Intel rehausse ses standards de qualité, et prévoit la sanction suprême pour les employés négligents

« B0, tu gardes ton poste. Au-delà, tu es viré »

 
Nommé CEO l’année dernière, Lip-Bu Tan continue de remodeler la culture d’entreprise d’Intel. On apprend cette semaine qu’à sa demande, la firme a drastiquement rehaussé ses standards de qualité afin de garantir au maximum l’absence de bugs dans les processeurs qui entrent en production.
Lip-Bu Tan, CEO d’Intel // Source : Intel via WCCFTech

On le savait pointilleux : cette réputation se confirme. Placé en mars 2025 aux commandes d’un Intel en perdition, Lip-Bu Tan, 66 ans, a largement contribué à remettre le géant américain sur les rails.

Au-delà des nouveaux investisseurs qu’il a réussi à débusquer, et de ses arbitrages judicieux en faveur du procédé de gravure 14A (un temps sur la sellette), ou même du packaging (un autre atout sur le marché des semi-conducteurs), le nouveau dirigeant d’Intel est aussi connu pour sa grande minutie eu égard aux détails de conception des processeurs lancés ces derniers mois par l’entreprise.

On savait par exemple que Lip-Bu Tan examine et valide personnellement le design des puces avant leur mise en production, mais il s’avère que l’intéressé impose aussi, désormais, de nouvelles mesures drastiques visant à rehausser les standards de qualité d’Intel. L’objectif ? S’assurer que le design des puces soit bien exempt de bugs avant l’entrée en production de ces dernières, et ce, idéalement dès leur révision initiale « A0 ». Une validation scrupuleuse qu’Intel négligeait peut-être un peu trop par le passé.

Pas de quartier pour les employés négligents…

Pour ce faire, Lip-Bu Tan a donné des consignes strictes… sévères même pourrait-on dire. Consignes qu’il a détaillées à l’occasion d’un entretien accordé durant la dernière Global Technology, Media and Communications Conference.

« (…) J’ai mis en place une nouvelle procédure. Il faut passer directement de la version A0 à la production », a-t-il indiqué avant d’asséner. « A0, c’est quand on passe la validation dès le premier essai. Chez Intel, cette approche n’existait pas, alors je l’ai dit clairement : A0 dès le premier essai. B0, tu gardes ton poste. Au-delà, tu es viré. »

« Au début, les gens pensaient que je plaisantais, mais maintenant que j’ai commencé à mettre cela en pratique, ils se sont mis à dire : « D’accord, Lip-Bu, tu es très sérieux, tu examines vraiment en détail toute la conception, tous les bugs que nous avons essayé de corriger, ainsi que toute la propriété intellectuelle que nous utilisons. Tu t’assures que nous certifions tout cela et que nous le faisons avant de passer à la fabrication », et c’est en quelque sorte la culture [d’entreprise] dont nous avons besoin. »

Si la méthode peut paraître brutale, Lip-Bu Tan souhaite avant tout permettre à Intel de rattraper son retard face à certains concurrents, en corrigeant le relatif « laxisme » du groupe avant son arrivée.

Vue aérienne de la Fab 52 d’Intel, en Arizona // Source : Intel

Comme le souligne Tom’s Hardware, Nvidia et d’autres parviennent en effet déjà à produire en série des puces dès leur révision A0… et donc dès la fin de leur conception et de leur mise au point initiale. Or, jusqu’à présent, Intel était connu pour son approche plus lente, et pour les révisions, parfois multiples, apportées à ses designs.

Sévère, mais juste ?

Le média spécialisé rappelle par exemple que les processeurs pour serveurs Intel Xeon « Sapphire Rapids » (lancés en 2023) comportaient pas moins de 500 bugs initiaux. Il aura fallu à Intel une douzaine de révisions pour éliminer ces erreurs et atteindre les performances prévues ainsi qu’un rendement satisfaisant.

Pour contexte, ces puces « Sapphire Rapids » avaient alors connu une douzaine de révisions successives : A0, A1, B0, C0, C1, C2, D0, E0, E2, E3, E4 et E5. Désormais, Lip-Bu Tan ne semble plus tolérer que les trois premières.

Il y a fort à parier que cette exigence permettra à Intel d’améliorer sa réputation en la matière, tout en délivrant plus rapidement des puces plus sûres, mais cette approche a aussi un revers : lancer la production dès la révision A0 est extrêmement difficile sur les puces les plus complexes. Cette exigence pourrait donc conduire Intel à concevoir des processeurs moins ambitieux à l’avenir.


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