N’y a-t-il qu’Apple et Samsung pour imposer de nouveaux formats ?

 

Le marché saturé des smartphones doit se réinventer et le format pliable semble en être le renouveau, mais quels constructeurs pourront le faire vraiment décoller ? Réflexion.

L’offre de smartphones n’a jamais été aussi large. Il existe en 2020 des smartphones de toutes les tailles, pliables ou non, rotatifs ou pas. Pourtant, ces incursions sur le terrain des nouveaux usages sont rarement suivies d’une adoption en masse par les utilisateurs. La faute à un prix relativement salé, déjà (on se souvient du Galaxy Fold facturé 2020 euros), mais aussi à la question fatidique qui anime absolument n’importe quel utilisateur passées les 15 premières minutes de découverte de l’appareil :

OK, c’est sympa, mais on fait quoi avec ?

Le cas iPad

Si l’on se replonge dans nos souvenirs, cette même question s’était posée vis-à-vis de l’iPad dès sa commercialisation, en 2010. Le format tablette de 9,7” était né 3 ans après l’iPhone, la légende racontant même que Jobs avait d’abord pensé à l’iPad et s’était rabattu sur le format de l’iPhone devant le défi technologique, insurmontable à l’époque. Il n’empêche qu’après l’émerveillement initial devant la dalle IPS lumineuse et la fluidité de l’ensemble, nombre de tests s’étaient terminés par des formules du style « on verra ce que le futur apportera, parce qu’en l’état, un appareil de cette taille ne sert qu’à consommer des vidéos et de la BD ».

Dix ans plus tard, le format s’est agrandi, réduit, décliné en gammes diverses (assez illisibles pendant quelques années) puis a finalement trouvé sa place grâce aux apps prenant en compte les spécificités propres à l’appareil. Dire qu’Apple a insisté envers et contre tous serait un euphémisme. De nombreux observateurs prédisaient même un abandon pur et simple de la gamme lorsque les ventes ont reculé de 23 % en 2015, la faute à un cycle de vie pas clairement défini et des limitations d’entrées/sorties physiques et logicielles empêchant la tablette d’être utilisée comme l’appareil de « l’ère Post-PC » qu’il était supposé incarner.

Mais si l’iPad a pu rencontrer son destin, c’est parce qu’Apple s’est donné les moyens de lui assurer la longévité nécessaire pour que les développeurs puissent le considérer comme une plateforme viable en termes de revenus et de commencer à développer dessus pour générer des revenus lucratifs.

Nouveau format = nouveau marché

L’aspect financier reste en effet le nerf de la guerre dans l’adoption de formats atypiques, aussi bien côté utilisateurs que développeurs. Et si Apple a tenu bon pour la tablette, on ne peut pas dire qu’à Cupertino on soit très motivé pour se lancer dans la course aux smartphones à écrans pliables (ou pliants). Sur ce domaine, c’est Samsung qui règne en maître. Les Galaxy Z Fold 1 et 2 et le Z Flip sont autant d’incursions sur un territoire vierge de toute concurrence quand, sur Android, le marché des autres formats plus « classiques » ressemble à un panier de crabes.

Mais pour que ces appareils transcendent leur statut de gimmicks onéreux, il faut les pérenniser et sur une plateforme où l’OS et le hardware ne sont pas gérés par les mêmes acteurs, l’adoption peut être longue. Très longue. Et assez chaotique. Lorsque Samsung a sorti sa gamme Note dotée d’écrans de grande taille par exemple, la gestion du mode multifenêtre proposé par Samsung a dû attendre une prise en charge native d’Android pour enfin être intégrée de manière plus systématique par les développeurs.

Le constructeur coréen a compris la leçon et en 2018, lorsque l’écran Infinity Flex Display qui équipe le Fold a été présenté, Samsung a pris soin de le faire conjointement avec Google.

Surface Duo, Fiasco Solo

Dès lors, ceci nous amène inévitablement à nous demander si un constructeur peut imposer sa seule vision d’un appareil lorsqu’elle s’éloigne des canons imposés par une plateforme tenue par un tiers. Récemment c’est Microsoft qui s’est cassé les dents sur le sujet avec le Surface Duo. Si les projets Courier et Andromeda dont le Duo est l’héritier avaient été bien accueillis à leur époque, tous les tests s’accordent pourtant à dire que si le matériel pose déjà quelques soucis en termes de performances et d’ergonomie, c’est surtout au niveau logiciel que l’ensemble pêche.


La revue de tests disponible sur Frandroid est éloquente : Android n’est pas prêt pour le Duo, les apps peinent à utiliser correctement la surface d’affichage disponible, les bugs sont légion et, globalement, on ne voit pas trop l’intérêt de débourser les 1400 dollars demandés en caisse hormis pour la consommation de contenu vidéo en multitâche, soit un constat à peu près similaire à celui de l’iPad, mais 10 ans plus tard.

Ce genre de retour n’est pas pour rassurer les devs qui vont sûrement attendre avant de se lancer dans le développement d’applications tirant spécifiquement parti du hardware du mobile de Microsoft. Et on tombe dans un cercle vicieux. Les tests conseillent d’attendre la V2, mais, comme le rappelle Ulrich, les griefs que l’on oppose au Duo sont pour certains similaires à ceux que l’on peut lire sur le Galaxy Fold 2 pourtant épaulé par Google. La preuve qu’une seconde version ne corrige pas forcément tout. La question qui se pose est donc la suivante : Microsoft ou Samsung auront-ils la patience d’attendre le temps qu’il faut pour que leurs produits arrivent à maturité et trouvent leur clientèle ?

Samsung dispose de la puissance de frappe nécessaire et d’une présence sur tous les segments du marché des smartphones sous Android. Pour Microsoft en revanche, seul le segment haut de gamme semble digne d’intérêt et il va être difficile pour la firme de Redmond de se positionner à ce niveau de prix quand on a tout à prouver.

Notons que malgré les efforts notables de Google, le revenu moyen par utilisateur sur Android est toujours bien inférieur à celui d’iOS, ce qui peut constituer un frein majeur à la prise de risque des développeurs. La solution la plus rentable probable pour amorcer la pompe est donc que les constructeurs, Microsoft en tête, financent généreusement les devs pour les inciter à produire des apps tirant parti des spécificités de leur hardware.

À l’Est, du Nouveau ?

On sait que Microsoft a les moyens, mais en a-t-il seulement l’envie ? Le Surface Duo, initialement prévu pour utiliser Windows Phone (RIP) n’est-il qu’une tentative précipitée de sortir un produit sur Android pour tester le marché et passer à autre chose ou Microsoft compte-t-il assurer le support et un éventuel successeur en 2021 ? Face à Samsung il n’y a guère que Huawei qui peut tenter quelque chose grâce à l’aura dont jouit le constructeur en Chine et la taille gigantesque du seul marché domestique chinois.

On a vu avec le Mate X que la firme chinoise était capable de sortir des formats différents, il n’y a plus qu’à attendre qu’ils trouvent des designers ayant du goût…

Ne retenez pas votre respiration, il est possible qu’on attende longtemps.

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