
Quand on suit de près l’actualité du jeu vidéo, en particulier sur PC, difficile de passer à côté du gain en popularité de GNU/Linux, notamment depuis l’arrivée de SteamOS et du Steam Deck.
Après avoir abandonné Google, puis plusieurs services appartenant à des géants américains, je me suis demandé : pourquoi ne pas remplacer Windows ?
Après six mois passés sur GNU/Linux, la transition est réellement devenue possible, mais Windows garde encore certains avantages.
Quel Linux choisir ?
Si vous décidez d’installer Linux sur votre PC, vous allez forcément être confronté à la question : quelle distribution choisir ? En effet, Linux représente seulement le noyau libre, mais il existe sous une myriade de saveurs différentes, avec de vrais choix technologiques sous-jacents et des interfaces radicalement différentes.
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Il y a des distributions populaires et généralistes comme Mint ou Ubuntu, et des distributions plus spécialisées, comme Bazzite pour le jeu vidéo.
Pour ma part, j’ai fait le choix de Fedora. Il s’agit de l’une des distributions les plus populaires, donc avec une grande communauté et des tonnes de tutoriels en ligne. Elle est conçue pour être à la pointe de ce que propose l’écosystème Linux en matière de technologie, avec des mises à jour très fréquentes. En matière d’interface, sa version principale est basée sur Gnome, qui est l’environnement que je préfère, face à un KDE plus proche du Windows des années 2000.
Installation dans la douleur
C’est un fait, aujourd’hui, Linux est surtout installé par des particuliers sur des machines vendues avec Windows. Rares sont les PC vendus avec Linux nativement. C’est justement le contrepied assumé du Steam Deck ou de la Steam Machine.
Le téléchargement de Fedora et la création d’une clé USB capable d’installer le système se font facilement. Je ne peux pas en dire autant de l’installation elle-même.
L’installation de Fedora sur un PC existant sous Windows s’est faite dans la douleur pour ma part. Je suis pourtant loin d’être un novice quand il s’agit de configurer un ordinateur.
Le problème
Ce qui m’a posé problème : l’installation des pilotes Nvidia.
Il faut savoir que Nvidia supporte très mal l’environnement Linux pour le moment. C’est pour cela que les machines Steam utilisent un processeur et une puce graphique AMD.
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Nvidia propose bien des pilotes pour Linux, mais ils reposent sur un code source seulement partiellement ouvert, ce qui pose des problèmes d’incompatibilité et rend dépendant du bon vouloir de Nvidia de corriger certains bugs.
Dans mon cas, j’ai en plus souhaité garder la fonction Secure Boot activée. Cette option de sécurité UEFI permet de vérifier que le système lancé au démarrage est correctement signé numériquement. En d’autres termes, et pour simplifier, qu’un virus n’est pas lancé au démarrage dans votre dos.


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La solution
Pour installer correctement les pilotes Nvidia, j’ai dû utiliser le terminal et écrire des lignes de commande. À ce stade, je pense que l’on a déjà perdu une grande partie des utilisateurs. On est loin du driver Nvidia à télécharger sur le site de la marque et à installer en cliquant quelques fois sur « suivant ».

De plus, l’installation du pilote procède à une modification du noyau Linux. Il faut renouveler cette modification à chaque mise à jour du noyau Linux, ce qui arrive régulièrement. Le noyau modifié doit, de plus, être signé numériquement pour passer la vérification Secure Boot.
Malgré l’installation des pilotes en suivant les instructions officielles, j’ai quand même rencontré des problèmes d’optimisation dans Linux. Par exemple, l’accélération graphique n’était pas disponible dans Discord, Chrome et Steam.
Pour régler le problème, j’ai à nouveau dû faire des bidouilles techniques : désactiver le GPU intégré AMD dans les paramètres UEFI et ajouter le paramètre « nvidia-drm.modeset=1 nvidia.NVreg_EnableGpuFirmware=0 » dans le fichier « /etc/default/grub ». Un paramètre influençant le boot de Linux.
Fedora : un système moderne et accueillant
Passés ces quelques couacs de première configuration, un problème qui m’a fait grincer des dents les premiers jours le temps de trouver la bonne configuration, on découvre et on apprécie la modernité de Fedora.

Avec l’environnement Gnome, et Wayland comme moteur sous le capot, Fedora n’a pas à rougir des systèmes Windows et macOS.
Bureau, explorateur de fichiers, dock pour gérer les fenêtres, zone de notification, on retrouve très vite nos habitudes. La force de Linux c’est aussi sa belle modularité. J’ai pu très facilement adapter le système à mes besoins en installant des extensions.

À l’image des extensions sur Google Chrome, les extensions sur Gnome permettent de modifier le comportement ou d’ajouter des fonctions à Fedora. Ça s’installe ou se désinstalle d’un clic.
Le jeu vidéo sous Linux
J’ai déjà utilisé Linux dans ma jeunesse, mais chacun de mes essais avait rapidement été abandonné du fait de l’impossibilité de jouer aux jeux vidéo historiquement.
Les choses ont changé, et pour le mieux. Aujourd’hui, jouer sur un PC sous Linux est devenu simple, ridiculement simple même.

Valve a développé une couche de compatibilité appelée Proton et mise à jour très régulièrement. Un site, protonDB, permet de vérifier la compatibilité d’un jeu Steam et pour les joueurs de s’échanger des astuces d’optimisation.
Très concrètement, vous installez le jeu, vous le lancez, et la plupart du temps, cela tournera sans problème. Parfois, il faudra seulement ajouter une option spéciale de lancement dans les paramètres de Steam.
Et si vous avez un jeu PC qui ne tourne pas sur Steam ? D’autres lanceurs comme Heroic et Lutris permettent de gérer les jeux Battle.net, GOG, Epic Games ou Ubisoft. Le plus simple reste de passer par des jeux Steam. Valve a réussi son coup : j’ai de nouveau envie de mettre la priorité sur l’achat de jeux sur Steam directement.
Les performances sont au rendez-vous. Mon PC étant équipé d’une GeForce 5080, le contraire aurait immédiatement démontré un problème.
Travailler sous Linux
Mon PC de bureau me sert également à télétravailler. Il est donc primordial que je puisse travailler depuis Linux.
Heureusement, je travaille surtout avec des outils en ligne comme Wordpress ou Canva, et je peux donc facilement passer d’un système à un autre.
Si vous avez des applications métier plus lourdes, vous risquez d’être vite freiné par le manque de support de Linux dans certains domaines.
Ce qui ne marche pas
Aujourd’hui, après six mois d’essai, je peux l’affirmer : impossible pour moi de remplacer 100 % Windows. Certains usages ne fonctionnent vraiment pas sous Linux pour le moment.
Le premier d’entre eux, c’est le streaming avec l’outil OBS. En fait, je suis dans l’écosystème Elgato avec une caméra, un Wave XLR et un Stream Deck de la marque. Le support sous Windows est très bon, mais la marque ne propose rien sous GNU/Linux. Combiné avec le manque de support de Nvidia, cela me pose deux problèmes.

Le fond vert artificiel créé par Elgato Virtual Camera (en utilisant les API Nvidia Broadcast) n’existe pas sous Linux. Il faut utiliser un plugin OBS pour essayer d’imiter ce fonctionnement, mais les performances ne sont pas au rendez-vous.
Autre problème : le routing audio sous Linux est notoirement complexe à gérer. Sur Windows, Elgato Wave Link me permet de gérer le son de Discord, des jeux vidéo, du navigateur, de mon microphone, sur des pistes indépendantes et de les partager ou non avec OBS. C’est super pratique. En six mois, je n’ai trouvé aucun outil sous Linux permettant de répliquer ces fonctions.
Concrètement, je redémarre sous Windows dès que je dois faire un live Twitch avec OBS ou enregistrer un podcast. Ce sont des aspects de mon métier, même si cela ne relève pas du quotidien.

Concernant l’usage jeu vidéo, dans mon cas personnel, tout fonctionnait parfaitement. J’ai pu jouer à mes jeux préférés comme à de nouveaux jeux, et même des jeux multijoueurs compétitifs comme Marvel Rivals ou Overwatch 2. Mais il faut le souligner : il y a des jeux très populaires comme Battlefield 6, Call of Dutyou Fortnite qui sont totalement incompatibles avec Linux.
Linux est-il prêt ?
Aujourd’hui, après avoir testé Linux pendant 6 mois, je ne crois pas pouvoir recommander aveuglément l’utilisation de Linux à la place de Windows à madame et monsieur Tout-le-monde.
Il est encore trop fréquent d’avoir besoin de chercher des informations techniques, d’utiliser des lignes de commandes, et de maîtriser l’anglais le plus souvent pour dépanner des sujets techniques.
Mais il faut tout de même constater le progrès réalisé par Linux en l’espace de quelques années. Je ne peux pas le recommander à n’importe qui, mais n’importe qui peut aujourd’hui se donner les moyens de maîtriser Linux.
L’installation, la configuration et l’utilisation au quotidien ont largement été simplifiées. Le plus impressionnant reste selon moi la capacité à faire tourner des jeux vidéo Windows avec des performances bluffantes, malgré l’utilisation d’une couche de compatibilité.
Pour peu que l’on soit un minimum technophile ou débrouillard et que l’on comprenne un peu l’anglais, on peut réellement faire de Linux une machine du quotidien. Pour ma part, Linux est devenu le système que je démarre par défaut et que je garde 80 % du temps, je ne compte pas revenir en arrière.
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