
Depuis quelques semaines, les dirigeants des plus gros acteurs du vélo prennent la parole les uns après les autres, lors de leurs assemblées générales d’actionnaires ou dans les médias. Le message est à peu près le même partout : le pire est passé, mais le marché n’a pas redémarré pour autant.
Après la bulle de 2020-2021, les ventes records, puis les stocks gigantesques qui ont étouffé la filière pendant deux ans, le secteur entre dans une phase plus calme. C’est ce que rapporte le média spécialisé Bike Europe, qui a compilé plusieurs prises de parole.
« Le marché revient progressivement à un environnement plus normalisé »
Chez Giant, numéro un mondial du vélo, le ton est mesuré. Young Liu, président du groupe taïwanais, parle d’un retour progressif à la normale. « Le marché revient progressivement à un environnement plus normalisé, alors que les ajustements de stocks touchent à leur fin », a-t-il déclaré.
Mais il tempère aussitôt : « Le marché mondial du vélo reste dans une phase de reprise progressive, tandis que des incertitudes telles que les politiques douanières, les risques géopolitiques et les fluctuations monétaires continuent de poser des défis. » En clair : la machine redémarre doucement, mais le contexte reste sous tension.

Pendant la pandémie, les marques ont commandé des composants en masse, persuadées que le boom du vélo allait durer. Il s’est pourtant arrêté, ou tout du moins fortement ralenti, laissant des entrepôts pleins. Résorber ce surplus a pris des années, avec des soldes à répétition qui ont rogné les marges de tout le monde.
Les stocks se vident
Aujourd’hui, le déstockage arrive enfin à son terme, mais les acheteurs ne se précipitent pas pour autant. Le sous-traitant hGears, qui fabrique des engrenages et composants de précision pour les motorisations de vélo électrique, reste franchement inquiet sur le vélo électrique en particulier.
« L’activité liée aux vélos électriques est restée particulièrement difficile, car elle a continué d’être pénalisée par la réduction continue des stocks, la baisse des volumes de production et des changements structurels du marché », a expliqué Sven Arend, CEO d’hGears.

Du côté d’Accell Group, propriétaire de marques comme Lapierre ou Babboe, on voit aussi 2026 comme une année plate. Jonas Nilsson, CEO du groupe, l’a confié à Bike Europe : « Je m’attends à ce que 2026 soit globalement stable par rapport à 2025, mais pour des raisons différentes. Les problèmes de l’industrie post-COVID sont, pour la plupart, résolus aujourd’hui. Cependant, nous sommes désormais confrontés à un autre problème avec la guerre au Moyen-Orient, tandis que le moral du marché est beaucoup plus négatif qu’il y a deux ans. »
Ce ralentissement n’épargne aucun acteur de la chaîne. Shimano, principal équipementier mondial et bon baromètre de la santé du secteur, table lui aussi sur une simple reprise modérée en Europe pour 2026, tout en redoutant un climat plus incertain aux États-Unis sur fond de tensions commerciales et de droits de douane.
Des chiffres qui restent dans le rouge
Sur les cinq premiers mois de l’année, Giant a enregistré un chiffre d’affaires de 23,428 milliards de dollars taïwanais (environ 660 millions d’euros), en baisse de 15 % sur un an. Le fabricant assure que les performances ont commencé à s’améliorer en mai, avec des rebonds des ventes en Chine et en Europe.

Un autre point impacte Giant en particulier : depuis septembre 2025, les autorités douanières américaines bloquent l’importation de ses vélos fabriqués à Taïwan, à la suite d’une enquête sur des soupçons de travail forcé. De quoi priver le numéro un mondial d’un de ses marchés clés au pire moment.
Phoebe Liu, CEO de Giant, mise de son côté sur le vélo électrique pour relancer la machine. « Les vélos électriques continuent d’être un moteur de croissance clé, soutenant à la fois l’amélioration de la gamme de produits et la reprise future », a-t-elle déclaré.
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