On a installé SteamOS sur un PC incompatible grâce à Claude Code : voilà ce qu’on a appris

Console gratuite, vraiment ?

 
On a passé trois semaines à installer SteamOS de Valve sur un Dell XPS 15 de 2018 doté de puces graphiques Intel et Nvidia que Valve ne prend pas officiellement en charge. Petit récit de nos bidouillages bien aidés par l’IA Claude.

Si un vieux PC portable prend la poussière chez vous, l’idée de notre collègue Robin Wycke, vidéaste chez Frandroid, pourrait vous plaire. Il a transformé son Dell XPS 15 de 2018 en console de jeu en y installant gratuitement SteamOS, le système de Valve qui fait tourner les Steam Deck. Sur le papier, l’opération est impossible. L’ordinateur choisi embarque une carte graphique Nvidia, que SteamOS ne prend pas en charge, et une puce graphique Intel, que Valve ne recommande pas.

Robin y est pourtant parvenu avec Claude Code, l’assistant de programmation d’Anthropic. Il raconte ces trois semaines de bidouille dans dans une vidéo publiée sur Frandroid.

Pourquoi s’embêter avec SteamOS ? Son mode console, celui du Steam Deck, se pilote entièrement à la manette, avec des menus clairs et débarrassés des fenêtres qui demandent une autorisation à chaque lancement. Lancer un jeu PC depuis cette interface ressemble plus à allumer une console qu’à démarrer un ordinateur.

Notre collègue aurait pu passer par Bazzite. Cette distribution Linux basée sur Fedora imite très bien SteamOS et accepte les cartes graphiques Nvidia. Lui voulait le système officiel de Valve, sur une machine pour laquelle il n’a jamais été prévu. C’est pour cela qu’il parle du « vrai SteamOS » tout au long de la vidéo.

Notre PC incompatible avec SteamOS

La machine en question est un Dell XPS 15 9570 sorti en 2018. Il embarque un processeur Intel Core i7-8750H, une puce graphique intégrée Intel UHD 630 et une carte graphique dédiée Nvidia GeForce GTX 1050 Ti Max-Q, la version basse consommation prévue pour les PC portables. Son écran de 15,6 pouces affiche en 4K.

La carte Nvidia pose le plus gros problème. SteamOS a été pensé pour le Steam Deck et la Steam Machine, deux appareils entièrement AMD, et il n’embarque aucun pilote Nvidia. Le pilote est la couche logicielle qui permet au système de communiquer avec un composant. Sans lui, la GTX 1050 Ti ne sert à rien, et les jeux se rabattent sur la petite puce Intel.

Valve a pourtant commencé à ouvrir son système. Depuis fin juin, SteamOS 3.8 s’installe officiellement sur les PC équipés d’une puce graphique AMD. Pour Nvidia, en revanche, aucune version publique de SteamOS ne prend encore ses cartes en charge.

Un pilote de 880 mégaoctets qui ne rentre pas dans le système

L’installation ressemble à celle de Windows sur un PC neuf. Robin a téléchargé gratuitement sur le site de Valve l’image officielle de SteamOS, le fichier qui sert à réinstaller un Steam Deck, puis l’a copiée sur une clé USB bootable. Quelques réglages dans le BIOS, le menu de configuration de la carte mère, un démarrage sur la clé, et SteamOS était installé.

Sous Windows, faire fonctionner une carte Nvidia demande simplement d’installer son pilote. On le trouve facilement en ligne, mais SteamOS refuse de l’accueillir. Sa partie système fait 5 gigaoctets, elle est en lecture seule et Valve la remplace entièrement à chaque mise à jour. C’est pratique pour une console qu’on ne veut pas voir cassée, beaucoup moins quand on veut y ajouter quelque chose.

Ce verrouillage complique aussi la tâche de Valve. Les pilotes AMD et Intel sont open source et déjà intégrés au système, alors que ceux de Nvidia sont propriétaires, ce qui pose un tout autre problème sur un système en lecture seule.

Le pilote Nvidia pèse 880 mégaoctets, et la partition système est déjà pleine à ras bord. Notre collègue a alors fait appel à Claude, l’assistant IA d’Anthropic, en lui donnant tous les droits d’administrateur sur la machine. Sur un PC qui contient vos données, on y réfléchirait à deux fois, mais celui-ci ne servait plus.

Claude a installé le pilote dans la partition personnelle, celle où il reste de la place et qu’on a le droit de modifier. Sur la partition système, il n’a laissé que des raccourcis qui pointent vers le pilote, avec un script qui les recrée automatiquement après chaque mise à jour.

Et ça marche : SteamOS affiche bien une Nvidia GeForce GTX 1050 Ti, et les performances en jeu ont fait un bond.

Gamescope, le vrai mur du mode console

Le mode console, lui, a tout de suite posé problème. L’interface manette tournait entre 10 et 15 images par seconde (FPS), et faire défiler sa bibliothèque de jeux devenait un diaporama.

En jeu, avec une limite pourtant réglée à 60 FPS, les titres plafonnaient à 15 FPS, et à 45 FPS une fois la limite coupée. Le même jeu lancé depuis le mode bureau de SteamOS, l’interface façon PC qu’on trouve aussi sur le Steam Deck, tournait à 70 FPS. La machine, le jeu et les réglages étaient pourtant identiques.

Robin a d’abord voulu faire tourner l’interface sur la carte Nvidia plutôt que sur la puce Intel. Claude a modifié les fichiers de démarrage de SteamOS, et le PC n’a plus affiché qu’un écran noir à chaque démarrage. Il a fallu deux heures pour s’en sortir sans tout réinstaller.

Pour réparer, Robin a redémarré sur la clé USB d’installation, qui contient un petit système Linux, et y a installé une autre instance de Claude. Cette seconde IA a annulé les dernières modifications de la première sur le SSD, le stockage de l’ordinateur. Depuis, la machine démarre directement en mode bureau.

Après de nombreux allers-retours avec Claude, Robin a identifié le coupable, Gamescope, le programme qui fait tourner le mode console. Il dessine l’interface, assemble l’image et corrige les couleurs de l’écran. Sur le Steam Deck, la puce AMD contient un petit circuit qui fait cette correction quasi instantanément.

La puce Intel sait faire la même chose, mais Gamescope ne sait pas le lui demander. Il fait donc le calcul de façon logicielle, pixel par pixel, sur une image 4K. Cette étape prend 60 millisecondes par image, alors qu’il faut calculer chaque image en 16,7 millisecondes au maximum pour tenir 60 FPS. La correction des couleurs consomme à elle seule près de quatre fois ce budget.

Couper la correction fait passer l’interface de 10 à 20-30 FPS, mais les couleurs deviennent si sombres qu’on ne distingue plus rien à l’écran. Claude a donc adapté Gamescope pour confier ce calcul à la puce Intel.

Les premières tentatives donnaient une image toujours trop sombre. Le logiciel sautait une dernière conversion, une courbe gamma qui règle la luminosité des tons intermédiaires, et les gris moyens perdaient plus de la moitié de leur valeur. Une seule ligne de code a corrigé le problème, pour 30 FPS avec des couleurs justes

Avec correction des couleurs
Sans correction des couleurs

Il restait la définition. L’écran de l’XPS n’annonce qu’une seule définition à Gamescope, 3 840 x 2 160 pixels, et Gamescope calcule donc tout en 4K. La puce Intel sait pourtant produire une image en Full HD (1 920 x 1 080 pixels) et l’agrandir à tout l’écran, comme le montre le mode bureau. Il manquait à Gamescope quelques lignes de code pour le demander.

Sur un écran de 15,6 pouces, le Full HD reste largement acceptable. En combinant cette baisse de définition et la correction des couleurs confiée à la puce Intel, l’interface est passée de 10 à 60 FPS.

Chaque correctif fait apparaître un nouveau bug

L’interface garde des bugs graphiques et une fluidité qui varie. Ouvrir le menu Steam demande à Gamescope de flouter tout l’arrière-plan, ce qui double le coût de chaque image et fait retomber l’affichage à 20 FPS. Bouger la souris le fait chuter à 25 FPS, alors que la navigation au clavier ou à la manette tient les 60.

En jeu, ce n’est pas mieux. Sur le test de performances intégré à Rise of the Tomb Raider, le jeu tourne 18 % moins vite en mode console qu’en mode bureau, avec exactement les mêmes réglages. Outer Wilds tombe à 40 FPS au lieu de 60, la limite de l’écran.

Ce dernier cas reste inexpliqué. Le graphique du temps d’affichage de chaque image montre des valeurs qui sautent de 8 à 42 millisecondes, et la carte Nvidia ne travaille qu’à 58 % de sa capacité, faute de recevoir du travail assez vite. Dès que Robin ouvre le menu des réglages rapides, la courbe se stabilise et le jeu remonte à 60 FPS.

Notre collègue est alors allé voir où en était Bazzite. Le projet réunit une vingtaine de développeurs et près de 200 contributeurs, avec le même objectif que lui. Sur les PC équipés d’une carte Nvidia, son mode console, lui aussi basé sur Gamescope, ne fonctionne pas non plus, et la solution recommandée par l’équipe est d’utiliser le mode bureau.

Robin a donc choisi de contourner Gamescope. Le mode console associe Gamescope et Big Picture, l’interface plein écran de Steam pensée pour la manette. Or Big Picture lancé depuis le mode bureau tourne bien, même en 4K, sans souci de couleurs ni correctif.

Claude a configuré le PC pour démarrer en mode bureau et lancer Big Picture aussitôt. Pour cacher les quelques secondes où le bureau reste visible, l’IA a même ajouté un écran de chargement plein écran personnalisé, affiché le temps que Big Picture démarre.

Sans Gamescope, le panneau des réglages rapides est bien moins complet qu’en mode console. Pour connecter une manette ou un casque Bluetooth, il faut repasser par l’interface bureau, peu pratique à la manette. Surtout, la mise en veille avec reprise directe dans le jeu disparaît, alors qu’elle rapproche beaucoup SteamOS d’une console.

Tout ça pour faire comme Windows ?

Robin le reconnaît sans détour : un PC sous Windows fait à peu près la même chose, en beaucoup plus simple. Dans les paramètres de Steam, rubrique Interface, il suffit de cocher deux cases, l’une pour lancer Steam au démarrage de l’ordinateur, l’autre pour l’ouvrir directement en mode Big Picture.

Robin en retient surtout ce qui fait l’intérêt de SteamOS. Le mode bureau et Proton, la couche logicielle qui fait tourner les jeux Windows sous Linux, existent aussi sur d’autres distributions. Le mode console Gamescope, lui, rend le jeu sur PC aussi simple que d’allumer une PS5.

À lire aussi :
Comment installer SteamOS sur son PC ? Le guide complet, étape par étape

Valve travaille de son côté avec Nvidia et Intel. Dans une interview à The Verge publiée le 22 juin, l’ingénieur de Valve Pierre-Loup Griffais a indiqué qu’« une équipe grandissante » travaillait sur les pilotes Nvidia pour SteamOS, en collaboration étroite avec Nvidia. Côté Intel, SteamOS 3.8 intègre déjà un premier firmware pour de futures consoles portables équipées de ses puces.

Pour les cartes Nvidia, il faudra encore patienter. Pierre-Loup Griffais a prévenu que leur prise en charge n’arriverait peut-être pas en 2026, et TechSpot table plutôt sur 2027 au plus tôt.


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