Pourquoi ce spécialiste des véhicules thermiques qualifie le e-fuel de « champagne » et n’y croit pas

 

Le patron de l'entreprise de poids-lourds Iveco fustige le carburant synthétique et affirme que celle solution n'est pas du tout viable. Il critique également le positionnement de l'Union européenne sur le sujet ainsi que sa décision d'interdire les ventes de voitures thermiques.

C’est désormais officiel, il sera bel et bien interdit d’acheter des voitures thermiques neuves en Europe à partir de 2035. La mesure a été votée la semaine dernière par la quasi-totalité des 27 pays de l’Union Européenne, sauf certains comme la Pologne ou l’Italie, qui ont voté non ou se sont abstenus.

Une exemption qui ne passe pas

Outre la dérogation pour les constructeurs vendant moins de 10 000 voitures par an qui auront un an de sursis, Bruxelles a également promis que les carburants synthétiques pourraient être autorisés après 2035. Une exemption exigée par l’Allemagne, qui avait menacé de ne pas voter en faveur de cette loi si elle n’obtenait pas gain de cause.

Cette mesure devrait notamment profiter à Ferrari et Porsche, qui travaillent activement au développement de cette technologie. La firme allemande fait d’ailleurs déjà rouler des voitures au e-fuel, comme nous avons récemment pu le tester. Mais cette technologie, et surtout cette dérogation ne plaît pas à tout le monde. Et notamment au PDG d’Iveco, Gerrit Marx. Interrogé par Bloomberg, celui-ci ne mâche pas ses mots.

Pour lui, les carburants de synthèse sont le « champagne de la propulsion« , en raison de leur prix élevé. Une critique qui rejoint une étude réalisée par Transport & Environnement, qui affirme qu’un plein coûtera environ 50 % plus cher qu’avec de l’essence classique. L’an dernier, l’entreprise Zero Petroleum vendait un bidon de carburant de synthèse équivalent à environ 56 euros du litre.

Porsche espère pouvoir commercialiser son e-fuel au même prix que le carburant standard, mais a besoin que les États mettent en place des mesures, comme un bonus à la pompe par exemple. Ce qui ne semble pas être envisagé pour l’instant. Mais il y a un autre problème : ce type de combustible n’est pas vraiment propre. En effet, s’il ne nécessite pas de pétrole, il n’empêche pas les émissions de gaz polluants comme les NOx à l’échappement.

Une mauvaise stratégie

De plus, sa production nécessite une très grande quantité d’électricité. Or, le réseau est déjà sous tension ces derniers temps, sans parler que produire du courant est également énergivore. Il faut alors utiliser uniquement de l’énergie renouvelable pour fabriquer un e-fuel plus « propre ». Mais il y a encore un autre souci, comme l’explique Gerrit Marx.

Selon lui, ce carburant ne rendra pas l’Europe indépendante, bien au contraire. Car l’Arabie Saoudite a pour ambition de devenir le leader du marché et le premier fabricant d’essence synthétique au cours des prochaines années. Le PDG souligne que « nous remplaçons simplement une source par une autre, mais de la même région« . Le souci de la dépendance énergétique ne sera donc pas encore résolu.

Le tout-électrique est-il donc la seule solution viable à long terme ? Pas selon le dirigeant. Ce dernier craint qu’avec cette mesure, l’Europe ne devienne comme Cuba, avec seulement de très anciennes voitures sur les routes. Il explique en effet que les gens « normaux » ne pourront pas se permettre d’acheter de nouvelles voitures électriques. Car celles-ci coûtent toujours plus cher que les modèles thermiques pour l’instant.

Cependant, cette différence se réduit à l’usage, malgré la hausse du prix de l’électricité. Sans parler des constructeurs comme Volkswagen, Ford ou le groupe Stellantis, qui prévoient de lancer des voitures moins chères ou de réduire les prix de leurs modèles grâce à de nouvelles batteries LFP (lithium – fer – phosphate) moins coûteuses par exemple.


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