Municipales 2026 à Paris : que proposent les candidats pour le vélo ? Décryptage de chaque programme

 
Voici les principales propositions vélo des candidats engagés dans les municipales de la Mairie de Paris, d’Emmanuel Grégoire à Rachida Dati en passant par Pierre-Yves Bournazel, où l’on parle de pistes cyclables, cyclologistique, stationnement ou encore Vélib’.
Paris vélo Tour Eiffel
©Unsplash/masoodaslami

Le 15 mars prochain, le premier tour des élections municipales 2026 à Paris sera plus marquant que le précédent de 2020. En effet, la maire actuelle Anne Hidalgo cède sa place, et ne se représente pas au terme de son second mandat.

Au terme de 10 ans à la Mairie, elle est vue comme celle qui a fait basculer la capitale dans l’ère du vélo, améliorant la circulation à vélo électrique et mécanique. Mais où en est-on aujourd’hui ? Et que proposent les candidats aux municipales pour les cyclistes parisiens ?

Comment Paris a changé pour les cyclistes entre 2020 et 2026

Chaque candidat a sa vision du passé, mais nous allons résumer ici les faits et les promesses de l’équipe actuelle. Selon l’association Paris en Selle, à la fin janvier 2026 – soit 98 % du temps de mandature d’Anne Hidalgo -, le taux de réalisation du Plan vélo 2021-2026 n’est que de 43 %

Cela représente donc près de 78 km d’infrastructures cyclables sur les 180 km prévus (dont 38,4 km nouvelles pistes cyclables sur 130 km). Cela est à ajouter aux « plus de 1 000 km d’aménagements cyclables, dont plus de 300 km de pistes et 52 km de pistes provisoires réalisées à l’issue du premier confinement » selon la Mairie de Paris.  Cette dernière promettait 250 millions d’euros d’investissement.

Paris Vélo
Source : M. Lauraux pour Frandroid

Côté stationnement vélo, l’équipe menée par Anne Hidalgo assurait l’ajout de « 30 000 nouvelles places en arceaux » en plus des 60 000 existants, ou encore « 40 000 nouvelles places sécurisées à proximité des gares, ou aux points intermodaux. » Nous n’avons pas de statistiques précises sur ce point, mais on note l’arrivée du plus grand parking vélo de la région à la Gare du Nord, doté de près de 1 200 places.

Paris promettait aussi de sécuriser les aménagements via “des carrefours « à la hollan­daise »et des îlots protecteurs”, des“actions de sensibilisation et communi­cation”, le traitement des “points noirs”, ainsi qu’un nettoyage des pistes. Si le sentiment de sécurité à vélo semble progresser à Paris, les conflits avec les autres usagers de la route sont encore trop nombreux. Le plus tragique événement est la mort de Paul Varry, tué par un automobiliste en octobre 2024 et plus récemment une cycliste tuée par un chauffeur de poids lourd en janvier 2026.

Vélib électrique vélo
Source : Vélib’ Métropole

En revanche, la ville a reçu plusieurs distinctions internationales, comme la meilleure ville cyclable du monde selon ce classement américain. Le système de vélos partagés Vélib’ est aussi le plus utilisé en Europe avec 49 millions de trajets en 2024 selon une étude, avec ses 20 000 vélos et 1 500 stations. Mais il n’est pas sans reproche et cela interpelle plusieurs candidats.

Emmanuel Grégoire (Union de la gauche) : une infrastructure cyclable complète et une coopérative vélo

Emmanuel Grégoire provient du groupe Parti socialiste.

En réponse au faible avancement du plan vélo, son programme promet la « finalisation du réseau cyclable ». On peut y lire : « aménagement des grandes avenues, fin des pistes sur les trottoirs et sécurisation des carrefours et lieux accidentogènes. » Il s’engage à « développer le cyclotourisme francilien, avec la Grande Boucle Verte de Paris au Havre pour achever les 500 km de continuités marchables et cyclables longeant les boucles de la Seine ».

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Emmanuel Grégoire veut finaliser le « Paris 100% cyclable » promis par l’actuel plan vélo. // Source : François-Xavier Chamoulaud via Unsplash

Le candidat souhaite créer « une vélo-école dans chaque arrondissement » ainsi qu’une « Coopérative vélo ». Selon lui, elle permettrait « à ses adhérents de disposer, sur une longue durée, d’un vélo ainsi que d’une assurance à prix abordable, et d’en changer en fonction de ses besoins (vélo-cargo, vélo doté de places enfants, vélo adapté PMR…). »

Emmanuel Grégoire ajoute vouloir « un service Vélib’ performant » par le biais « de tarifs accessibles à toutes et à tous », tout en « imposant des objectifs de résultats et des pénalités fortes à l’opérateur en cas de manquements. »

Toutefois, pas de proposition touchant le stationnement vélo, avec seulement « des tarifs de stationnement résidentiels (voitures, deux-roues, vélos) attractifs dans les parkings souterrains. ». Enfin, le programme évoque « de nouvelles brigades spécialisées » dont « des vélos d’interception pour lutter contre les infractions routières ».

Pierre-Yves Bournazel (Renaissance/Horizons) : plus de pistes, moins de fatbikes et de meilleurs arceaux

Candidat du camp centriste/macroniste, Pierre-Yves Bournazel est moins médiatique qu’Emmanuel Grégoire. Mais côté vélo, il est peut-être celui qui amène le plus de propositions dans son programme.

Pour lui, « la Mairie a trop souvent privilégié la communication à la qualité, avec des dispositifs parfois inadaptés voire dangereux. » Il veut, d’ici 2032, « atteindre réellement les 1 680 km d’aménagements cyclables séparés et sécurisés pour les cyclistes » et sécuriser « en priorité les 200 carrefours les plus accidentogènes », une demande de l’association Paris en Selle.

Il propose en outre « un revêtement de couleur unique », moins de nids-de-poule, et « quand c’est pertinent, des ronds-points hollandais ». Il souhaite aussi développer « massivement les sas vélos protégés ». Il promet également un meilleur stationnement vélo, via des arceaux plus espacés (au moins 65 cm vs 55 cm aujourd’hui).

Il est l’unique candidat à aborder autant la question de la répression, par « une brigade spécialisée » et « la vidéoprotection » pour les infractions. Il est aussi le seul à cibler certaines catégories de véhicules. « Les fatbikes, trottinettes surpuissantes et gyropodes ne rouleront plus sur les pistes cyclables. » déclare-t-il.

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Source : Splinter

Une mesure impossible à appliquer et/ou incomplète, surfant sur un débat au Conseil de Paris fin 2024. Comment différencier un fatbike illégal d’un fatbike légal, d’un vélo électrique légal ou illégal ? Aussi, que veut-il dire par « trottinette puissante » ? Comment exclure les gyropodes, considérés comme des EDPM ? « Ils seront immatriculés, contrôlés, vidéoverbalisés » et, avec la Police nationale, la police municipale mènera des opérations de saisie des véhicules illégaux, ajoute le candidat.

Enfin, Pierre-Yves Bournazel veut instaurer une « offre Vélib’ 2.0 » avec « des arceaux modernes », ainsi que « des vélos cargos et des vélos équipés de sièges enfants ». Il mettra également fin au contrat avec l’opérateur actuel Smovengo « avant 2032 pour ne pas aggraver le déficit financier de Vélib’. »

Rachida Dati (LR/MoDem/UDI) : une politique vélo vague et ambiguë

Candidate de la droite classique, Rachida Dati propose peu de choses pour les cyclistes dans son programme.

« Je préserverai la place du vélo à Paris », s’engage-t-elle, « en renforçant et sécurisant les pistes cyclables sur les axes sous-dotés », sans précision. « Nous développerons, avec la Région, un réseau de pistes cyclables qui connecte Paris au reste de l’Île-de-France. », ajoute-t-elle, peut-être en lien avec le réseau VIF (ex-RER vélo) ?

Rue Rivoli vélo Dati 2026
Rachida Dati veut rendre une voie aux voitures rue de Rivoli. // Source : Rachida Dati

Par contre, elle émet le souhait de revenir sur la limite de vitesse de 30 km/h, de supprimer l’accès aux berges pour les cyclistes, et « d’expérimenter le retour des automobilistes parisiens rue de Rivoli pour la desserte locale, notamment les commerces », selon cet article du Parisien.

Sarah Knafo (Reconquête) : suppressions d’axes vélos et améliorer le Vélib’

Candidate tardive déclarée en janvier 2026 et députée européenne, Sarah Knafo n’a dans son programme aucune proposition cyclable généraliste.

Cependant, elle cible un projet très médiatique et polémique : « Rendre les voies sur berge aux voitures ». Cette bande de 2 km située rive gauche sur le quai Pompidou, inaugurée en 1967, avait été fermée à la circulation automobile en 2018 où, pour rappel, les cyclistes et usagers de trottinettes ont le droit de circuler.

En contrepartie, elle veut « construire la plus belle promenade du monde pour les piétons et les cyclistes au-dessus » de la circulation automobile. Petit hic, le visuel communiqué ne représente pas la promesse d’« une piste confortable séparée des voitures », et ne comporte aucun cycliste. Autre retour en arrière, celui de la rue de Rivoli avec une nouvelle voie automobile, tout en maintenant « une piste cyclable bidirectionnelle permettant à deux vélos d’évoluer de front dans chaque sens. »

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La vision sans vélo des nouvelles voies sur berge selon la candidate reconquête. // Source : Sarah Knafo

Autre point vélo, Sarah Knafo veut « améliorer le service Vélib’ ». Considérant Anne Hidalgo comme idéologue, elle propose de revenir à un opérateur public pour « un système plus fiable et plus robuste ainsi qu’une meilleure disponibilité des vélos en station. »

Sophia Chirikou (La France Insoumise) : sécuriser la vie à vélo et soutenir la cyclologistique

Comme Pierre-Yves Bournazel ou Sarah Knafo, la candidate LFI  désire retourner au service public pour le service Vélib’, notamment pour une « baisse des tarifs » ou encore « une garantie de vélos fiables » et « des stations pleinement opérationnelles. »

Citant la mort de Paul Varry, elle souhaite « sanctuariser les budgets d’investissement et de maintenance vélo », en raison de la fin du plan vélo national. Elle ajoute vouloir « sécuriser en priorité les carrefours et axes identifiés comme les plus dangereux à pied et à vélo », « transformer les bandes cyclables sur trottoirs en pistes sécurisées sur chaussée » et « protéger les trottoirs et les pistes cyclables de toute occupation abusive par les véhicules de livraison. »

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Un accent prononcé sur la cyclogistique pour Sophia Chirikou. // Source : JHOG

Sophia Chirikou est peut-être la plus sensible sur le vélo d’un point de vue professionnel en « priorisant la cyclologistique (vélos cargos) ». Elle souhaite « mettre en place une offre municipale mutualisée de vélos-cargos pour les livreurs », en soutenant « les coopératives de livraison à vélo » ainsi que « les luttes syndicales des travailleurs du vélo. »

Quid des autres candidats ?

Citons les autres candidats aux élections à la Mairie de Paris en 2026, qui n’ont pas ou peu exprimé de propositions cyclables ou de politique vélo dans leurs programmes, ou n’ont pas communiqué de programme complet : 

  • Thierry Mariani (Rassemblement National) : peu de précision dans le programme du candidat RN, hormis un « Moratoire et audit des nouvelles pistes cyclables afin de les sécuriser, ou de revoir la répartition de l’espace (comme rue de Rivoli). » Le candidat veut également « Réviser le plan de circulation » et réinstaurer le « Retour des 50 km/h sur les grands axes » au grand dam des associations cyclistes.
  • Antonin Duarte (Union des centristes et écologiques) : pas de programme mais des sorties sur les réseaux sociaux, dont une sur X. Il y exprime que « seul 1/3 du plan vélo a été mis en œuvre à Paris et il reste mal coordonné avec le Grand Paris », un « fiasco du Vélib’ » et souhaite « une politique cohérente et durable pour le vélo. »
  • Blandine Chauvel (Nouveau Parti anticapitaliste)
  • Marielle Saulnier (Lutte Ouvrière)

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