
On déambulait dans les allées de VivaTech, et là, un crossover électrique plutôt réussi, logo inconnu, sur lequel on peut monter. Le badge dit « Foxtron ». On cherche dans sa mémoire, on sèche. Le nom ne dit rien, et c’est normal : la marque vend ses voitures à Taïwan, pas en France. Mais le groupe derrière, lui, on le connaît très bien, même si on l’ignore. C’est celui qui visse les iPhone.
Foxtron est la branche automobile de Foxconn, de son vrai nom Hon Hai. C’est aussi une coentreprise avec le constructeur taïwanais Yulon. Le plus gros assembleur d’électronique de la planète, celui qui fabrique l’essentiel des iPhone d’Apple, faisait à VivaTech ses grands débuts européens. Et il n’est pas venu les mains vides.
Sur le stand, deux voitures électriques : la Model B, vendue à Taïwan sous le nom BRIA, un crossover de 4,3 mètres, du gabarit d’une Volkswagen Golf, doté d’une batterie de 57,7 kWh et d’une autonomie annoncée jusqu’à 516 km.

À côté, la Model D, un monospace de plus de 5 mètres dessiné par le carrossier italien Pininfarina. Le tout entouré de serveurs d’IA et d’un robot humanoïde, histoire de bien faire passer le message : Foxconn, ce n’est plus seulement l’usine à iPhone.

Foxconn ne veut pas vous vendre des voitures, il veut les fabriquer pour les autres
C’est là que ça devient intéressant. La vraie nouveauté, ce n’est pas la BRIA, jolie mais classique. C’est le modèle économique. Foxconn ne rêve pas de devenir une marque automobile face à BYD ou Volkswagen.

Il veut reproduire dans la voiture ce qu’il fait depuis vingt ans dans le smartphone : construire les produits que d’autres vendront sous leur propre nom. En jargon maison, ça s’appelle le CDMS, le service de conception et de fabrication sous contrat. Foxconn veut être le fabricant invisible, celui dont le logo n’apparaît jamais sur la calandre.

Du coup, les voitures de VivaTech servent de vitrine, pas de catalogue de vente. Le « jusqu’à 516 km » de la BRIA est d’ailleurs mesuré en cycle NEDC, une norme généreuse et abandonnée en Europe : en WLTP, le chiffre fondrait.

Ce qui se voit déjà à l’œuvre, c’est l’accord signé en 2025 avec Mitsubishi, pour qui Foxtron doit produire un modèle électrique, lancé en Océanie au second semestre 2026, rebadgé Mitsubishi. La voiture sera la même, seul le nom sur le coffre changera.
Et la France dans tout ça ? Tout passe par la Pologne
Pour l’Europe, il n’y a rien à acheter aujourd’hui, et le calendrier reste flou. Et c’est plutôt logique, la porte d’entrée sera la Pologne.
En mai 2026, Foxconn a été retenu comme partenaire stratégique par ElectroMobility Poland, une entité soutenue par l’État polonais. Le projet prévoirait une coentreprise pour créer une nouvelle marque européenne, basée en Pologne, avec une usine à Jaworzno et trois modèles électriques au lancement.
Foxconn apporterait sa plateforme modulaire MIH, son argent et son savoir-faire industriel. Mais l’accord final n’est pas signé : les parties l’attendent pour le second semestre 2026. Tout le reste, nom de la marque, prix, dates, viendra après.
Le calendrier polonais reste lointain : selon les déclarations d’ElectroMobility Poland, l’usine de Jaworzno ne devrait pas démarrer sa construction avant le printemps 2027, pour une mise en service visée autour de 2029, avec une capacité initiale de 100 000 voitures par an. Autrement dit, même si tout se signe à temps, les premières voitures « polonaises » de Foxconn n’arriveront pas avant plusieurs années.
La Pologne avait déjà tenté un projet de marque nationale, Izera, resté lettre morte. Cette fois, un industriel taïwanais aux poches profondes s’en charge. Foxconn doit encore prouver qu’il sait livrer une voiture en série, pas seulement un beau concept sur un stand.
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