium, carrosserie en goutte d’eau et invitation officielle dans le programme Vision Gran Turismo de Sony, jusqu’ici réservé à Ferrari, Porsche ou Lamborghini.

Xiaomi Vision GT // Source : Ulrich Rozier pour Frandroid

Soit, sur le papier, exactement le genre d’exercice de style qu’on attend d’un constructeur italien de Modène, mais signé par une marque qu’on associait il y a cinq ans à des aspirateurs connectés. C’est ça, le vrai sujet. Pendant que Ferrari dessine une berline familiale électrique pour séduire les fans d’Apple, c’est Xiaomi qui dessine des Ferrari. Le monde marche un peu sur la tête.

À qui s’adresse une voiture pareille ? Pas au tifoso historique, qui regardera cette électrique comme un sacrilège et continuera de fantasmer sur une 12Cilindri. Plutôt au client tech, plus jeune, qui possède peut-être déjà une Tesla, une Xiaomi ou une Lucid et qui voit dans la Luce ce que l’Apple Car aurait pu être.

Une famille fortunée, aussi : cinq vraies places, 597 litres de coffre, c’est la première Ferrari qu’on peut emmener à Megève à cinq sans cas de conscience.

Enfin, à part pour le design qui ne vieillira peut-être pas comme une 250 GTO.

Le pari est risqué, et c’est ce qui le rend intéressant. Ferrari ne veut pas une électrique pour cocher la case : la marque veut capter une nouvelle clientèle, celle qui vibre devant une keynote autant que devant un V12. Si la Luce convainc, elle redéfinit ce qu’est une Ferrari pour la décennie qui vient. Si elle échoue, on aura quand même eu le droit à la voiture la plus apple-esque jamais sortie. Et ça, paradoxalement, c’est Tim Cook qui doit l’avoir un peu en travers de la gorge.

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