
Le Tesla Semi que nous connaissons depuis plusieurs années aux États-Unis n’aurait pas pu traverser l’Atlantique sans quelques adaptations. Les poids lourds européens répondent à des réglementations différentes, tandis que leurs usages ne sont pas exactement les mêmes. Et cela se voit immédiatement en découvrant le camion que Tesla expose et fait rouler à Hanovre.
Pour aller plus loin
J’ai passé 30 minutes à bord du Tesla Semi européen, le camion électrique le plus étonnant du moment
Pourtant, lorsque nous demandons à Dan Priestley, en charge du programme Semi chez Tesla, quelles sont les différences techniques entre les deux versions, sa réponse est sans ambiguïté : « Ils sont très similaires. Il n’y a que très peu de différences », nous explique le responsable du programme Semi.
Car il faut d’abord dissiper un malentendu. Le Semi européen n’est pas à comparer directement avec le modèle américain offrant environ 800 km d’autonomie. Il reprend en réalité la configuration du Semi Standard Range commercialisé aux États-Unis, avec la petite autonomie.

« Le groupe motopropulseur, donc les moteurs, l’implantation des essieux et la batterie sont tous les mêmes », précise Dan Priestley. Il nous confirme également que la batterie et sa capacité sont identiques, tout comme les dimensions et la plateforme du camion. Les adaptations européennes sont donc beaucoup plus limitées qu’on pourrait le penser.
Des caméras à la place des énormes rétroviseurs américains
C’est probablement la différence la plus évidente lorsque l’on découvre le Semi européen. Les imposants rétroviseurs extérieurs du camion américain ont disparu, remplacés par trois caméras, dont les images sont affichées sur les deux grands écrans disposés de part et d’autre du conducteur.

Une particularité rendue possible par la réglementation européenne. Aux États-Unis, les Semi disposent en réalité déjà de caméras installées dans les bras supportant les rétroviseurs. Tesla s’en sert pour offrir les mêmes vues au conducteur, mais également pour alimenter certaines fonctions de sécurité active. La législation américaine impose cependant de conserver en parallèle les miroirs traditionnels.
En Europe, Tesla peut donc s’en débarrasser. Depuis la position de conduite centrale du Semi, nous avons d’ailleurs pu constater l’intérêt du dispositif lors de manœuvres à très basse vitesse. Le conducteur peut agrandir certaines vues sur les écrans et notamment afficher l’avant du camion pour venir au plus près d’un obstacle.

Dan Priestley insiste également sur la visibilité directe offerte par cette architecture : le nez très court et la position centrale permettent de surveiller facilement ce qui se passe devant et de chaque côté du camion, tandis que les caméras viennent compléter les zones moins facilement visibles.
D’autres petites modifications sont aussi à relever. Dan Priestley évoque également un toit légèrement retravaillé, des bavettes arrière différentes ainsi que quelques adaptations liées aux exigences européennes en matière d’éclairage.
Pourquoi le bandeau lumineux disparaît en Europe
L’autre détail qui saute aux yeux à l’avant, c’est le bandeau lumineux horizontal du Semi américain qui a disparu, laissant place à un élément noir sur le modèle européen.
Et ce n’est pas une décision esthétique de Tesla. Interrogé sur cette disparition, Dan Priestley nous explique que ce type de bandeau lumineux n’est tout simplement pas autorisé en Europe pour un véhicule appartenant à cette catégorie de poids lourd.

Une subtilité réglementaire qui explique pourquoi Tesla peut pourtant utiliser une signature lumineuse comparable sur certaines de ses voitures. Priestley prend lui-même l’exemple du Model Y : ce qui est permis sur un véhicule plus léger ne l’est pas nécessairement sur un camion de cette catégorie. Visuellement, le Semi européen perd donc un peu de la signature futuriste de son homologue américain. Mais les différences réellement importantes se trouvent plutôt dans les chiffres annoncés par Tesla.
Pas de cabine couchette… pour le moment
Pour l’heure, une autre différence distinguera le Tesla Semi européen de celui que l’on trouve outre-Atlantique, c’est la cabine couchette. Si Tesla nous a confirmé que de nombreuses configurations sont disponibles pour le poids lourd, seule la cabine simple est pour le moment proposée sur le Vieux Continent.

Et là aussi, on peut imaginer qu’à l’instar de la version à plus grande autonomie, le constructeur cherche à sonder les besoins avant de lancer cette possibilité sur le marché.
550 km et 800 kW : Tesla n’a pas vraiment bridé le Semi européen
Tesla annonce en effet environ 550 km d’autonomie pour son Semi européen, contre environ 800 km pour la version américaine la plus endurante. Même constat concernant la recharge : notre modèle plafonne à 800 kW, quand Tesla communique sur une puissance pouvant atteindre 1,2 MW outre-Atlantique.
« C’est le même groupe motopropulseur, la même batterie et les mêmes performances de recharge », nous explique l’homme en charge du Semi. Et les 1,2 MW concernent le Long Range américain, celui qui peut parcourir environ 800 km.
Tesla estime surtout que cette grosse batterie supplémentaire n’est pas nécessaire pour répondre aux besoins européens. Dan Priestley avance deux différences avec les États-Unis : les vitesses pratiquées y sont plus élevées et les conducteurs peuvent conduire plus longtemps avant de devoir s’arrêter. Le constructeur considère donc que davantage d’énergie embarquée est nécessaire sur le marché américain, tandis que le Standard Range correspondrait mieux aux opérations européennes.
Cela ne signifie pas qu’un Semi Long Range n’arrivera jamais chez nous. Mais Tesla n’en fait clairement pas une priorité. Interrogé directement sur cette possibilité, Dan Priestley nous a indiqué que le constructeur regarderait évidemment si une telle version avait du sens à l’avenir, tout en précisant qu’il n’existait « aucun projet immédiat » pour la commercialiser en Europe.
Un Semi bientôt produit en Europe ?
Enfin, même lorsqu’il s’agit de sa fabrication, le Semi européen ne se distinguera pas encore de son cousin américain. Dan Priestley nous a confirmé que les premiers exemplaires livrés en Europe sortiront de l’usine Tesla de Reno, dans le Nevada, où le constructeur prévoit une capacité de production de 50 000 camions par an.
Tesla n’exclut toutefois pas de rapprocher progressivement la production de ses marchés. Priestley évoque à plus long terme une possible localisation de la chaîne d’approvisionnement, voire de la production complète, en fonction de la montée en puissance du Semi. Mais pour son lancement, le camion européen restera donc essentiellement un Semi américain : même plateforme, même batterie, mêmes performances et même usine, avec seulement les adaptations nécessaires à nos routes et à notre réglementation.
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