
C’était annoncé, redouté par Bruxelles, et c’est arrivé plus vite que prévu. Selon les dernières données compilées par le cabinet d’analyse Dataforce et relayées par Bloomberg, les constructeurs chinois ont franchi un cap symbolique mais violent en décembre dernier.
Désormais, près d’une voiture particulière sur dix (9,5% exactement) vendue sur le Vieux Continent porte un badge chinois.
Si le piège français du bonus écologique avait fonctionné pour endiguer le phénomène à l’échelle nationale, à l’échelle européenne, la digue a cédé.
La Corée et les États-Unis dans le rétroviseur
Pour bien mesurer l’ampleur du séisme, il faut regarder qui se fait doubler. Sur le dernier trimestre 2025, les marques chinoises (BYD, MG, Chery, etc.) ont vendu plus de voitures en Europe que les géants sud-coréens comme Hyundai et Kia. Plus tôt dans l’année, au deuxième trimestre, elles avaient déjà laissé sur place les constructeurs américains (Ford, Tesla, Jeep).

Julian Litzinger, analyste chez Dataforce, ne cache pas sa surprise face à la vitesse de cette adoption, notamment dans le sud de l’Europe : « Nous avons été stupéfaits par l’adoption rapide des voitures chinoises dans le sud de l’Europe. Nous savions que les gens de ces pays sont plus flexibles dans leur choix de marque, mais pour les véhicules électriques, ce n’était pas prévisible. »
Concrètement, l’Espagne, l’Italie, la Grèce et le Royaume-Uni sont devenus les terrains de jeu favoris de ces nouveaux entrants.
Made in China vs marque Chinoise
Il faut ici faire une distinction technique importante. Le chiffre de 9,5 % concerne les marques chinoises. Mais si l’on regarde la provenance industrielle réelle, le constat est encore plus sévère.
En incluant les voitures fabriquées en Chine par des marques occidentales (pensez à la Tesla Model 3, à la Dacia Spring ou aux Smart) une voiture électrifiée sur sept vendue en Europe en 2025 sortait d’une usine chinoise.

C’est là que la faille de l’hybride, que nous évoquions récemment, a joué à plein. Alors que l’Europe se focalisait sur le tout électrique, les constructeurs chinois ont inondé le marché avec des hybrides rechargeables (PHEV) ultra-compétitifs.
Résultat : les marques chinoises ont pesé pour 16 % du marché des voitures électrifiées (électriques + hybrides) en décembre 2025. C’est le double de l’année précédente.
La guerre des prix est sanglante
Pourquoi ça marche ? C’est simple : le rapport prix / prestations. Bloomberg cite l’exemple du BYD Seal U DM-i. Au Royaume-Uni, ce SUV hybride rechargeable démarre autour de 33 000 livres (environ 39 000 euros), contre près de 43 000 livres (50 000 euros) pour son concurrent direct, le Volkswagen Tiguan eHybrid.
Pour le consommateur moyen, dont le pouvoir d’achat est érodé par l’inflation, le choix est vite fait. On voit même émerger des surnoms cruels mais parlants, comme le « Range Rover Temu » pour désigner le Jaecoo 7 du groupe Chery, un SUV qui cartonne outre-Manche en imitant les codes du luxe anglais à prix cassé.
« Une question de survie » pour l’industrie européenne
En face, l’industrie automobile européenne grimace. Stellantis, Volkswagen et Renault tentent de réagir, mais les dégâts sociaux sont déjà là. Roberto Vavassori, cadre chez l’équipementier Brembo et président de l’association italienne Anfia, tire la sonnette d’alarme : « La progression des voitures chinoises en Europe est massive. C’est une question de survie pour notre industrie. »
Il rappelle que sans mesures urgentes, le secteur ne pourra pas remplacer les plus de 110 000 emplois perdus en Europe au cours des 18 derniers mois.

Paradoxalement, la réponse passe parfois par… plus de Chine. Stellantis va produire des voitures Leapmotor en Espagne, et BYD construit ses propres usines en Hongrie. Alfredo Altavilla, conseiller spécial de BYD en Europe, tente de rassurer : « L’intention est très claire, nous voulons que BYD devienne un constructeur européen. Nous ne sommes pas ici pour prendre des emplois européens, mais pour en créer. »
Pour aller plus loin
« Nous ne sommes pas stupides » : le géant chinois Chery arrive aujourd’hui en France, voici ses voitures et sa stratégie pour réussir
Et les constructeurs européens ?
L’année 2026 s’ouvre sur un constat d’échec relatif pour la politique protectionniste européenne. Les barrières douanières ont certes forcé les constructeurs chinois à s’implanter localement (ce qui sauve des emplois d’assemblage), mais elles n’ont pas freiné leur conquête commerciale.
Les constructeurs historiques doivent se ressaisir au plus vite, en proposant des modèles électriques et hybrides au niveau de la concurrence chinoise, au lieu de continuer de la recherche et développement sur des moteurs thermiques qui n’ont plus de futur, quelque soit la suite après 2035.
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