
La Gigafactory européenne de Tesla, en Allemagne, va pouvoir de nouveau produire des batteries après une phase de transformation et de modernisation de ses installations.
Le directeur du site, André Thierig, s’est montré enthousiaste lors d’un événement mardi dernier, affirmant que l’usine est devenue « la fabrique de batteries la plus automatisée de Tesla dans le monde ».
Certes, mais comme le rappelle le média allemand Handelsblatt, nous sommes loin des chiffres annoncés il y a cinq ans, quand l’usine n’était pas encore sortie de terre.
Du rêve de grandeur à une production finalement assez modeste
Lorsqu’Elon Musk dévoilait ses ambitions pour Berlin en novembre 2020, le dirigeant voyait les choses en grand. Il promettait une capacité de production de 100 GWh, avec même une perspective d’extension jusqu’à 250 GWh. Rien de moins que « la plus grande usine de batteries de la planète », selon ses propres termes.
Un projet pharaonique qui devait faire de l’Allemagne un pilier de l’empire Tesla. La réalité d’aujourd’hui détonne avec ces déclarations. L’usine produit désormais des batteries dans le cadre du « Projet Coyote », mais avec un détail qui change tout : les cellules utilisées ne sont pas fabriquées sur place.

Elles arrivent par convoi depuis l’usine d’Austin, au Texas. Ce sont les cellules cylindriques « 4680 », développées par Tesla, qui alimentent déjà les voitures produites aux États-Unis.
Berlin se contente donc d’un rôle d’assembleur, loin de l’intégration verticale initialement envisagée. Avant cette réorientation, le site avait déjà produit environ 100 000 unités d’un ancien modèle de batterie, avant que les installations ne soient entièrement reconfigurées.
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Aujourd’hui, les cellules des batteries LFP qui équipent le Tesla Model Y Standard proviennent du chinois CATL, tandis que les cellules des batteries NMC des Model Y Grande Autonomie et Performance sont fournies par le coréen LG. Si on ignore quelles versions du Model Y bénéficieront de ces nouvelles « 4680 », on sait qu’elles sont de chimie NMC – de quoi a priori éliminer la version Standard.

Ce revirement de situation s’explique principalement par la politique industrielle américaine. En 2022, Washington a adopté une législation offrant des avantages fiscaux considérables pour la production de batteries sur le sol américain. De quoi faire réfléchir Tesla, qui a rapidement arbitré en faveur de ses installations outre-Atlantique.
En février 2023, le ministère de l’Économie du Brandebourg, là où est implantée l’usine de Tesla en Allemagne, confirmait officiellement l’abandon des grands projets initiaux, Tesla ayant « priorisé d’autres étapes de production aux États-Unis en raison de conditions fiscales plus favorables ».
L’épée de Damoclès syndicale plane toujours
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le directeur André Thierig a ajouté une dimension pour le moins inquiétante lors de sa prise de parole : l’avenir des investissements à Berlin dépendrait du résultat des élections au comité d’entreprise prévues en mars 2026.

Une déclaration qui ressemble fort à une forme de chantage à l’emploi. Selon lui, ni Elon Musk ni le conseil d’administration ne soutiendraient le développement de l’usine si le syndicat IG Metall remportait la majorité. Cette stratégie d’intimidation reflète la posture historiquement hostile de Tesla envers les organisations syndicales, particulièrement aux États-Unis.
Rappelons que les décisions d’investissement se prennent au siège américain, pas en Allemagne, comme l’a souligné le directeur. Certes, Tesla a investi en 2025 « plusieurs centaines de millions » dans de nouveaux modèles et des projets d’automatisation à la Gigafactory de Berlin. Mais à long terme, l’usine se trouve en compétition directe avec les sites chinois et d’autres installations du groupe, où la productivité est un critère décisif.
Un avenir incertain malgré les annonces
Difficile de ne pas voir dans cette relance de la production de batteries un geste avant tout symbolique. Tesla recrute certes de nouveaux employés pour le « Projet Coyote », mais aucune confirmation n’indique que la fabrication de cellules arrivera un jour à Berlin.

L’usine reste donc dans une situation intermédiaire, dépendante de ses approvisionnements américains et soumise aux arbitrages d’un groupe dont la gestion européenne semble passer au second plan.
Pour les employés et les autorités locales qui ont misé sur Tesla, l’heure est au désenchantement. Les promesses mirobolantes se sont transformées en demi-mesures, et l’avenir du site dépend désormais autant de considérations sociales que techniques.
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