Bye-bye Nvidia : le coup de poker de BYD avec sa puce autonome Xuanji A3 en 4 nm

Bye bye, Nvidia ?

 
BYD a dévoilé le 28 mai son Xuanji A3, qu’il présente comme la première puce automobile chinoise gravée en 4 nm conçue en interne, certifiée pour la conduite autonome de niveau 3 et 4. Le message est clair : le constructeur veut se passer de Nvidia et se revendique aujourd’hui comme le seul à maîtriser toute la chaîne du silicium en interne.
Denza Z9GT, pour illustration // Source : Denza

Sur la scène de Shenzhen, Wang Chuanfu, fondateur et CEO de BYD, a déroulé une slide qui ressemble à une déclaration de guerre à Nvidia.

Le Xuanji A3 est le premier processeur de la marque, annoncé en production de masse, intégré à un calculateur central de la taille d’un PC portable qui fusionne cockpit, conduite assistée et chaîne de traction.

Sept mille ingénieurs et plus de 100 milliards de yuans d’investissement plus tard, BYD se présente comme le seul constructeur automobile au monde maîtrisant la chaîne complète de la puce, du dessin au packaging. Derrière le vernis marketing très hollywoodien que le groupe affectionne, l’annonce est cette fois bel et bien technique.

La fiche est costaude. 700 TOPS par puce, jusqu’à 2 100 TOPS en configuration à trois unités, selon les chiffres communiqués par BYD. À cela s’ajoutent 273 Go/s de bande passante mémoire, 16 cœurs CPU pour 420 000 DMIPS, et la certification ASIL-D (le niveau de sûreté fonctionnelle automobile le plus exigeant).

Source : IT Home

BYD revendique aussi 20 % de consommation en moins que les puces concurrentes de même catégorie, et un taux d’utilisation de la puissance de calcul doublé grâce à un travail conjoint sur le silicium et les algorithmes.

Petit détail qui n’a rien d’anodin : BYD ne précise pas publiquement quelle fonderie grave réellement le 4 nm, alors que SMIC (le principal fondeur chinois) plafonne aujourd’hui autour des 7 nm. Reste donc l’hypothèse d’une gravure chez TSMC à Taïwan, malgré les restrictions américaines à l’export.

Xuanji A3 face à Orin et Thor : le vrai match

Le rapprochement avec Nvidia est inévitable : l’Orin équipe une grande partie des BYD haut de gamme actuelles (comme la Denza Z9 GT) et de nombreux concurrents, du Polestar 3 au Nio ET7. Voici comment les trois plateformes se positionnent sur les chiffres officiels.

PuceGravureCalcul (TOPS, INT8)Bande passante mémoire (Go/s)SûretéStatut
BYD Xuanji A34 nm700 (2 100 en trio)273ASIL-DProduction de masse
Nvidia Drive Orin7 nm254204ASIL-DCommercialisé depuis 2022
Nvidia Drive Thor5 nm1 000N.C.ASIL-DEn démarrage

Sur le papier, l’A3 dépasse l’Orin sur tous les axes mesurables. Mais Orin est une plateforme conçue fin 2019 : le vrai rival actuel de Nvidia s’appelle Drive Thor, en architecture Blackwell, qui vise 1 000 TOPS.

À 700 TOPS par puce, l’A3 reste donc en dessous de Thor, et même du Mach 100 de Li Auto (1 280 TOPS) ou du Turing AI de Xpeng (750 TOPS). La vraie différence se joue ailleurs : la production de masse est effective dès maintenant, la certification ASIL-D est acquise, et BYD couple le tout à son système God’s Eye et à un LiDAR mille lignes, déjà annoncé en option à 12 000 yuans (environ 1 770 dollars) sur l’ensemble de la gamme, y compris la Seagull à 10 300 dollars.

Et en Europe ? Pour l’instant, rien n’indique que le Xuanji A3 arrivera dans les BYD vendues sur notre marché à court terme. Les Dolphin, Atto 3 et Seal commercialisées en France tournent encore sur des plateformes plus modestes, et le déploiement de God’s Eye reste pour l’instant cantonné à la Chine, où le cadre réglementaire sur la conduite autonome est plus permissif. BYD attend d’ailleurs explicitement une législation chinoise plus claire, prévue d’ici 2027, avant un déploiement plus large.

Le pari : se couper de Nvidia pour augmenter les marges sur un composant très coûteux, et pour sécuriser une chaîne d’approvisionnement que les restrictions américaines sur les semi-conducteurs avancés peuvent rendre fragile.

Le constructeur enchaîne d’ailleurs les annonces sur la conduite autonome, avec un engagement de prise en charge des accidents pour prendre Tesla de court avec son FSD. La fiabilité, elle, se jugera sur la route : les premiers retours clients sur God’s Eye sont déjà loin d’être unanimes.


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