« C’est impossible à faire » : comment Volkswagen a réussi à produire 4 citadines électriques à 25 000 € en Europe

 
Volkswagen ID. Polo et ID. Cross, Cupra Raval et Skoda Epiq : en 2026, le groupe Volkswagen a sorti quatre citadines électriques produites en Europe et vendues à partir de 25 000 euros. Un projet qui a nécessité un changement profond des méthodes de travail, comme nous l’ont expliqué plusieurs grands dirigeants du groupe.
Les citadines électriques de Volkswagen (Cupra Raval, Volkswagen ID. Polo, Skoda Epiq, Volkswagen ID. Cross) // Source : Volkswagen Group

Le sujet a fait le tour des médias : le groupe Volkswagen est en pleine restructuration, avec 50 000 suppressions de postes programmées et plusieurs usines allemandes menacées, le tout dans un contexte de ventes en baisse, notamment à cause de parts de marché en chute libre en Chine.

Un avenir morose pour le groupe allemand, donc ? Pas forcément : en marge du Mondial de l’Automobile, Volkswagen nous a invités à une conférence baptisée « For Europe » ; parmi les sujets abordés, celui des citadines électriques de la marque (Volkswagen ID. Polo et ID. Cross, Cupra Raval, Skoda Epiq), assemblées en Espagne et démarrant sous les 25 000 euros.

Une équation pas simple, que le groupe semble pourtant avoir résolue. Plusieurs dirigeants du groupe, dont Thomas Schäfer (CEO de la marque Volkswagen), Arno Antlitz (directeur financier et des opérations du groupe Volkswagen), Andreas Mindt (directeur du design du groupe Volkswagen) et Oliver Blume (CEO du groupe Volkswagen), nous ont expliqué les coulisses du projet.

600 millions d’euros d’économies

Développer et produire une citadine électrique en Europe ? « Pendant des années, la réponse honnête dans notre industrie était : « C’est impossible à faire ». », prévient d’entrée Thomas Schäfer. « C’est trop cher à développer, c’est trop cher à construire ici, trop peu de marge, en particulier pour les petites voitures électriques… Et nous avons entrepris de prouver le contraire. »

Volkswagen ID. Polo // Source : Volkswagen

Le projet « Electric Urban Car Family » naît dans ce contexte. Chapeauté par Cupra, il vise à créer une nouvelle gamme de citadines électriques pour les marques du pôle « Core » du groupe (Volkswagen, Seat/Cupra et Skoda).

Dès le départ, un mot d’ordre : maximiser les synergies et rapprocher les marques. « Pendant longtemps, nous avons géré nos marques comme des entreprises distinctes qui partageaient simplement un parking », explique avec un brin d’ironie Thomas Schäfer.

Plateforme MEB+ // Source : Volkswagen

Grâce à une plateforme commune (la MEB+, à moteur et traction avant), les quatre voitures partagent plus de 80 % de leurs composants et technologies.

Avec des gains très concrets, comme l’explique Thomas Schäfer : « Quand vous achetez pour quatre voitures et trois marques, vous achetez à une échelle complètement différente. Cela nous donne une structure de coûts qui rend enfin une petite voiture électrique viable en Europe. »

Reste l’assemblage final, réparti sur deux usines espagnoles : les citadines (ID. Polo et Raval) sortent de Martorell, près de Barcelone, tandis que les SUV (ID. Cross et Epiq) sont assemblés à Pampelune. D’où ce slogan accrocheur résumant le programme, martelé par Arno Antlitz : « 4 voitures, 3 marques, 2 usines, 1 plateforme. »

Production du Volkswagen ID. Cross à Pampelune // Source : Volkswagen

Le groupe chiffre à 600 millions d’euros les économies permises par cette mutualisation des achats et du développement.

Quatre voitures bien distinctes

Avec autant de pièces communes, on pourrait logiquement s’attendre à quatre clones, qui ne se distingueraient que par quelques détails.

Skoda Epiq // Crédit : Skoda

C’est au final plutôt l’inverse, comme le confirme Thomas Schäfer : cette décision « nous libère pour investir là où les clients le ressentent vraiment : dans le design, l’expérience de conduite et le caractère de chaque marque. »

Et chaque directeur du design de monter sur scène expliquer les grandes lignes de leurs marques. Chez Skoda, il faut de la robustesse, du pragmatisme, de la rationalité et de l’espace ; chez Cupra, on parle plus au cœur et aux émotions, avec un design beaucoup plus fort et marqué.

Cupra Raval // Source : Cupra

Enfin, chez Volkswagen, on se revendique avec fierté comme la « marque du peuple » avec des voitures qui inspirent aussi bien de la confiance que de la sympathie, sans oublier un soin du détail apporté à divers éléments (versions GTI, affichage rétro des compteurs, etc).

Cette philosophie se traduit également côté conduite et comportement routier. Nos premiers essais le confirment : la Cupra Raval met les sensations de conduite au premier plan, tandis que l’ID. Polo préfère jouer une partition rassurante et saine en toutes circonstances.

Un succès commercial…

Des voitures intelligemment développées et différenciées, donc. Reste la question la plus basique et la plus cruciale dans l’industrie : trouvent-elles leurs clients ?

La Cupra Raval et la Volkswagen ID. Polo sont produites à Martorell en Espagne // Source : Volkswagen Group

La réponse semble être oui : le groupe Volkswagen a profité du Mondial pour annoncer que près de 150 000 commandes avaient déjà été engrangées pour l’ensemble de ses citadines, dont 50 000 rien que pour l’ID. Polo.

En France, Volkswagen a récemment communiqué sur plus de 5 000 commandes de Polo électriques engrangées rien que sur le mois de septembre et plus de 10 000 depuis l’ouverture des commandes, soit une performance jamais vue depuis 2017.

…déjà vu chez Renault

Reste qu’une citadine électrique développée et produite en Europe et démarrant sous les 25 000 euros… on a déjà vu ça. Nous parlons évidemment de la Renault 5 E-Tech, fabriquée à Douai, et dont le succès commercial n’est plus à prouver.

Fabrication de la R5 à Douai // Source : Renault

Ajoutons à cela que Renault a développé sa R5 seul, même si des partenariats (Nissan avec la Micra et bientôt Ford) permettent d’alléger la facture.

Ne boudons tout de même pas notre plaisir : cette nouvelle génération de citadines électriques reste une bonne nouvelle, aussi bien pour l’industrie automobile européenne que pour l’électrification du secteur. Et la preuve que l’Europe n’a pas encore tout perdu face à la Chine dans le domaine.


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