
Rouler en électrique sur autoroute peut-il cesser d’être un parcours du combattant, synonyme de files d’attente interminables et de factures salées ? Ionity s’y emploie, comme ses concurrents. Cet acteur européen a déjà franchi le cap de sa 900e station en Europe, avec 6 500 points de recharge ultra-rapides, et veut maintenant accélérer, en France notamment.
Nous avons échangé avec Aurélia Boscher, responsable France d’Ionity, sur cette course contre la montre : elle nous a expliqué comment se négocient les emplacements et comment s’organise l’implantation des stations sur ces grands axes.
Une vingtaine de stations par an
Déjà, Ionity affiche des ambitions claires : passer à environ 13 000 points de charge d’ici à 2030, principalement concentrés sur quatre marchés clés (le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et la Suède). En France, le réseau compte déjà 181 stations et près de 1 380 points de charge, soit en moyenne près de huit points de charge par station.
Pour suivre la hausse de la demande, Ionity lance une vague d’extension sur les quatre à cinq prochains mois. Elle prévoit d’ajouter deux à huit points de charge sur environ 25 % des stations existantes, en plus de l’ouverture d’une vingtaine de stations par an.
Pour financer cette croissance, Ionity a obtenu un financement bancaire pouvant atteindre 600 millions d’euros auprès de neuf banques. L’opérateur, qui exploitait alors un peu plus de 5 000 points de charge en Europe, vise plus de 1 300 sites d’ici fin 2030, soit plus du double de points de charge.
La libre installation de bornes de recharge
Mais le terrain est âprement disputé. Derrière cette croissance se cachent deux batailles, celle du foncier et celle de l’accès au réseau. Rappelons que les autoroutes françaises sont exploitées par de grandes sociétés comme Vinci Autoroutes, APRR ou Sanef, qui confient les aires de service à des sous-concessionnaires, dans le cadre de contrats d’une quinzaine d’années.
Premier obstacle : les opérateurs 100 % électriques, menés par Ionity, luttent contre des appels d’offres combinant carburant fossile et électricité, une pratique favorisant les géants comme TotalEnergies et menaçant la libre concurrence. La filière plaide justement pour des appels d’offres neutres et ouverts, qui n’écartent plus les acteurs spécialisés.
Autre frein, la durée limitée des sous-concessions, une quinzaine d’années, décourage les réinvestissements, et les retards s’accumulent. Il faut en moyenne un an et demi entre l’attribution d’un marché et le début des travaux, principalement en raison de délais de raccordement au réseau électrique longs, qui peuvent atteindre trois ans en zone rurale.

Autre levier, l’encadrement des redevances reversées aux sociétés d’autoroutes (parfois 20 % du chiffre d’affaires), voté en 2025 et défendu par des acteurs comme Charge France, doit limiter les hausses de prix pour l’usager.
Malgré ces délais, Ionity garde le même cap : maintenir une présence maximale sur autoroute, tout en complétant le maillage par des stations hors-autoroute (aux abords des péages ou des zones commerciales) lorsque le foncier vient à manquer.
L’ultra-rapide et des tarifs agressifs face aux paradoxes des conducteurs
Sur le terrain de la technique, Ionity ne transige pas avec son ADN axé sur la recharge longue distance. Il mise donc exclusivement sur la haute puissance. Le réseau s’est construit sur des bornes de 350 kW, et l’opérateur installe désormais des bornes Alpitronic HYC1000 capables de délivrer jusqu’à 600 kW par point de charge. Une anticipation technologique indispensable face à l’évolution des plateformes 800 volts, selon Aurélia Boscher, même si le véritable facteur limitant sur autoroute reste le comportement des conducteurs. Les conducteurs sont tiraillés entre le besoin d’aller vite sur autoroute et la recherche de tarifs plus doux hors réseau.
Ces bornes 600 kW restent pour l’instant rares : Ionity a mis en service ses premiers systèmes Alpitronic HYC1000 en France début 2026, sur l’aire de Maison-Dieu (A6) puis à Sorgues (A7). Leur armoire électrique de 1 000 kW est partagée entre les points de charge, et les 600 kW ne sont disponibles que pour une voiture capable d’encaisser une telle puissance, ce qui concerne encore très peu de modèles. De quoi permettre de passer de 10 à 80 % en 10 minutes environ.
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Pour Aurélia Boscher, l’électrique reste plus avantageux que le thermique sur les grands trajets, même en rechargeant sur autoroute. Selon elle, les tarifs de recharge rapide sur autoroute ne sont que 7 centimes plus chers que sur le réseau secondaire, et les formules d’abonnement d’Ionity démarrent à 5,99 euros par mois (Passport Motion), le kWh descendant à 0,33 euro avec la formule Power à 11,99 euros par mois, contre 0,50 à 0,80 euro le kWh en moyenne sans abonnement.
Ionity prépare aussi, dès novembre, une opération avec Chargemap, qui propose déjà un abonnement Ionity à 7,90 euros par mois. Ionity va en effet déployer des codes promotionnels et des récompenses incitant les automobilistes à recharger plus fréquemment mais moins longtemps (en arrêtant la charge à 80 %). Il est question de 15 % de réduction supplémentaire sur sa charge.
Ionity a déjà testé ce type d’incitation cet été : depuis juillet, son programme Fast Lane Reward offre un crédit de 5 kWh aux conducteurs qui arrêtent leur charge à 80 %, pour les sessions démarrées entre 9 h et 17 h dans ses stations européennes. L’opération prévue avec Chargemap prolonge la même logique : libérer les bornes plus vite aux heures chargées.
Pour aller plus loin
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Vers une électrification sans retour en arrière
Qu’il s’agisse de contrer l’argument du coût des pleins ou de densifier son réseau à l’approche de grands rendez-vous industriels et politiques comme le Mondial de l’Auto récemment, Ionity entend bien conserver sa position de leader sur les grands axes, tout en maillant progressivement le territoire hors autoroute (notamment sur les parkings de grandes surfaces, qui représentent déjà un tiers de ses stations extra-autoroutières).
Ionity parie sur une transition sans retour en arrière, même si l’accord passé entre la France et l’Allemagne sur 2035, vient de modifier les règles fixées par l’Union européenne. Avec une vingtaine d’ouvertures de stations par an en France et des abonnements qui font baisser le prix du kWh, le réseau veut montrer que les longs trajets en électrique sur autoroute sont désormais une affaire de routine.
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