
Nvidia a confirmé à l’IFA de Berlin les caractéristiques de ses deux puces N1X, ses tout premiers processeurs pour PC Windows sur ARM. Jusque-là, ce terrain appartenait presque entièrement à Qualcomm et ses Snapdragon.
L’arrivée du spécialiste du GPU brise ce quasi-monopole. Sur le papier, la fiche est costaude : jusqu’à 20 cœurs de processeur et 6 144 cœurs graphiques.
Nvidia appelle ça un « Superchip » : une seule puce qui réunit processeur, partie graphique et mémoire unifiée (partagée entre les deux). Le principe rappelle les puces Apple Silicon, qui ont ouvert la voie du côté ARM.

Deux versions existent. La N1X 675, la plus musclée, marie un processeur Grace de 20 cœurs à un GPU Blackwell de 6 144 cœurs CUDA (les unités de calcul du GPU Nvidia), avec 24 à 128 Go de mémoire unifiée. On la retrouvera dans des portables comme dans des mini PC de bureau. La N1X 650, réservée aux portables, descend à 18 cœurs, 5 120 cœurs CUDA et 24 à 32 Go de mémoire.
Sur le nombre de cœurs, la N1X 675 (6 144 CUDA) se cale donc pile entre une RTX 5070 Ti Laptop (5 888) et une RTX 5080 Laptop (7 680), et la N1X 650 (5 120) entre une RTX 5070 Laptop (4 608) et une 5070 Ti. C’est aussi exactement le compte de la RTX 5070 desktop, ou du GB10 du DGX Spark, dont la N1X est le dérivé.

Mais le compte de cœurs ne donne qu’une vérité, et il y a trois raisons : déjà l’enveloppe thermique : la N1X a un peu plus d’unités de calcul qu’une RTX 5070 Ti Laptop, mais fonctionne avec un TDP nettement plus bas, donc des fréquences GPU plus faibles. On parle de 45 à 80 W pour toute la puce, contre jusqu’à 140 W environ pour la seule RTX 5070 Laptop dans certains PC portables.

Il y a aussi la bande passante : le GPU tape dans la mémoire LPDDR5X partagé à 273–301 Go/s environ, bien moins que la GDDR7 des portables à GPU dédié (jusqu’à 448 Go/s pour une RTX 5070 mobile). En jeu, c’est ce qui bride en premier.

Notez aussi que les jeux non natifs passent par une couche de traduction, avec la perte qui va avec. Le prototype Surface Ultra était décrit comme équivalent à une RTX 4070 desktop ou une RTX 5070 mobile. La 650 devrait tomber vers une 5060/5070 Laptop.
L’argument de Nvidia n’est pas là de toute façon : avec 128 Go partagés, le GPU voit une quantité de mémoire qu’aucune carte mobile n’approche (24 Go max sur une 5090 Laptop). C’est une puce pour faire tourner des modèles en local, qui joue « correctement » en bonus.
Face à Qualcomm et Apple, la course aux cœurs
L’écart avec la concurrence saute aux yeux. Le Snapdragon X Elite de Qualcomm plafonne à 12 cœurs de processeur, l’Apple M4 à 10 cœurs côté processeur et autant côté graphique. Nvidia mise donc sur le nombre. Sauf qu’un décompte de cœurs ne dit pas la performance réelle : la marque n’a communiqué ni les fréquences, ni le TDP (l’enveloppe de consommation, qui conditionne chaleur et autonomie). Deux inconnues qui pèsent lourd sur un PC portable. Et sur ce terrain, Windows sur ARM traîne encore des casseroles, notamment en jeu.
Pour aller plus loin
Windows sur Arm : Microsoft dit que c’est prêt, les tests de jeux disent l’inverse
Côté tarif, seul un ordre de grandeur circule : un plancher autour de 2 000 euros, chiffre avancé par plusieurs médias, mais rien n’a été officialisé. Autrement dit du très haut de gamme, loin du mini PC ARM abordable qu’on pouvait espérer. Lenovo a dégainé les premiers modèles à l’IFA, les Yoga Pro 9n et Yoga 9n 2-in-1, quand Asus a de son côté détaillé son ProArt P14. Dell, HP, MSI, Acer et Microsoft complètent la liste des partenaires. On a d’ailleurs pu approcher ces machines en avant-première : ambitieuses et prometteuses, mais pas encore la « révolution » promise.
Nvidia oblige, la puce vise aussi le jeu. La marque promet 100 images par seconde sans préciser ni le titre ni la définition. Sept éditeurs ont décidé de suivre, dont Ubisoft, Electronic Arts et Riot, et l’anti-triche Javelin d’EA a été adapté à l’architecture. C’est donc une vieille barrière du jeu sur Windows ARM qui saute.
Faut-craquer day one ? Comme d’habitude, ce n’est pas forcément une bonne idée. Quelle que soit la technologie, ce n’est presque jamais une bonne idée.
Les premiers PC arrivent en octobre, mais sans date ni prix annoncés pour la France. Nvidia les présente comme « les premiers PC Windows au monde conçus pour les agents personnels », ces assistants IA qui travaillent en arrière-plan. À ce niveau de tarif supposé, on reste loin des PC portables plus accessibles qu’on recommande d’ordinaire.
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